Le double discours de l’UE sur l’huile de palme

Le marché européen est ouvert à l’huile de palme, affirme l’ambassadrice de l’UE en Malaisie, tandis que le Parlement européen réclame l’interdiction des biocarburants issus d’huile de palme.

« Le marché européen est ouvert à l’huile de palme. Je tiens à le dire très clairement. Et l’UE est le deuxième plus grand marché pour l’huile de palme de Malaisie », a déclaré Maria Castillo Fernandez, la responsable de la délégation de l’UE en Malaisie le 16 juillet.

« Pour atteindre l’objectif en matière d’énergie renouvelable, nous devrons utiliser moins de biocarburants provenant de toutes les cultures qui provoquent un changement indirect dans l’affectation des sols (CASI). L’huile de palme n’est pas particulièrement ciblée », a-t-elle ajouté.

Sur le même ton, l’ambassadeur de l’UE en Indonésie, Vincent Guérend, a déclaré le mois dernier que les biocarburants seraient évalués de la même manière. « Le texte ne ciblera pas exclusivement ni n’interdira l’huile de palme. L’UE est et reste le marché le plus ouvert pour l’huile de palme indonésienne », a-t-il souligné.

L’Indonésie et la Malaisie sont les premiers producteurs mondiaux d’huile de palme, représentant environ 85 % de la production mondiale, et l’Europe est le deuxième plus gros acheteur, après l’Inde.

L’Indonésie a exporté 4,37 millions de tonnes d’huile de palme vers l’UE en 2016, selon l’Association indonésienne de l’huile de palme (Gapki), tandis que les exportations de la Malaisie ont totalisé 2,06 millions de tonnes.

Dick Roche, consultant pour l’industrie de l’éthanol et ancien ministre irlandais des Affaires européennes, a déclaré que les déclarations des deux diplomates démontrent à quel point la Commission est « inconsciente » des intérêts des agriculteurs de l’UE ou des faits.

« Mettre dans le même panier les biocarburants issus de cultures européennes durables et ceux produits à partir de l’huile de palme est tout simplement pervers : les forêts ne sont pas abattues ou les puits de carbone détruits pour produire du maïs de grande culture, de la betterave sucrière ou du colza européen », a-t-il déclaré.

Selon l’expert, ces déclarations montrent jusqu’où l’UE est prête à aller pour « conclure des accords commerciaux sordides ». L’UE et l’Indonésie ont commencé en 2016 à négocier un accord de libre échange.

« Ce qui est doublement répréhensible, c’est que la Commission, qui publie des proclamations publiques de soutien à l’Accord de Paris sur le changement climatique, juge bon de mélanger les cultures de l’UE qui sont produites de manière durable, d’une manière 100 % conforme à la COP21 avec des techniques d’abattis-brûlis qui dégradent certains des écosystèmes les plus menacés du monde », a-t-il ajouté.

À la mi-juin, les États membres de l’UE et le Parlement européen sont parvenus à un accord sur la directive révisée sur les énergies renouvelables (RED II).

L'Europe s'accorde sur un objectif de 32% de renouvelables d’ici 2030

Accord surprise sur les renouvelables entre le Parlement et le Conseil après une nuit de négociations : l’objectif sera de 32 % et l’utilisation d’huile de palme sera interdite dans le transport d’ici 2030.

Ils ont fixé un objectif de 32 % d’énergies renouvelables et une élimination complète de l’utilisation de l’huile de palme dans les transports d’ici 2030, en commençant par un gel des quantités existantes d’huile de palme importée.

En outre, l’accord prévoit un gel des biocarburants dits de première génération, comme l’éthanol, qui sont produits sur le marché intérieur, au niveau de production atteint par chaque État membre de l’UE en 2020.

Le Parlement réclamait une interdiction totale de l’huile de palme d’ici 2021, déclenchant une forte réaction de l’Indonésie et de la Malaisie, qui menaçaient de prendre des mesures de rétorsion.

«La Malaisie ripostera à l'interdiction de l’huile de palme»

L’interdiction de l’huile de palme, le principal produit d’exportation de la Malaisie, est « discriminatoire » et Kuala Lumpur est prête à la riposte commerciale, a déclaré le ministre malaisien, Datuk Seri Mah Siew Keong.

Certification

Selon le texte de compromis, la Commission devrait adopter d’ici le 1er février 2019 un acte délégué fixant les critères de certification des biocarburants à faible risque de changement indirect d’affectation des sols (CASI) sur la base des meilleures données scientifiques disponibles.

« L’accord politique entre le Conseil européen et le Parlement, c’est-à-dire les représentants élus, est très clair  », a commenté Cristina Mestre, responsable des biocarburants au sein de l’ONG Transport & Environnement (T&E). La loi, explique-t-elle, indique clairement que la Commission doit mettre au point une méthodologie solide pour éliminer progressivement les biocarburants à haut risque de CASI, qui poussent sur des terres à forte teneur en carbone.

« Il est crucial que la Commission honore sa promesse d’ici la date limite de février de l’année prochaine, soit deux mois avant les élections européennes », a-t-elle souligné.

Réactions

A European Commission spokesperson commented, “There is still further work at the technical level to be finalised. The agreement includes a gradual reduction of the amount of certain types of biofuels towards the renewable energy target. This was the wish of the co-legislators (European Parliament and Council). These technical elements need to be looked into now and further work at technical level aimed at finalising the text is needed.”

Subscribe to our newsletters

Subscribe