Les viticulteurs bio français s’inquiètent de la remise en question du cuivre

Le mildiou, fléau de la vigne. [Shutterstock]

Le minerai est la seule arme efficace dont disposent les viticulteurs bio contre certaines maladies qui touchent leurs exploitations. La filière réclame une clarification rapide de l’application des nouvelles normes européennes sur son utilisation.

Le vin « bio » a la cote en France. De plus en plus. Le marché a quadruplé en 10 ans et plus d’un consommateur sur six se déclare « acheteur ». Celui-ci se dit même prêt à payer quelques euros de plus afin de déguster une bouteille certifiée « AB », pour agriculture biologique.

Il séduit aussi à l’extérieur des frontières. Ses ventes représentent deux tiers des exportations françaises de produits « bio ». Mais la réussite a un prix et les vignobles où est cultivé ce nectar particulier est davantage touché par les maladies.

Parmi elles, le mildiou est l’une des plus répandues. Cette infection de la vigne peut grandement affecter le rendement. Elle est due à un champignon.

Seule solution à l’heure actuelle

Pour conserver l’appellation « AB » tout en traitant le problème, le viticulteur recourt souvent au traitement au cuivre, seul fongicide vraiment efficace et répondant au cahier des charges de l’agriculture biologique.

L’interdiction du cuivre dans l'agriculture divise les pays européens

L’autorisation du cuivre en usages agricoles expire en janvier 2019. Les États membres sont toujours divisés sur le renouvellement de ces fongicides très utilisés en agriculture biologique, mais néfastes pour la santé et l’environnement.

Pourtant, son utilisation en masse dans les parcelles a des conséquences néfastes sur la qualité des sols. L’Union européenne avait longuement hésité à reconduire l’autorisation d’utiliser ce procédé. Elle a finalement décidé de l’allonger de 7 ans, à compter du 1er janvier 2019.

Les doses baissent tout de même sensiblement, puisque la limite est maintenant de 28 kilogrammes de cuivre par hectare et par an, contre plus de 40 auparavant. Lissée sur 7 ans, cela revient à 4 kg/ha/an. Un plafond trop faible pour nombre de viticulteurs bio.

Le problème du lissage

L’UE a donc laissé libre aux États membres le soin de lisser cette quantité ou non. « Si la France limite à 4 kg par an, ça serait tout simplement absurde, à cause de la pression de la maladie dans certaines régions », explique Yves Dietrich, viticulteur bio dans le Bas-Rhin.

Membre du Comité national de l’agriculture biologique, il attend, comme beaucoup de ses collègues, une clarification « rapide » des autorités françaises à ce sujet. Certaines années, l’exploitant viticole peut avoir la nécessité d’utiliser plus de cuivre pour répondre à une intensification de la maladie. Les zones océaniques sont concernées au premier chef selon lui.

Mais le mildiou n’est pas la seule menace pour les vignes. Une autre maladie met les exploitants bio en émoi : la flavescence dorée. Elle est transmise aux ceps par la cicadelle, un insecte très présent dans certains vignobles.

Cette affection est identifiée comme « maladie de quarantaine » par l’UE. La variété de cicadelle qui la transmet est originaire des États-Unis. Identifiée depuis quelques années comme une menace très sérieuse pour le vignoble français, la flavescence dorée fait l’objet depuis 2013 d’un plan de lutte au niveau français.

Dans ce cadre, un viticulteur bio peut obtenir une dérogation pour traiter ses plants avec des produits phytosanitaires tout en conservant son appellation AB. L’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) réfléchit actuellement aux moyens de se passer d’insecticides.

« L’objectif de la viticulture bio est de n’utiliser que des plants de vignes eux-mêmes « bio » d’ici 2035 », explique Mélanie Van-Praët, de l’Inao. La cicadelle est souvent présente dans les pieds de vignes avant même qu’ils soient plantés par le vigneron.

« Nous réfléchissons à rendre obligatoire le traitement à l’eau chaude dès qu’il s’agira de plants « bio », détaille l’experte. Cette méthode consiste à plonger le plant dans de l’eau chauffée à 50 degrés pour éliminer toute trace de la bactérie responsable de la maladie.

La technique a pourtant ses détracteurs chez les vignerons, qui l’accusent de fragiliser le cep. Là encore, le débat n’est pas tranché entre les acteurs de la filière, sur un sujet qui touche au cœur de l’agriculture bio : le non-recours aux insecticides.

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