La France reste loin d’interdire le glyphosate

Didier Guillaume, le ministre français de l'Agriculture, n'est pas pressé d'éliminer le glyphosate. [Parti socialiste/Flickr]

Le ministre français de l’Agriculture, Didier Guillaume, défend la décision du gouvernement de remettre à 2020 l’interdiction du glyphosate. Il estime que si l’interdiction était appliquée immédiatement, de nombreux agriculteurs seraient en difficulté.

En septembre, les législateurs français ont à nouveau refusé d’inclure l’interdiction du glyphosate dans la loi sur l’alimentation, étant donné « l’absence d’alternative » facile. Emmanuel Macron a promis d’éliminer le glyphosate en 2020.

« Si nous avions mis dans la loi la sortie du glyphosate, aujourd’hui pour un certain nombre d’agriculteurs nous serions dans l’impasse », a-t-il déclaré. « Je ne voudrais pas qu’il commence à y avoir des débats un peu durs entre les députés de la majorité et les citoyens. »

« Certains responsables politiques se sont exprimés ouvertement contre le glyphosate avant leur élection, mais ils ont été bien obligés de revenir à la réalité », a récemment souligné le commissaire européen à la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis.

Six États membres réclament une alternative au glyphosate

Plusieurs membres de l’UE ont envoyé une lettre à la Commission européenne en décembre pour demander qu’une étude soit menée pour trouver une alternative à la substance controversée.

Dans un entretien avec Ouest-France, Didier Guillaume a réaffirmé la volonté du gouvernement de sortir du glyphosate, mais sans préciser de date. « Nous sommes à deux ans et demi de cette échéance, si c’est trois ans et quelques mois, ce n’est pas le sujet. »

L’eurodéputée LR Angélique Delahaye fait partie de ceux qui avaient prévenu que l’élimination du pesticide serait très difficile, même si elle n’était pas impossible. « Les États membres ne devraient pas être hypocrites en suggérant une interdiction immédiate tout en assurant les agriculteurs qu’ils n’ont rien à craindre, que ‘nous allons trouver une solution’ », estimait-elle en 2017.

Le glyphosate, pesticide le plus utilisé dans le monde, a créé des débats sans fin à Bruxelles. Les autorités de sécurité alimentaire ont pour la plupart jugé que le glyphosate ne causait pas de cancer s’il était utilisé selon les règles en place.

Une décision à laquelle s’opposent les organisations de défense de la nature et de la santé humaine. Les scientifiques sont en effet toujours divisés, malgré le feu vert de l’OMS, de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) et de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

Une bataille rangée entre défenseurs du principe de précaution, qui soulignent la dangerosité de l’herbicide, ses possibles propriétés de perturbateur endocrinien et le manque de transparence des décisions des autorités, et l’industrie phytosanitaire, qui jure que le produit est sûr.

Fin 2017, la Commission a coupé la poire en deux en n’autorisant pas le renouvèlement du glyphosate pour dix, mais pour cinq ans. En attendant, plusieurs actions en justice sont en cours, notamment celle de la région bruxelloise, qui accuse la Commission d’avoir bafoué le principe de précaution.

Le débat sur le glyphosate reprend après la condamnation de Monsanto

Le tribunal de San Francisco a condamné Monsanto à indemniser un jardinier en phase terminale de cancer. Une condamnation sans précédent qui a ravivé le débat houleux sur le glyphosate en Europe. Un article d’Euroefe.

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