Bruxelles ne veut plus dépendre des importations de soja pour l’alimentation animale

L’UE lance une stratégie sur les protéagineux afin de développer la production européenne d’aliments pour animaux et réduire ainsi sa dépendance vis-à-vis des importations.

Lors d’une réunion des ministres européens de l’Agriculture, le 19 février 2018, le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, a présenté l’idée d’une stratégie européenne en matière de protéines.

« Les protéines végétales sont essentielles pour l’agriculture européenne, car elles sont une composante vitale de l’alimentation animale, en tant que source d’acides aminés pour le bétail », a-t-il déclaré.

La demande de l’UE s’élève à environ 45 millions de tonnes de protéines brutes par an, dont un tiers est déjà couvert par le soja, a ajouté le commissaire irlandais. « Le soja représente défi particulier lorsque l’on tente de remédier au déficit protéique de l’UE, car l’autosuffisance de l’UE en soja n’est que de 5 %. »

La Commission européenne a lancé cette semaine une enquête en ligne auprès des parties prenantes, adressée aux experts de la chaîne d’approvisionnement en protéines végétales, aux producteurs et aux utilisateurs ainsi qu’aux autorités nationales.

Des OGM interdits trouvés dans des aliments pour animaux

Des OGM non autorisés dans l’UE ont été détectés dans des aliments pour animaux en France, a fait savoir la direction de la répression des fraudes, confirmant une information du Monde, qui pointait une faille dans la législation européenne.

La question des biocarburants

Copa-Cogeca, l’association des agriculteurs et des coopératives agricoles européennes, a publié un communiqué affirmant que « les coproduits des biocarburants et les protéines animales transformées sont des sources précieuses de notre propre approvisionnement en protéines pour l’alimentation animale ».

Pekka Pesonen, secrétaire général de Copa-Cogeca, a déclaré à Euractiv que, du point de vue de la chaîne alimentaire et de l’approvisionnement en protéines, les filières agroalimentaires de l’UE fournissent une source précieuse de tourteau riche en protéines pour l’alimentation animale.

« Il s’agit en effet d’un protéique précieux, coproduit de l’huile végétale extraite pour fabriquer du biodiesel et d’autres biocarburants. D’année en année, avec ces produits, nous diminuons de 10 à 15 % notre dépendance aux importations. Par conséquent, ce n’est pas une question mineure dans la discussion sur l’approvisionnement en protéines », a-t-il déclaré.

Des préoccupations similaires ont récemment été exprimées par Marijana Petir, eurodéputée croate (Parti populaire européen, PPE), qui a déclaré que cela devrait être un argument solide contre l’élimination progressive des biocarburants de première génération.

Non seulement cela rendrait les agriculteurs plus dépendants des importations, mais « contrairement aux aliments pour animaux produits par l’industrie européenne des biocarburants, ces importations seront basées sur des organismes génétiquement modifiés (OGM) », a-t-elle expliqué.

Le 17 janvier, le Parlement européen a décidé d’éliminer progressivement l’utilisation de l’huile de palme dans les carburants pour le transport d’ici à 2021 et de plafonner la consommation de biocarburants issus de cultures vivrières au niveau de consommation de 2017, tout en veillant à ce qu’ils ne représentent pas plus de 7 % de tous les carburants dans le transport d’ici à 2030.

Le Parlement bannit les biocarburants à l’huile de palme

Le Parlement européen a décidé d’éliminer l’huile de palme dans les carburants d’ici à 2021 et de plafonner les biocarburants issus des cultures vivrières au niveau de consommation de 2017.

Euractiv a demandé à la Commission si elle voyait une contradiction entre les plans d’élimination progressive des biocarburants à base de cultures et la future stratégie communautaire en matière de protéines. « À ce stade précoce du développement, il est prématuré de se prononcer sur le contenu de la future stratégie de l’UE en matière de protéines végétales », ont vaguement répondu des sources de la Commission.

Comment améliorer les protéagineux ?

Dans sa consultation publique, l’exécutif européen souligne que les protéines végétales sont une composante essentielle de l’alimentation animale, mais que la production européenne de protéagineux ne suffit pas à couvrir la demande pour plusieurs raisons, telles que les conditions climatiques.

En ce qui concerne le soja, la Commission indique qu’il peut entrer sur le marché de l’UE en franchise de droits, ce qui réduit également le rapport coût-efficacité de la production locale.

« Une proportion importante des cultures de soja cultivées en dehors de l’UE sont génétiquement modifiées, mais la demande européenne de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux non génétiquement modifiés restant élevée, il est de plus en plus nécessaire de stimuler la production locale. », affirme l’exécutif.

Sur l’aspect agronomique, Pekka Pesonen a déclaré que les rendements des protéagineux devaient considérablement être améliorés. « L’UE est très compétitive avec les autres cultures arables, comme le blé (mélange énergie-protéines). L’économie n’est tout simplement pas encore là et changer cela nécessiterait un soutien qui se fait déjà rare ailleurs. Sans parler de nos engagements internationaux », a-t-il commenté.

« Il s’agit donc de sources multiples de protéines. Nous savons que les protéagineux sont potentiellement bons pour l’environnement (par exemple les légumineuses fixatrices d’azote), mais ils ont besoin d’être renforcés par les techniques modernes de sélection des plantes (NPBT). »

Le terme NPBT décrit un certain nombre de méthodes scientifiques qui modifient génétiquement les plantes pour améliorer des caractéristiques comme la tolérance à la sécheresse et la résistance aux ravageurs. Le débat porte sur la question de savoir si ces techniques doivent être classées parmi les organismes génétiquement modifiés (OGM) et doivent donc être soumises à la procédure stricte d’approbation des OGM de l’UE. Une décision cruciale de la Cour devrait apporter plus de clarté sur cette question en mai prochain.

Pas logique

Emmanuel Desplechin, secrétaire général de l’Association européenne pour l’éthanol renouvelable (ePURE), a souligné que la production d’éthanol générait à la fois du carburant et des denrées alimentaires pour l’Europe.

« Une solution gagnant-gagnant qui aide l’UE à atteindre ses objectifs climatiques et compense la nécessité d’importer des aliments pour animaux. Chaque tonne de grain utilisée par l’industrie de l’éthanol produit autant d’aliments pour animaux que de biocarburants propres et respectueux du climat », souligne-t-il.

La production de biocarburants fournit également un revenu précieux aux agriculteurs européens, en les aidant à stimuler la productivité et la durabilité environnementale, a-t-il poursuivi. « Il n’est donc pas logique que l’UE envisage de supprimer progressivement les biocarburants issus de cultures vivrières en même temps qu’elle propose une stratégie pour stimuler la production de protéines. »

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