La surpêche fait perdre emplois et argent à l’UE

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Réapprovisionner les stocks halieutiques pourrait créer des milliers d’emplois et stimuler le PIB de l’UE de 4,9 milliards d’euros par an, indique une nouvelle étude.

Les bénéfices économiques d’un réapprovisionnement des réserves surexploitées de stocks de poissons sont immense, selon une étude publiée le 25 septembre par l’ONG Oceana.

La valeur de la prise de poissons pourrait augmenter de 2,4 milliards d’euros par an (+56 %) et créer 92 000 emplois dans la pêche et dans les secteurs de la production et du commerce de produits alimentaires.

Les États membres de l’UE se sont engagés en 2013 dans la Politique commune de la pêche (PCP) à mettre fin à la surpêche de toutes les réserves halieutiques d’ici à 2020.

La surpêche en Europe est cependant un exemple classique d’intérêts individuels prenant le dessus sur le bien commun en épuisant une ressource naturelle via une action collective.

En effet, l’approche court-termiste a jusqu’à présent prévalu dans la gestion des pêcheries européennes. Réapprovisionner les réserves halieutiques nécessite une réduction des prises totales sur le court terme, décision peu attrayante aux yeux des politiques ayant peur de perdre des électeurs.

Le Conseil « Agriculture et Pêche » – la réunion des ministres européens de la Pêche – décide chaque année de quotas de pêche pour chaque espèce et les divisent entre les pays, durant un processus à huis clos et souvent critiqué pour son manque de transparence.

Ces deux dernières années, le Conseil a ignoré les recommandations scientifiques sur les niveaux de pêche dans plus de la moitié de ses décisions.

La Commission accusée de mettre la Baltique en danger

La Commission est accusée de fermer les yeux sur les dangers guettant les réserves de cabillaud, élément essentiel de l’écosystème, en mer Baltique.

« L’UE peut toujours atteindre l’objectif de 2020. Les données officielles montrent que jusqu’à présent les progrès ont été trop lents. Il revient aux ministres de la Pêche de fixer des limites durables de pêche », a déclaré Andrew Clayton, responsable du Pew Charitable Trusts, une ONG voulant mettre fin à la surpêche au nord-ouest de l’Europe.

Déclin des stocks de poisson

L’Agence européenne pour l’environnement prévient qu’environ 60 % de toutes les espèces commerciales de poissons ne sont pas dans « un bon état environnemental », ce qui signifie qu’elles sont pêchées trop rapidement et en trop grande quantité pour leur permettre de se reproduire.

« L’utilisation des réserves commerciales de poissons et de crustacés en Europe demeure complètement insoutenable », écrit l’AEE, notant toutefois de grandes différences entre les régions. Le nord-est de l’océan Atlantique et la mer Baltique gèrent beaucoup mieux les stocks que la mer Noire et la Méditerranée.

Selon une étude publiée en début d’année par le centre conjoint de recherche de la Commission européenne, plus de 90 % des réserves de poissons en Méditerranée sont surexploités, et de nombreuses espèces sont sur le point de s’épuiser.

Pertes économiques

La surpêche est intenable du point de vue environnemental, économique et social. Elle a provoqué des pertes d’emploi et une baisse des revenus dans le secteur de la pêche. La Banque mondiale a récemment évalué à 70 milliards d’euros les pertes annuelles liées à la mauvaise gestion des pêcheries, et attribué 15 % de ce chiffre à l’Europe (10 milliards d’euros).

À cause du déclin des réserves, les poissons sont attrapés lorsqu’ils sont plus jeunes et plus petits, ce qui mène à un tonnage moindre et à un prix de vente réduit.

Actuellement, 3,5 millions de tonnes de poissons sont pêchées chaque année dans l’UE – mais avec des réserves halieutiques réapprovisionnées et mieux gérées, ce chiffre pourrait passer à 5,5 millions selon Oceana.

Grâce à l’effet multiplicateur selon lequel chaque emploi dans le secteur de la pêche génère en moyenne trois emplois en aval de la chaine d’approvisionnement, 24 000 nouveaux emplois dans la pêche permettraient de créer 58 000 postes de plus dans l’économie.

Le plus dur est à venir

Le Conseil « Pêche » aura lieu le 9 octobre pour décider des quotas de la mer Baltique et les 11 et 12 décembre pour la mer du Nord et la mer Noire.

Il n’y a actuellement pas de système de quotas pour la Méditerranée. En février, la Commission a soumis une proposition relative aux stocks de petits poissons de la mer Adriatique et travaille sur les réserves de thons et d’autres espèces en voie de disparition en Méditerranée occidentale.

« Le plus dur est de faire en sorte que les ministres de la Pêche surmontent leur réticence à mettre en œuvre la Politique commune de la pêche », affirme Andrew Clayton. « Les ministres doivent suivre les conseils scientifiques au moment de fixer des quotas de pêches. La capacité à mettre un terme à la surpêche est entre leurs mains. »