La FAO veut reconstruire l’agriculture syrienne

L’agriculture syrienne s’est avérée remarquablement résiliente après plus de six ans de guerre civile. Mais il est temps de reconstruire le secteur, estime un représentant de l’ONU.

« On croit souvent qu’à cause de la guerre l’agriculture cesse et que toute la nourriture est importée. En réalité, près de la moitié des aliments consommés en Syrie y sont toujours produits », assure Daniel Gustafson, vice-directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

« Que la production ait été réduite de moitié est une tragédie, mais cela reste un résultat incroyable », insiste-t-il. « On produit toujours deux millions de tonnes de blé en Syrie, c’est remarquable. Et il y a aussi des légumes, de la volaille, d’autres choses. Dans l’ensemble, l’agriculture a été extrêmement résiliente face à la crise. »

Depuis le début du conflit, en mars 2011, près d’un demi-million de personnes ont été tuées et plus de 11 millions, la moitié de la population, sont réfugiés, sur le territoire national ou dans d’autres pays.

Son climat méditerranéen et sa position sur le croissant fertile antique faisaient de la Syrie le seul pays de la région à être autosuffisant en termes de production alimentaire. Avant la guerre civile, la Syrie exportait énormément : blé, orge, coton, sucre, tomates, pommes de terre, oranges, pommes, huile d’olive, viande et œufs.

En 2010, 46 % des revenus de la population étaient connectés à l’agriculture. Le secteur représentait 18 % du PIB. « Cela n’a pas l’air beaucoup à première vue, mais en réalité c’est très élevé », assure Daniel Gustafson.

Durant la guerre, les deux camps ont utilisé la nourriture comme arme, utilisant les sièges et la politique de la terre brûlée. Les combats ont interdit l’accès aux terres agricoles et la peur de se faire tirer dessus a empêché les bergers d’aller faire paître leurs troupeaux le long des routes. Les coupures de courant et la destruction partielle des systèmes d’irrigation ont également entravé la culture.

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Des pertes colossales

Le vice-directeur de la FAO regrette que l’impact du conflit sur l’agriculture ne soit pas assez pris en compte. « Quand on pense aux conflits, on a tendance à imaginer les villes, mais la destruction de l’économie rurale est en réalité continue », souligne-t-il.

En temps de guerre, « on ne peut pas se procurer de graines, ni d’engrais, on ne peut pas vendre sa production, on ne peut pas réparer les machines », continue-t-il. « Les pertes sont colossales, elles représentent 14 milliards d’euros. »

« La production de blé est passée de quatre à deux millions de tonnes et environ la moitié du bétail a été décimée », explique-t-il.

Le spécialiste cite un rapport de la FAO datée d’avril 2017, qui montre que neuf familles sur dix dépensent à présent plus de la moitié de leurs revenus à l’alimentation. Avant la guerre, l’explosion des prix et la destruction de l’agriculture, ce chiffre était de 25 %.

La production de graines a également gravement chuté. « La production gouvernementale de graines n’est plus qu’une fraction de ce qu’elle était ».

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Reconstruire l’agriculture

Aujourd’hui, il est temps de reconstruire, soutient-il. « Si nous pouvons aider les agriculteurs à protéger leurs gagne-pains, comme l’élevage de volaille ou la production de graines, et donc maintenir leur production et rester sur place, cela serait très important », estime le spécialiste. « C’est une question clé. La reconstruction du secteur agricole coûtera entre 9 et 15 milliards sur les trois premières années, en fonction de la manière dont le conflit évolue. »

Pour reconstruire une agriculture plus résiliente, la Syrie aura besoin des technologies et de la gestion de ressources adaptées, ainsi que d’un soutien financier, ce qui « représente un grand risque ». La gestion de l’eau sera un élément essentiel de cette reconstruction, et impliquera les pays voisins.

« Nous sommes confrontés à une réduction excessive des nappes phréatiques et à une utilisation inefficace de l’eau. C’était déjà le cas avant la guerre, c’est toujours le cas, et ça le sera encore quand la paix sera revenue », note Daniel Gustafson.

Autre point clé, la vaccination des animaux : « Il faut mettre en place une immunité collective, pas seulement de certains animaux, parce qu’en vaccinant de manière sporadique, on développe la résistance aux bactéries. Il faut que cela soit coordonné. »

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