Appel à des mesures plus ciblées contre le coronavirus dans le secteur agroalimentaire européen

Aperçu de la vidéoconférence des ministres européens de l'Agriculture mercredi 25 mars à Zagreb. [Borna Filic/PIXSELL/EU2020HR]

Afin de mieux surmonter les difficultés causées par la crise sanitaire, les ministres européens de l’Agriculture appellent la Commission à prendre des mesures plus spécifiques.

Les 27 ministres de l’Agriculture de l’UE ont pris part à une vidéoconférence extraordinaire sur l’impact de la pandémie sur l’agriculture et la pêche. Ils ont évoqué les mesures prises jusqu’à présent aux niveaux national et européen, et celles qui seront adoptées dans les semaines à venir.

« Après l’échange d’aujourd’hui, nous avons une idée plus claire de la situation », a indiqué Marija Vučković, la ministre de l’Agriculture de la Croatie, le pays qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE. Elle a ajouté qu’à ce stade, il était crucial d’identifier les principaux obstacles  que la pandémie avait fait émerger.

Janusz Wojciechowski, le commissaire européen à l’agriculture, a assuré aux ministres qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger le secteur agricole, la chaîne alimentaire et les entreprises rurales d’Europe.

« Quelles que soient les mesures que nous appliquions pour surmonter la crise, nous devrons être très prudents » sur les plans budgétaire et financier, a-t-il prévenu.

« Nous n’en sommes qu’au début de la crise et personne ne peut prédire à l’heure actuelle ce qui suivra, combien de temps la crise durera, et comment elle affectera le secteur d’ici à deux, trois ou quatre mois », a souligné le Polonais.

La « boite à outils » de la Commission

La Commission a revu les mesures adoptées jusqu’à présent pour soulager les opérateurs de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire Celles-ci incluent le report de l’échéance de payement de la politique agricole commune (PAC) et les « corridors verts », qui permettent à certaines denrées alimentaires de première nécessité de ne pas subir de contrôles frontaliers de plus de 15 minutes.

Lors de la réunion, la Commission a annoncé qu’elle prolongerait d’un mois supplémentaire le délai pour la présentation la demande de  payements directs pour 2020.

L’exécutif européen a également adopté un programme-cadre temporaire pour les aides d’État qui relève les plafonds des subventions publiques à l’agriculture.

Cela signifie que les agriculteurs peuvent désormais bénéficier d’un montant maximal de 100 000 € par exploitation, et les entreprises agroalimentaires, de 800 000 €.

En vertu de ces mesures temporaires, et compte tenu des marges « de minimis » déjà prévues, chaque exploitation agricole peut bénéficier au total d’un soutien national de 120 000 €, voire de 125 000 € dans certains cas.

Janusz Wojciechowski a également indiqué aussi aux ministres que d’autres mesures de soutien au marché pourraient être appliquées, comme dl’intervention publique, le régime d’aide au stockage privé, les retraits  et des interventions exceptionnelles sur le marché dans le cadre de la PAC.

« Je ne vous cacherai pas que si de telles mesures s’avèrent nécessaires, elles auront des implications budgétaires », a ajouté le commissaire européen. « [La situation] doit être examiné[e] et évalué[e] lorsque cela s’avère nécessaire ».

L’Italie demande à repousser les échéances de la PAC à cause du coronavirus

La ministre italienne de l’Agriculture, Teresa Bellanova, demande à la Commission de repousser les échéances de certaines procédures administratives de la PAC pour aider les agriculteurs du pays touchés par l’épidémie de coronavirus.

Les États membres en veulent plus

Les pays européens réclament toutefois de nouvelles mesures, qui visent notamment à simplifier certaines procédures ou à instaurer des dérogations, ainsi qu’à modifier les programmes de développement rural.

En ce qui concerne le développement rural, le commissaire européen à l’agriculture a rappelé aux ministres que la réglementation en la matière était assez souple, et que la Commission avait mis en place un processus accéléré permettant aux administrations nationales d’adapter leurs programmes à la situation.

L’Italie, l’un des pays les plus touchés par le coronavirus, a affirmé que les instruments utilisés par le passé lors de catastrophes naturelles ou de crises économiques ne seraient pas suffisants pour faire face à l’urgence actuelle.

Afin de s’adapter à cette nouvelle situation et pour répondre aux besoins des agriculteurs, la ministre italienne de l’Agriculture, Teresa Bellanova, a plaidé pour la mise en œuvre d’un programme agricole extraordinaire qui dépendrait d’autres fonds que ceux de la PAC. Elle invite aussi l’exécutif européen à restructurer le Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et à réaffecter les ressources de développement rural non utilisées.

« Nous avons besoin d’une stratégie d’intervention commune, qui prend en compte les différents scénarios à court, moyen et long terme – à commencer par la PAC qui, plus que jamais ces dernières semaines, est redevenue une priorité stratégique », déclare la ministre.

Travailleurs saisonniers et floriculture

La Copa-Cocega, l’organisation des agriculteurs de l’UE, a été invitée à présenter un rapport sur l’impact de la crise sanitaire sur le secteur agricole lors de la vidéoconférence du 25 mars.

Son secrétaire général, Pekka Pesonen, a souligné l’importance de garantir le bon fonctionnement du marché unique. Cela inclut la main-d’œuvre, les intrants (aliments pour animaux, semences, produits phytosanitaires, engrais, produits pharmaceutiques, pièces détachées…) et les extrants (à savoir les marchandises agricoles distribuées en Europe et internationalement).

« Si les restrictions sont bien justifiées par la santé publique, il coûtera certainement beaucoup moins cher de rétablir les échanges plutôt que d’introduire des mesures de gestion du marché de l’UE plus coûteuses et moins ciblées », a-t-il déclaré.

La Commission et les ministres ont également souligné que le manque de travailleurs saisonniers en provenance de l’UE et de pays tiers, ainsi que le peu de camions et de chauffeurs disponibles constituaient l’un des principaux défis auxquels le secteur était confronté à l’heure actuelle.

« La saison des semailles et de la cueillette commence maintenant et nous avons besoin d’une solution », a indiqué Janusz Wojciechowski, ajoutant que la logistique était d’autant plus importante que les produits étaient périssables.

Les Pays-Bas ont également évoqué la question du secteur européen des plantes d’ornement. Ce dernier est en proie à de profondes perturbations, alors qu’il représente 760 000 emplois et que son chiffre d’affaires annuel s’élève à 48 milliards d’euros.

Le marché des fleurs, en particulier, est sur le point de s’effondrer, car il ne reçoit aucune subvention et ne dépend pas du règlement de l’organisation commune des marchés agricoles (OCM), le « filet de sécurité » en cas de crise dans le domaine.

Rien qu’aux Pays-Bas, la demande en fleurs, arbres fruitiers et plantes en pot a chuté de 80 % ces dernières semaines. L’Italie, l’Allemagne et la France, d’autres gros producteurs, ressentent aussi les effets du coronavirus.

Les Pays-Bas proposent d’appliquer les mesures du secteur de l’horticulture à celui des fleurs pour mieux affronter à la crise.

Les eurodéputés réclament un plan d’urgence pour la PAC

Les membres du Parlement européen ont demandé à l’exécutif de l’UE de préparer une stratégie permettant d’anticiper les difficultés qui pourraient survenir dans la mise en œuvre de la politique agricole commune (PAC) en raison de l’épidémie de coronavirus.

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