Fin du tabou : le gouvernement annonce des mesures pour mieux prévenir la détresse des agriculteurs

Exposés à des conditions de vie et de travail particulièrement éprouvantes, de nombreux agriculteurs français se retrouvent en proie à la souffrance psychique - un mal-être souvent passé sous silence. [Darius Sul/Shutterstock]

C’est un nouveau pas envers les agriculteurs français : le gouvernement a annoncé cette semaine sa feuille de route pour la prévention du mal-être et l’accompagnement des agriculteurs en difficulté, alors que deux agriculteurs se suicident en France chaque jour.

Les chiffres sont sans appel : deux agriculteurs français se suicident chaque jour, faisant de la profession celle marquée par le plus grand taux de mortalité par suicide en France (30 % de suicides en plus que dans les autres professions).

Longtemps passé sous silence, le malaise des agriculteurs est devenu un sujet fort discuté ces derniers mois. En mars, le Sénat français s’était saisi du problème, proposant une liste de 63 actions pour aider les agriculteurs en détresse, après que des agriculteurs aient manifesté à Paris pour alerter sur le « malaise agricole ».

Autre évolution de taille, la protection du revenu agricole a été longuement discutée par l’Assemblée nationale puis le Sénat cette année dans le cadre de la loi « Egalim 2 », adoptée en octobre.

Enfin, une revalorisation des petites retraites agricoles est entrée en vigueur en début de ce mois : la retraite minimale s’élève désormais à 85 % du SMIC (contre 75 % auparavant), mesure qui aura entrainé une augmentation de la pension retraite d’environ 100 euros pour plus de 200 000 anciens agriculteurs.

C’est donc un nouveau pas entamé cette semaine par le gouvernement français avec la présentation d’une feuille de route pour la prévention du mal-être et l’accompagnement des agriculteurs en difficulté par les ministres des Solidarités et de la Santé, Oliver Véran, de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, et du secrétaire d’État chargé des Retraites et de la Santé au travail, Laurent Pietraszewski, ce mardi (23 novembre).

La question du mal-être et du risque suicidaire des agriculteurs serait devenue « un fait de société pris à bras le corps par les acteurs du monde agricole et les pouvoirs publics », peut-on lire dans le document. Mais si « la mobilisation des différents acteurs est pleine et entière, les réalités vécues par le monde agricole démontrent la nécessité de renforcer les actions » de soutien.

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« Humaniser » les rapports aux agriculteurs

Ainsi, la feuille de route vise à « humaniser » davantage les rapports aux agriculteurs en difficulté, aller vers les personnes isolées et prévenir et accompagner « toute forme de difficultés, qu’elles soient personnelles, économiques ou sociales ».

Concrètement, le gouvernement vise à déployer des cellules dédiées à la question du mal-être agricole dans tous les départements français d’ici la fin de l’année prochaine et renforcer les réseaux de « sentinelles », ces acteurs volontaires (élus, associations, coopératives d’agriculteurs et autres) qui, en étant en contact quotidien avec les agriculteurs, peuvent détecter des situations de détresse et intervenir en établissant des relais vers les structures d’aide pertinentes.

Le gouvernement a également annoncé le renforcement du crédit d’impôt remplacement en cas de maladie ou d’accidents du travail et sa prolongation jusqu’en 2024, ainsi qu’une refonte des dispositifs départementaux d’accompagnement économique des agriculteurs en difficulté, dont le budget sera doublé pour atteindre 7 millions d’euros par an. Le budget de l’aide au répit en cas d’épuisement passe, lui, de 3,5 à 5 millions d’euros dès cette année.

Lever le tabou du malaise agricole

« Aujourd’hui, un tabou a été levé », s’est félicité le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie à l’occasion de la présentation de la feuille de route. Il ne fallait plus « fermer les yeux » face au mal-être agricole et, au contraire, « accompagner les agriculteurs qui en ont besoin dans toutes les dimensions de leur vie ».

Le ministre a appelé à « redonner sa valeur humaine à notre agriculture » et à retrouver « davantage de contact, de bienveillance et de confiance avec nos agriculteurs » afin de mieux repérer les situations de détresse et « y faire face collectivement ».

La santé mentale serait « l’affaire de tous », a aussi rappelé le ministre de la Santé Oliver Véran. « La multiplication silencieuse des suicides d’agriculteurs n’est pas un fait divers, une fatalité, mais un fait social qui doit tous nous interpeller et auxquels nous devons répondre », a-t-il affirmé.

« Les agriculteurs, leurs salariés, leurs familles, figurent au nombre des catégories socio-professionnelles particulièrement exposées à la souffrance psychique, du fait de conditions de travail et de vie difficiles, éprouvées par des aléas climatiques, sanitaires, économiques de plus en plus contraignants », selon M. Véran.

Toutefois, ces souffrances resteraient encore trop souvent « tues et cachées », « par fierté, par pudeur, mais aussi souvent par méconnaissance et par difficulté pour ces hommes et femmes d’accéder aux aides et aux dispositifs d’écoute et de soins dont ils auraient besoin ». Avec sa feuille de route, le gouvernement souhaiterait ainsi « offrir à nos agriculteurs les conditions du bien-être mental indispensable au développement et au plein épanouissement d’un secteur professionnel et économique qui fait la fierté de notre pays ».

L’aide à la transmission, un chantier resté ouvert, selon la FNSEA

Réagissant à l’annonce de mardi, la FNSEA (premier syndicat agricole français) a salué une feuille de route qui « entend créer les passerelles qui manquent entre les initiatives et les structures » et qui marquerait la volonté partagée par le monde agricole et les pouvoirs publics de « tout faire » pour réduire la surmortalité par suicide au sein de la profession.

Le syndicat déplore toutefois que la proposition d’aide relais, « qui aurait permis aux agriculteurs les plus usés de pouvoir partir quelques années avant la retraite », n’ait pas été retenue dans la feuille de route. « Il s’agissait en effet d’une mesure capitale », affirme la FNSEA, « la fin de carrière étant une période particulièrement à risque » alors que le risque suicidaire est deux fois plus élevé chez les agriculteurs de plus de 65 ans que dans le reste de la population.

Il serait donc « important d’accompagner des transitions sereines à des jeunes », note le syndicat, qui rappelle également que « la bonne santé de la population agricole passera aussi et avant tout par un métier qui rémunère et qui soit considéré ».

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