Christiane Lambert déplore les objectifs « au doigt mouillé » de la stratégie F2F

La nouvelle stratégie « De la ferme à la fourchette » (F2F) devrait être révisée si une nouvelle étude d’incidence prouve qu’elle aura des répercussions négatives sur les exploitants agricoles, a déclaré la nouvelle cheffe des organisations agricoles de l’UE, Christiane Lambert. EPA-EFE/YOAN VALAT [VALAT/EPA-EFE]

La nouvelle stratégie « De la ferme à la fourchette » (F2F) devrait être révisée si une nouvelle étude d’incidence prouve qu’elle aura des répercussions négatives sur les exploitants agricoles, a déclaré la nouvelle cheffe des organisations agricoles de l’UE, Christiane Lambert.

Agricultrice chevronnée et passionnée, Christiane Lambert défend le monde agricole depuis son plus jeune âge. Élue en 2017 comme première femme à la tête de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), Mme Lambert a été nommée présidente du Copa-Cogeca, une organisation qui représente les agriculteurs du bloc au sein de la bulle européenne à Bruxelles.

Dans un entretien exclusif à la suite de sa désignation, elle a souligné l’importance d’aligner l’agriculture sur les objectifs environnementaux, témoignant son soutien à la stratégie de la ferme à la fourchette (F2F), mais déplorant ses « objectifs fixés au doigt mouillé ».

Selon elle, il est nécessaire de lier les chiffres à la capacité du marché. « Dire, par exemple, qu’il faut 25 % de produits bio d’ici cinq ans. Est-ce que le marché peut l’absorber ? », s’interroge-t-elle.

La cheffe du Copa-Cogeca regrette également qu’aucune étude d’impact n’ait été menée parallèlement à la mise en place de la nouvelle stratégie.

À cet effet, elle appelle la Commission européenne à présenter une étude d’impact avant que toute décision ne soit prise. S’il en ressort des répercussions négatives, alors il conviendra de modifier la stratégie.

Le commissaire à l’agriculture Janusz Wojciechowski avait tenu des propos similaires, évoquant la possibilité de revoir les objectifs ambitieux de la stratégie F2F, en cas de menace pour la sécurité alimentaire.

« S’il devient clair que la réalisation de ces objectifs représente un risque pour la sécurité alimentaire et la compétitivité de notre agriculture, alors ils devraient être modifiés », avait-il indiqué devant le Sénat français en juillet.

Pour Christiane Lambert, les exploitants agricoles doivent être perçus comme des acteurs clés dans la révision possible de la stratégie afin d’assurer que les objectifs soient réalisables et compatibles avec les exportations de denrées alimentaires et la chaîne d’approvisionnement du bloc.

En outre, elle s’est exprimée sur la nécessité de lutter contre la propagation de l’« agribashing » dans l’UE, soulignant qu’il fallait amorcer un dialogue civil avec la société, et ce, par le biais des médias, réseaux sociaux et groupes de réflexion afin de faire des agriculteurs les gardiens de l’environnement plutôt que ses détracteurs.

« Les exploitants agricoles ne sont pas les ennemis de l’environnement. Au contraire, ils le protègent », a-t-elle insisté, maintenant que sa mission était de défendre tous les apports des agriculteurs au bloc, notamment la sécurité alimentaire, la santé, l’emploi et le dynamisme dans les zones rurales.

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La nouvelle cheffe du Copa-Cogeca défend les principaux programmes européens de subventions agricoles, y compris la Politique agricole commune (PAC), des critiques formulées par les ONG environnementales, entre autres.

« Nous ne devons pas oublier que le caractère désormais si précieux de la sécurité alimentaire est dû à la PAC, qui nous a permis de produire en quantité et en qualité », a-t-elle déclaré.

Exprimant son mécontentement, tandis que la filière agricole était la grande absente du discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen, Mme Lambert souhaite la tenue d’un discours sur l’« état de l’Union agricole »

Les incertitudes environnementales et socio-économiques dans le secteur agricole s’accumulent, ce qui inquiètent nombre d’exploitants, d’après la présidente nouvellement élue.

Pour pallier les risques émanant du commerce, Christiane Lambert a insisté sur le fait que l’agriculture devait être au cœur des négociations sur les accords commerciaux internationaux.

S’inspirant de l’ancien commissaire au commerce, Phil Hogan, elle s’est prononcée en faveur d’une « autonomie stratégique ouverte ».

« La filière alimentaire est stratégique. Il existe des produits exotiques dont nous ne pouvons pas nous passer, comme le café ou le soja, mais nous devons tisser des relations ouvertes et justes », a-t-elle maintenu.

Néanmoins, elle signale que l’ouverture des frontières pourrait entraîner une compétition entre l’UE et des pays qui ne suivent pas les mêmes règles de production.

« Imaginez un poids lourd affrontant un poids plume sur le ring. Nous pouvons certes enfiler nos gants de boxe, mais nous savons que nous serons mis K.O. », a-t-elle averti, soulignant que l’UE ne pouvait pas importer des produits en provenance des pays n’ayant pas adopté des normes communes.

« Nous devons rester vigilants afin de garantir que les règles en matière de primes imposées sur les produits européens soient sujettes à la réflexion lors de négociations commerciales », a-t-elle renchéri, faisant notamment référence à l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur.

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Interrogée sur la bataille qui opposent actuellement la France à l’Italie au sujet de l’étiquetage des aliments nutri-score, Mme Lambert a déclaré que même si elle ne connaissait pas la décision prise à l’échelle européenne, il était vrai que beaucoup de consommateurs demandaient davantage d’informations sur les emballages.

Le Copa-Cogeca, dont elle est la présidente, a récemment également exprimé de vives critiques par rapport au système d’étiquetage proposé par Paris, soutenant ainsi la position italienne.

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