Indication géographique protégée : Londres et Bruxelles s’accordent sur l’agneau

La péninsule du Gower, au sud du Pays de Galles. [SHUTTERSTOCK/HAWKES]

Agneau des prés salés du Gower ou agneau terrible ? La première indication protégée post-Brexit sous le nouveau cadre britannique n’empiète pas sur celle européenne de 2003, ont affirmé les représentants de part et d’autre de la Manche.

Le 11 août, le « Gower Salt Marsh Lamb » – l’agneau des prés salés du Gower – s’est vu octroyer le statut PDO (Protected designation of origin) par le ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA). Il devient ainsi le premier produit alimentaire à recevoir une telle protection depuis le divorce GB-UE.

Pour rappel, l’indication géographique protégée/indication protégée (IGP/IG) de l’UE met en évidence le lien entre la région géographique concernée et la dénomination du produit, lorsqu’une qualité particulière, une réputation ou d’autres caractéristiques sont essentiellement dues à l’origine géographique.

Quelque 65 denrées alimentaires britanniques sont enregistrées comme IGP/IG, notamment l’« agneau gallois », le « Stilton cheese », le « whisky écossais », les « Jersey Royal potatoes » et le « Traditionally Farmed Gloucestershire Old Spots Pork ».

Toutes les indications géographiques de l’UE déjà enregistrées dans l’UE au 31 décembre 2020 restent protégées au Royaume-Uni en vertu de l’article 54, paragraphe 2, de l’accord de retrait.

Depuis, le ministère DEFRA a mis en place un nouveau dispositif post-Brexit concernant les IGP/IG selon lequel les obligations des producteurs et vendeurs de marchandise sous appellation protégée resteront inchangées.

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Le premier produit enregistré dans le nouveau système britannique n’est autre que le « Gower Salt Marsh Lamb » : l’ »agneau des prés salés du Gower » élevé sur la côte Nord de la péninsule du Gower, au sud du Pays de Galles.

Néanmoins, l’ »agneau » gallois bénéficie déjà d’une IGP européenne depuis 2003. Il a d’ailleurs été automatiquement enregistré sous le nouveau système britannique IGP/IG à la suite du Brexit.

Bien que l’ »agneau des prés salés du Gower » appartienne à une région spécifique, la définition de zone géographique donnée pour l’IGP de 2003 indique que celle-ci couvre le territoire gallois jusqu’à la frontière anglaise en passant par l’ile d’Anglesey. Autrement dit, elle concerne également la péninsule du Gower.

Contactés par EURACTIV, les représentants européens et britanniques ont réfuté tout conflit éventuel entre les deux appellations protégées.

En effet, le système IGP/IG protège des noms et non des produits, a fait savoir une source de l’UE proche du dossier. Concernant « l’agneau des prés salés du Gower » et « l’agneau gallois », seul le terme « agneau » coïncide. Cependant, il ne constitue pas pour autant un différend susceptible d’empêcher la certification de la viande élevée dans la péninsule du Gower.

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Le « Gower Salt Marsh Lamb » peut se voir attribuer l’IGP à condition que la distinction avec le « Welsh Lamb » soit bien visible pour les consommateurs et qu’un nom ne sape pas la réputation de l’autre, a ajouté le responsable bruxellois.

Désormais sous le statut PDO britannique, l’ »agneau des prés salés du Gower » peut envisager de faire la demande pour obtenir l’indication géographique protégée de l’UE. Le ministère DEFRA s’attend à ce que ces démarches se multiplient.

Avant le Brexit, en 2019, les procédures pour jouir du statut d’IGP avaient été amorcées, mais sans succès car abandonnées.

Les producteurs britanniques continueront à avoir accès au système d’IGP/IG de l’UE et peuvent demander une protection comme tout autre producteur de pays tiers. Toutefois, ils devront fournir davantage de renseignements en raison de la sortie du Royaume-Uni du bloc.

Dans ce cas, Westminster doit montrer patte blanche à la Commission européenne en lui transférant la preuve de protection dans le pays d’origine ainsi qu’une copie des détails techniques du produit.

Une fois les documents reçus, l’exécutif fait avancer la demande.

D’après le ministère DEFRA, les producteurs ayant reçu le feu vert pour utiliser les deux noms peuvent choisir celui qu’ils souhaitent donner à leur produit : « Gower Salt Marsh Lamb » (PDO) ou « Welsh Lamb » (IGP). Autrement dit, un producteur du Gower peut décider de ne pas être contrôlé pour bénéficier du PDO, mais de l’être pour faire usage de l’IGP.

En revanche, pour la Commission européenne, les deux termes peuvent être utilisés sur le même produit au sein du marché unique – pour autant que l’agneau du Gower reçoive la certification de l’UE et que la production soit validée par un organisme de contrôle.

Du côté des spiritueux, il n’est pas rare de voir deux IG sur une même bouteille de vin. Par exemple, « Bordeaux » et « Saint-Émilion », qui couvrent en partie la même région géographique. Mais, cette façon de faire est plus inhabituelle pour les produits agricoles et les denrées alimentaires.

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