L’UE va interdire l’insecticide thiaclopride

La Commission européenne a décidé le 13 janvier de ne pas renouveler l’approbation du thiaclopride, un pesticide à base de néonicotinoïdes jugé dangereux pour la santé et l’environnement par l’Autorité européenne de sécurité des aliments.

L’insecticide, produit par la société pharmaceutique Bayer, est sous le coup d’une interdiction sur le territoire de l’UE.

La commissaire à la santé, Stella Kyriakides, écrit dans un communiqué que « l’utilisation de ce pesticide suscite des préoccupations environnementales, notamment concernant son impact sur les eaux souterraines, mais aussi sur la santé humaine, en raison de sa toxicité pour la reproduction ».

Les néonicotinoïdes, ou néoniques, sont des pesticides controversés, utilisés depuis les années 1990. Ces produits sont très couramment utilisés pour le traitement de nombreuses cultures vivrières et fourragères. On leur reproche des effets néfastes sur les abeilles et les pollinisateurs en général.

Le Parlement européen hausse le ton sur les pesticides tueurs d'abeilles

Le Parlement européen s’est opposé, mercredi 23 octobre, à une proposition de la Commission européenne sur l’évaluation de la toxicité des pesticides sur les pollinisateurs, jugée bien trop faible. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Sur les cinq néonicotinoïdes dont l’utilisation avait, dans un premier temps, été approuvée au sein de l’UE, le thiaclopride est, depuis 2013, le quatrième produit à faire l’objet d’une interdiction ou de restrictions d’utilisation, a indiqué la Commission.

En avril 2018, l’UE avait accepté d’interdire totalement l’épandage de trois autres néonicotinoïdes : l’imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame.

Plusieurs États membres avaient cependant mis en place des exemptions d’urgence concernant l’utilisation de ces produits sur leur territoire.

Utz Klages, un porte-parole de Bayer, souligne que l’entreprise « continue de croire que les produits phytosanitaires à base de thiaclopride peuvent être utilisés en toute sécurité lorsque des mesures appropriées d’atténuation des risques sont appliquées », mais elle « respecte la décision des États membres de l’UE concernant la non-approbation du thiaclopride ».

Il ajoute que les produits phytosanitaires de Bayer à base de thiaclopride sont un outil important pour les agriculteurs de toute l’UE, en particulier pour les cultures mineures. Selon lui, les alternatives chimiques existantes sont insuffisantes pour protéger de nombreuses cultures des ravageurs qui leurs sont associés.

Martin Dermine, du Réseau action pesticide (PAN Europe), une ONG qui milite contre la dépendance aux pesticides chimiques et promeut des méthodes sûres et durables de lutte contre les nuisibles, salue l’interdiction : « [Le thiaclopride] est toxique pour les pollinisateurs et les humains : à ce titre, il ne doit pas avoir sa place dans la production de nos aliments ».

Il « regrette » cependant « que la Commission et les États membres aient mis aussi longtemps à prendre cette décision ».

« C’est en 2015 que l’Agence européenne des produits chimiques a classé le thiaclopride au rang des produits toxiques pour la reproduction, ce qui aurait dû conduire à une interdiction immédiate. Pourtant, quatre ans plus tard, les gens et l’environnement sont toujours exposés à cette substance. Le cas du thiaclopride est un exemple supplémentaire du laxisme qui prévaut lorsqu’il s’agit d’appliquer la législation européenne à l’industrie agrochimique. »

Pollinisateurs : Bruxelles plie face à l’industrie

La Commission s’achemine vers une réforme a minima de l’évaluation de la toxicité des pesticides sur les pollinisateurs. En cause, un lobbying poussé de l’industrie phytopharmaceutique, dénonce l’association Pollinis. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Martin Dermine ajoute qu’il ne sera pas possible pour la Commission de protéger la santé humaine et la biodiversité tant que des retards et une mise en œuvre incorrecte du principe de précaution « caractériseront la procédure d’approbation de l’UE ».

Selon Nick Mole, un responsable de PAN Royaume-Uni, la décision « souligne clairement la nécessité de réglementer plus strictement la procédure d’approbation des pesticides qui présentent une menace pour la biodiversité ou la santé humaine ». Quant au thiaclopride, il « n’aurait jamais dû être approuvé », déplore-t-il.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.