L’UE ne peut pas devenir un « musée de l’agriculture »

« 10 milliards d’euros seront investis au titre du programme Horizon Europe dans la recherche et l’innovation portant sur l’alimentation et la bioéconomie, les ressources naturelles, l’agriculture, la pêche, l’aquaculture et l’environnement. » [SHUTTERSTOCK]

L’UE doit redoubler d’efforts en matière d’innovation si elle souhaite aligner les niveaux élevés de production agricole sur un avenir plus durable, comme indiqué dans le Pacte vert pour l’Europe, ont déclaré les députés européens, signalant que l’UE était « à la traîne ».

Lors d’un débat récent à la commission AGRI du Parlement européen sur l’innovation et les nouvelles technologies dans l’agriculture durable, la directrice de la recherche et de l’innovation à la DG AGRI Kerstin Rosenow a souligné l’importance du savoir et de l’innovation en tant que « moteurs fondamentaux pour accélérer la transition vers des systèmes agroalimentaires durables, sains et inclusifs ».

« Ces forces motrices peuvent nous permettre d’élaborer et d’évaluer de nouvelles solutions dont nous avons absolument besoin pour surmonter les défis actuels en matière de durabilité – des défis eux-mêmes liés ou fortement accentués par le Pacte vert pour l’Europe – et pour découvrir de nouvelles possibilités commerciales », a-t-elle appuyé.

De même, s’adressant aux journalistes lors de son premier Conseil AGRIPECHE, le ministre italien de l’Agriculture Stefano Patuanelli a mis en exergue le caractère primordial de l’innovation et de la transition verte.

« Nous avons des raisons de croire qu’il est possible d’accroître la productivité et les revenus agricoles. Ceux-ci pourraient ensuite être mieux répartis dans la chaîne d’approvisionnement grâce à l’innovation. »

Des propos qui font écho à la stratégie européenne « De la ferme à la fourchette » (F2F) : « 10 milliards d’euros seront investis au titre du programme Horizon Europe dans la recherche et l’innovation portant sur l’alimentation et la bioéconomie, les ressources naturelles, l’agriculture, la pêche, l’aquaculture et l’environnement. »

L’innovation est aussi une priorité majeure de la réforme de la Politique agricole commune (PAC).

Technologie et chimie traceront-elle la voie de l’agriculture de demain ?

La pandémie a remis la question de la souveraineté au cœur des interrogations. Si tous s’accordent pour dire qu’une agriculture souveraine est indispensable, les moyens pour y parvenir font encore débat.

« La connaissance et l’innovation sont essentielles pour une croissance intelligente, résiliente et durable du secteur agricole. La future PAC encouragera un accroissement des investissements dans la recherche et l’innovation et permettra aux agriculteurs et aux communautés rurales d’en retirer les bénéfices », faisait remarquer la Commission européenne en 2019.

« Il est donc essentiel d’élaborer des systèmes de connaissances et d’innovation agricoles (SCIA) plus efficaces pour stimuler l’élaboration et le développement de projets d’innovation, diffuser leurs résultats et les utiliser le plus largement possible. L’inclusion de stratégies nationales SCIA dans les plans stratégiques relevant de la PAC encouragera la structuration et l’organisation de l’écosystème national d’innovation. »

Néanmoins, bien que le besoin d’innover afin d’atteindre ces objectifs ambitieux soit manifeste, les députés signalent que l’UE « est à la traîne » dans certains domaines.

Innovation dans l’impasse

Au cours du débat de la commission AGRI, l’eurodéputée de droite Mazaly Aguilar s’est inquiétée du fait que l’UE risquait de devenir un « musée de l’agriculture » en imposant de nouvelles restrictions à la filière sans offrir de nouvelles opportunités.

En raison de ces approches restrictives et surannées, certains types d’innovation s’enlisent, comme le génie génétique.

La numérisation de l'agriculture, une mission impossible ?

Ce mercredi (2 décembre), le ministère allemand de l’Agriculture s’est entretenu avec l’Euragri dans le cadre d’une visioconférence intitulée « la transformation numérique de la chaîne de valeur agricole ». Comment numériser l’agriculture ? Un article d’Euractiv Allemagne.

Le député européen socialiste Juozas Olekas déplore aussi les lacunes européennes par rapport au reste du monde en matière de la sélection végétale.

Outre la génétique, les parties prenantes soulignent la nécessité d’innover dans l’élevage animal ou la préservation des ressources naturelles.

Pour Adrián Vaquez Lazara (Renew Europe), il y a un écart entre les ambitions de la stratégie F2F et la réalité sur le terrain. La stratégie inclut-elle assez d’instruments pour s’assurer que le secteur primaire atteigne la transition technologique nécessaire ?

L’UE ne peut pas rater le coche 

De son côté, Yvonne Colomer, PDG de la Fondation Triptolemos en Espagne, qui œuvre à la création d’un système agroalimentaire global durable, a maintenu que l’UE ne « pouvait pas rater le coche ».

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’être à la traîne. Nous en pâtirions. Les répercussions économiques seraient désastreuses », a-t-elle mis en garde.

« Pour garantir une agriculture durable, les exploitants agricoles doivent être libres de choisir les instruments et les pratiques les plus adéquates à leurs besoins et milieux agricoles. »

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