Le déclin des insectes attise le débat sur les pesticides

Le nombre d’insectes volants dans les zones protégées a diminué de plus de 75 % depuis 1990. Si toutes les causes de ce déclin ne sont pas connues, les écologistes appellent à l’interdiction de plus de pesticides, dont le glyphosate.

Si le déclin des populations d’abeilles en Europe est sur le radar des décideurs politiques depuis un moment, les autres insectes volants étaient jusqu’à présent négligés. Une étude de la publication scientifique Plos One révèle cependant que cette catégorie est également en chute libre, tant en termes de diversité que de nombre.

De 1989 à 2016, des scientifiques allemands ont récolté des échantillons d’insectes dans 96 zones naturelles protégées par an, de mars à octobre. Sur les 27 ans de l’étude, la biomasse des insectes volants ainsi récoltée a dégringolé de 76 % en moyenne, une tendance encore plus problématique à la moitié de l’été, où la chute atteint 82 %.

Les insectes volants sont pourtant une part essentielle de l’écosystème : ils pollinisent 80 % des espèces végétales et servent d’aliments à environ 60 % des oiseaux. Ils sont également une importante source de protéines pour certains mammifères, et font partie intégrante du cycle de nutriments.

« Le déclin enregistré récemment de plusieurs espèces d’insectes comme les papillons et les abeilles sauvages est mis en parallèle avec une grave diminution de la biomasse totale des insectes volants. Il ne s’agit donc pas seulement d’espèces vulnérables : toute la communauté d’insectes volants a été décimée ces dernières décennies », indique l’étude.

La justice française se penche sur les pesticides tueurs d'abeilles

Une association de protection de l’environnement a déposé un recours en justice pour faire interdire le sulfoxaflor, un pesticide passé entre les mailles de l’interdiction des néonicotinoïdes.

 

Le changement climatique ou les configurations du paysage ne sont pas à l’origine de ce grave déclin, indique l’étude, qui met plutôt en cause des facteurs de grande échelle.

Intensification de l’agriculture

La grande majorité des réserves naturelles où les échantillons d’insectes ont été collectés (94 %) étaient entourées de champs agricoles. Même si les auteurs ne blâment pas explicitement l’utilisation de pesticides, de fertilisants et l’agriculture intensive, ils estiment néanmoins qu’il s’agit de « facteurs plausibles ».

« L’étude tire la sonnette d’alarme sur l’impact terrifiant des pratiques agricoles industrielles sur le monde naturel sur lequel nous dépendons pour notre nourriture et notre bien-être », rappelle Franziska Achterberg, directrice des politiques alimentaires européennes chez Greenpeace.  « Les pesticides synthétiques empoisonnent tout particulièrement l’environnement et contaminent nos corps. »

« Les scientifiques et environnementalistes affirment depuis des années que les insecticides sont des tueurs silencieux d’insectes vitaux comme les abeilles et les papillons. »

Les producteurs de pesticides réfutent vivement ce lien. Pour Graeme Taylor, directeur des affaires publiques à l’Association européenne de protection des cultures (ECPA), qui représente des entreprises comme Monsanto, DuPont, Syngenta et Bayer, « étant donné que les insectes sont surveillés exclusivement dans des zones protégées, il n’existe aucune raison valable pour conclure que l’agriculture est la cause principale de ce déclin ».

Trois quarts du miel mondial contaminé aux néonicotinoïdes

Des traces de pesticides néonicotinoïdes ont été trouvées dans trois quarts de la production mondiale de miel, révèle une étude publiée ce 6 octobre dans la revue Science. Un article du JDLE.

Graeme Taylor assure par ailleurs que l’ECPA soutient la recherche afin de déterminer la cause du déclin la biomasse des insectes.

Le temps du changement

Pour Greenpeace, le seul moyen d’assurer la survie des populations d’insectes est de changer la manière dont nous produisons de la nourriture et d’adopter un modèle qui perçoit la nature non pas comme un problème à surmonter, mais comme une solution.

« Dans l’UE, nous avons désormais l’occasion de changer les choses en interdisant certains des pesticides les plus dangereux et les plus utilisés, comme le glyphosate et les néonicotinoïdes, et en donnant aux agriculteurs le soutien dont ils ont besoin pour adopter des pratiques agricoles écologiques », explique Franziska Achterberg.

La Commission veut restreindre les néonicotinoïdes

La Commission européenne projette de proposer davantage de restrictions sur l’utilisation des néonicotinoïdes. La lutte entre groupes de défense de l’environnement et producteurs de pesticides continue.

Les néonicotinoïdes sont une famille des pesticides qui agissent sur le système nerveux des insectes. Ils sont utilisés depuis les années 1990 et les scientifiques les ont associés à la disparition des abeilles et autres pollinisateurs.

En 2013, l’UE a mis en place des restrictions sur leur utilisation et envisage désormais une interdiction totale. La décision devrait être prise d’ici au 30 novembre.

Quant à la licence du très controversé glyphosate, elle expire en décembre, et jusqu’à présent, les États membres ont été incapables de s’accorder sur une durée de renouvellement. Lors d’une réunion le 25 octobre dernier, les experts nationaux ont débattu, mais n’ont pas voté sur son renouvellement. En effet, les pays pro-glyphosate comme le Royaume-Uni ou l’Irlande refusent de considérer un renouvellement de moins de dix ans, une durée inacceptable pour les opposants à l’herbicide comme la France ou l’Italie.

Si aucun renouvellement n’est adopté avant la fin de l’expiration de la licence actuelle, le glyphosate sera interdit dans l’UE à partir de mi-décembre.

Onze questions pour tout savoir sur le glyphosate

Mercredi 25 octobre, l’Union européenne votera pour ou contre le renouvellement, pour une période de cinq à sept ans, de la licence du glyphosate, le désherbant le plus vendu dans le monde. Un récapitulatif de notre partenaire, Ouest-France.