L’agriculture, grande absente du premier discours d’Ursula von der Leyen

[EUROPEAN PARLIAMENT]

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’environnement dans la nouvelle PAC.

Le faux pas d’Ursula von der Leyen concernant l’agriculture n’est pas passé inaperçu. Les eurodéputés ne comprennent pas que la présidente de la Commission européenne n’ait pas fait mention du secteur agricole dans son premier discours à Strasbourg.

Lors du premier discours d’Ursula von der Leyen à Strasbourg, cette dernière n’a rien dit au sujet de l’agriculture, alors que les Verts avaient réclamé à deux reprises qu’elle s’exprime sur le projet de la future PAC.

Euractiv a pu sentir la déception des eurodéputés dans les couloirs du Parlement. L’erreur a également été soulignée par les législateurs de son propre parti, le Parti populaire européen (PPE).

« C’est inacceptable d’aborder l’environnement et le climat sans parler de l’agriculture, étant donné que ces trois domaines vont de pair », a déploré l’eurodéputé roumain Daniel Buda (centre droit), récemment élu au poste de vice-président de la commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI).

À ses yeux, l’objectif commun est un environnement sain. Toutefois, pour y parvenir, nous devons assurer que les agriculteurs ne deviennent pas le maillon faible de notre écosystème. « Les agriculteurs ne devraient pas être accablés par des exigences environnementales supplémentaires », a-t-il déclaré.

L’eurodéputé chevronné Paolo De Castro, nouveau coordinateur pour les socialistes (S&D) à la commission AGRI, n’était pas surpris qu’Ursula n’aborde pas la PAC.

« De manière générale, j’ai trouvé qu’elle avait tenu un bon discours, en particulier parce qu’elle s’est adressée aux forces pro-européennes et a laissé les groupes eurosceptiques sur la touche », a-t-il affirmé.

Néanmoins, lors de la réunion avec le groupe des socialistes, Ursula von der Leyen n’a pas mentionné l’importance du rôle des agriculteurs, a confirmé l’eurodéputé italien, ajoutant que le choix qu’elle fera pour le poste de commissaire à l’Agriculture fournira davantage d’indications sur ses ambitions.

Selon Mazaly Aguilar, eurodéputée espagnole membre des conservateurs (CRE), Ursula von der Leyen a fait de l’environnement un sujet particulièrement attrayant pour nouer de nouvelles amitiés au Parlement européen.

« Nous lui ferons très bientôt comprendre que la meilleure façon de protéger l’environnement est l’agriculture et une PAC solide. Les politiques devraient s’engager en faveur de l’agriculture, l’une des principales politiques européennes », a-t-elle indiqué.

Mazaly Aguilar, membre du parti populiste de droite espagnol Vox, est candidate pour la troisième vice-présidence de la commission AGRI, mais elle risque de se voir appliquer le cordon sanitaire par les autres groupes politiques.

Opposition sans relâche des Verts

L’omission d’Ursula von der Leyen a provoqué les foudres des eurodéputés Verts. Ces derniers ne souhaitent pas que l’agriculture tombe dans l’oubli pendant que la nouvelle Commission redouble d’efforts pour lutter contre la crise climatique.

Le coordinateur des Verts à la commission AGRI, l’eurodéputé allemand Martin Häusling, déplore qu’Ursula von der Leyen ne se soit pas engagée à l’« architecture verte » de la prochaine PAC.

Ce dernier ne peut que présumer pourquoi la présidente de la Commission européenne n’a pas répondu aux questions posées sur le renforcement de la biodiversité, l’environnement, le climat et le bien-être des animaux.

« Il se peut qu’Ursula von der Leyen soit sous pression politique, étant donné que la rapporteur du Parlement européen sur le programme stratégique, Esther Herranz-Garcia est également membre du PPE. Même si Esther Herranz-Garcia n’a pas été réélue, elle a été soutenue par son groupe politique dans sa position sur le rapport de la PAC  », a souligné l’eurodéputé des Verts.

Selon les Verts, pendant les dernières législatures, les membres du PPE à la commission AGRI s’opposaient à la mise en place d’une PAC durable. Ursula von der Leyen craignait peut-être donc de perdre des voix de son propre parti si elle abordait ses ambitions climatiques dans son discours.

« Une autre possibilité, plus inquiétante, est qu’Ursula von der Leyen partage le point de vue du PPE », a ajouté Martin Häusling.

En marge du débat, le vice-président de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI), Bas Eickhout, a déclaré que la présidente nouvellement élue restait vague sur l’avenir de l’agriculture dans l’UE et par conséquent, sur un tiers de budget de l’UE.

« Et ce, pas seulement dans son discours d’hier, mais également dans les documents retraçant ses priorités politiques qui ont circulé quelques heures avant le vote et lorsqu’elle s’est entretenue avec les Verts. C’est une des raisons qui ont poussé les Verts à voter contre sa nomination », a-t-il dit.

Toutefois, les Verts/ALE seront disposés à donner toutes les explications nécessaires à Ursula von der Leyen pour assurer une meilleure compréhension de leurs opinions concernant le système actuel de soutien de l’agriculture.

« L’UE gaspille des milliards d’euros venant des contribuables pour subventionner des pratiques agricoles néfastes pour le climat et la biodiversité », a déclaré Bas Eickout.

D’après lui, la réforme de la PAC proposée par la Commission précédente — actuellement au centre des discussions — ne fait rien pour mettre un terme au statu quo et les Verts vont réclamer une nouvelle proposition de la part de la Commission d’Ursula von der Leyen.

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