Exposé à un recul des taux d’incorporation, le biodiesel redoute aussi la concurrence argentine

La Commission européenne campe sur ses positions quant aux taux d’incorporation des biocarburants, ce qui préoccupe l’agricuture française d’autant que les importations de biodiesel argentin arrivent en Europe. C’est ce qui est ressorti d’un débat entre politiques et industrie qui a eu lieu le 5 octobre à Paris.

Si les États membres sont libres de leur mix énergétique, certaines décisions européennes pèsent nécessairement sur les choix des pays. Trop ? C’est ce que soutient Roland Lescure, président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, qui a introduit le 5 octobre une table ronde Euractiv* à l’Assemblée nationale.

« La transition énergétique est de plus en plus concrète, la place de la France est centrale, elle s’est fixé des objectifs ambitieux. Mais les décisions sur les agrocarburants remettent en cause les filières agricoles sans qu’elles aient pu anticiper ce changement de cap » remarque M. Lescure.

La filière française du biodiesel est très critique sur la proposition de la Commission européenne de baisser le taux des biocarburants incorporé dans le diesel et l’essence, un choix que les ONG soutiennent pourtant pour la plupart en raison du bilan carbone élevé de la production de biocarburants sur le sol européen.  Mais cette vision se confronte à un problème de temporalité : les biocarburants de 2nde génération n’étant pas prêts, le fait de baisser aujourd’hui le taux d’incorporation revient à remplacer le biocarburant par du pétrole.

Le biodiesel français s'inquiète de pertes de débouchés

Examinée en ce moment au Parlement européen, la proposition de directive sur les énergies renouvelables (RED II) crée la controverse. Limiter le taux de biocarburants n’est pas la solution, selon la filière biodiesel ; mais le statu quo non plus, selon les ONG.

« Certes, la décarbonation n’est pas totale, mais si on supprime les biocarburants pour mettre de l’énergie fossile on a rien gagné » assure Sebastien Windsor, agriculteur et président de Terres Inovia, l’institut des huiles et protéïnes végétales.

La Commission européenne défend pourtant mordicus ce changement de pratique. « La baisse est progressive, on va passer de 4,2 % à 3,8 % au total, ca ne fait pas une grosse différence avance Megan Richards, directrice de la politique énergétique à la DG Énergie, qui ajoute que l’exécutif européen veut mettre l’accent sur l’éthanol plutôt que le biodiesel. Et face aux réticences de l’industrie, elle propose d’imaginer un fonctionnement souple des objectifs. « On peut imaginer des accords entre des pays qui veulent incorporer plus ou moins de biocarburants » suggère-t-elle.

Pour les producteurs, le compte n’y est pas, notamment parce que les études d’impact initiales faites par l’exécutif ne tiennent pas la route. « On investit tous les bénéfices dans la recherche, mais il faudra encore des milliards pour mettre au point les carburants de seconde génération » prévient Sebastien Windsor.

En tant qu’agriculteur, il défend l’utilité de la production de colza en France, qui permet d’éviter d’importer des protéines pour l’alimentation animale. « Si j’arrête le colza, je devrai importer du soja OGM d’Amérique du Sud et participer à la déforestation » assure-t-il.

Outre le taux d’incorporation actuellement en discussion entre le Parlement et le Conseil, l’agriculteur s’inquiète des importations de biodiesel argentin, rendues possibles par le fait que l’UE a suspendu les taxes à l’importation qui prévalaient jusqu’alors sur les biodiesel produit en Argentine. « Au moment où Trump relève les taxes sur les importations argentines, l’UE a fait l’inverse. Les bateaux ont directement été rerouté vers l’Europe, et on attend jusqu’à 240 000 tonnes de biodiesel argentin juste sur le mois d’octobre » s’inquiète l’agriculteur.

À terme, « les biocarburants vont-ils nous aider à décarboner l’économie ? Il faut raisonner en terme de valeur ajoutée » assure de son côté Thomas Pelerin-Carlin, chercheur à l’institut Jacques Delors-Notre Europe. Si les bâtiments et le transport peuvent tout à fait se gérer sans carburant liquide, la question des biocarburants se pose néanmoins pour des marchés de niche : l’aviation long courrier et les chars militaires, par exemple, peuvent difficilement se passer de carburant selon lui.

Débat Euractiv Biocarburants

*Le vice-président de la Commission européenne , Maros Sefcovic,  et les députés Barbara Pompili et Roland Lescure, ont participé jeudi 5 octobre à une matinée de débat autour de la transition énergétique en France organisée par Euractiv, en partenariat avec Ouest-France et La Tribune.

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