Les fabricants de pâtes italiens appellent Bruxelles à l’aide

shutterstock_340606343crop [PosiNote/Shutterstock]

La décision de l’Italie d’imposer un étiquetage obligatoire sur les pâtes et le riz est contestée par l’industrie, qui a appelé la Commission à annuler la mesure.

Le ministère italien de l’Agriculture et du Développement économique a décidé que les paquets de riz et de pâtes devraient à présent indiquer l’origine du blé dur et du riz. Deux décrets ont été publiés à cet effet les 16 et 17 août. À partir de ces dates, les producteurs ont 180 jours pour s’adapter au nouveau système, qui entrera en vigueur le 16 février 2018.

Maurizio Martina, le ministère italien à l’Agriculture, a indiqué que cette politique avait pour objectif de « garantir la transparence maximale au consommateur, renforcer la protection des producteurs et mettre en valeur de chaine de production pour deux produits ‘made in Italy’ ». « Nous ferons campagne pour que cette politique soit transposée au niveau européen », a-t-il ajouté.

Selon les autorités italiennes, ces décrets ne font qu’anticiper la réglementation européenne sur l’information des consommateurs en ce qui concerne les produits alimentaires.

La décision a été saluée par Coldiretti, syndicat des agriculteurs italiens, qui estiment qu’un tiers des pâtes et un quart du riz  estampillés « made in Italy » sont fabriqués à base de céréales cultivées à l’étranger, et qu’il s’agit d’une dénomination qui induit le consommateur en erreur.

Les agriculteurs italiens ont aussi assuré que l’accord commercial « Tout sauf les armes » avait eu un impact négatif sur le marché national du riz en multipliant les importations vietnamiennes et cambodgiennes. Cet accord permet aux producteurs des pays les moins développés, une liste établie par l’ONU, d’avoir accès sans droits de douane aux marchés des États de l’UE, sauf en ce qui concerne les armes et munitions.

Perturbation du marché unique

FoodDrinkEurope, l’association représentant l’industrie alimentaire et des boissons, a réagi avec virulence à la décision italienne, appelant la Commission à invalider les décrets. L’association estime que ceux-ci nuisent au marché unique et critique le fait que Rome a agi sans avertir les autorités européennes.

« Outre la déviation par rapport aux procédures européennes établies, [cette décision] affectera de manière négative la compétitivité des secteurs alimentaires concernés, nuira au bon fonctionnement du marché unique et entravera les échanges commerciaux intra-UE et internationaux », a assuré un porte-parole de l’organisation.

Pas de notification de la Commission

Contacté par Euractiv, un porte-parole de la Commission a confirmé que l’exécutif n’avait pas été informé de la promulgation des décrets.

« Les services de la Commission sont en train de récolter les informations et faits pertinents auprès des autorités italiennes en ce qui concerne l’adoption de la législation nationale en question », a-t-il indiqué, ajoutant qu’une fois en possession de toutes les informations, l’exécutif pourra décider des mesures à prendre.

Le porte-parole a expliqué que selon le règlement européen concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, quand l’origine de l’aliment est indiqué et n’est pas le même que celle de son ingrédient principal, soit l’origine de cet ingrédient doit aussi être spécifié soit il doit être expliqué qu’il s’agit d’une autre provenance.

« L’application de cette provision est soumise aux règles d’application, qui doivent être adoptées par la Commission dans la deuxième moitié de 2017 », a-t-il indiqué.

Un rejet al dente

« Nous sommes prêts à répondre à la Commission, comme elle le sait », a réagi Maurizio Martina, le ministre de l’Agriculture. « Mais, pour être clair, il relève du choix de l’UE de ne pas avoir mis en place l’application du règlement sur l’étiquetage des aliments de manière opportune. »

« À partir de février, nous ferons l’expérience des indications d’origine pour les pâtes et le riz, de la même manière que nous le faisons déjà avec le lait. Quand nous avons fait ce choix, nous avons évalué les conséquences, y compris une discussion ouverte au sein de l’union. »