L’agroforesterie, un système semé d’embûches pour les exploitants agricoles ?

L’agroforesterie est perçue comme une solution profitable à tout le monde sur le plan de l’économie et l’écologie. [SHUTTERSTOCK]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Parlez-vous durable ?.

À la lecture du Pacte vert pour l’Europe et de la stratégie « De la ferme à la fourchette » (F2F), la notion d’agroforesterie fait son entrée en jeu. Le bloc souhaite souligner son importance dans le secteur agricole.

« La Commission veillera à ce que ces plans stratégiques soient évalués au regard de critères solides en matière de climat et d’environnement. Ces plans devraient déboucher sur des pratiques durables, comme l’agriculture de précision, l’agriculture biologique, l’agroécologie, l’agroforesterie, ainsi que sur des normes plus strictes en matière de bien-être animal », indique la communication de l’exécutif européen sur le pacte vert pour l’Europe.

Parallèlement, la stratégie F2F indique que « de nouveaux programmes écologiques offriront un flux majeur de financement pour stimuler des pratiques durables, telles que l’agroforesterie ».

La notion d’agroforesterie soulève parfois quelques incompréhensions. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, il s’agit d’un terme générique servant à désigner les systèmes d’utilisation des terres et les pratiques dans lesquelles les plantes ligneuses vivaces sont délibérément intégrées aux cultures agricoles et/ou à l’élevage pour une variété de bénéfices et de services.

D’après les estimations de la Fédération européenne d’Agroforesterie (EURAF), l’agroforesterie représente actuellement 20 millions d’hectares à travers le bloc, près de 90 % des surfaces européennes en prairies pourraient accueillir des pratiques de sylvopastoralisme et plus de 99 % des terres arables de l’UE pourraient tolérer des pratiques agro-sylvicoles.

L’agroforesterie est perçue comme une solution profitable à tout le monde sur le plan de l’économie et l’écologie. Ainsi, la culture de plantes ligneuses sur des terres cultivées présente plusieurs avantages, notamment la production de bois, la culture arboricole et d’autres bénéfices environnementaux.

Autrement dit, l’agroforesterie recèle d’un potentiel énorme afin d’atteindre les objectifs du pacte vert pour l’Europe, selon Gerry Lawson, sylviculteur et membre de l’EURAF pour qui il est primordial d’accroître les efforts en la matière à l’échelle européenne.

M. Lawson a mis en lumière le principal obstacle rencontré : les exploitants agricoles n’ont aucune garantie que la culture de plantes ligneuses sur leurs terres ne mettrait pas en péril les paiements directs de la politique agricole commune (PAC).

« Il y’a de réelles craintes à cet effet dans le secteur agricole », a-t-il renchéri, expliquant que ces inquiétudes provenaient de la limitation de la densité arboricole à 100 arbres par hectare dans l’actuelle PAC. En raison de cette restriction, les exploitants agricoles restent sur le garde en ce qui concerne la mise en œuvre et promotion de pratiques agro-sylvicoles.

La limite avait initialement été mise en place pour assurer la production agricole, mais elle ignore le fait qu’une grande part de celle-ci peut être obtenue sous et entre les arbres.

Néanmoins, Gerry Lawson soutient que, conformément à un document de travail du Conseil de l’UE, dans la nouvelle PAC, les États membres bénéficieront d’une souplesse totale pour effectuer les paiements directs sur des terrains agro-sylvicoles, mais que cette nouveauté n’a pas clairement été transmise aux agriculteurs.

« À l’avenir, d’après la proposition, les États membres devraient avoir une marge de manœuvre pour garantir que les surfaces agro-sylvicoles soient pleinement éligibles lorsque cela se justifie en fonction des spécificités locales (par exemple, la densité/espèce/taille des arbres et les conditions pédoclimatiques) et de la valeur ajoutée de la présence d’arbres pour assurer une utilisation agricole durable des terres », peut-on lire dans le document.

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Mais cet avantage n’a pas été clairement expliqué aux agriculteurs, d’après M. Lawson.

« Cette souplesse doit être clarifiée. De plus, pour mettre en avant l’agroforesterie, il faut rassurer les exploitants agricoles sur le fait qu’ils ne seront pas pénalisés financièrement s’ils s’engagent dans cette pratique », a-t-il ajouté.

Le sylviculteur a également mis en exergue les problèmes relatifs au contrôle de l’agroforesterie au sein du navire européen.

Faisant référence à l’Outil de durabilité agricole (FaST) en cours de développement, M. Lawson a souligné que ce dispositif devrait prendre en compte les répercussions de l’agroforesterie et des émissions de gaz à effet de serre.

FaST devrait devenir une plateforme phare à l’échelle mondiale visant à soutenir l’agriculture durable et compétitive, et ce, sur la base de données spatiales.

« Aucun projet du programme Horizon 2020 lié à FaSt n’aborde les arbres. Il y a donc un fossé immense en ce qui concerne la recherche dans ce domaine », a soutenu M. Lawson, ajoutant que davantage d’efforts devraient être effectués pour lier le projet européen de recherche à l’agroforesterie et à ses avantages.

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