Garder les jeunes agriculteurs dans les zones rurales, un défi de taille pour la Croatie

À première vue, les fonds mis à disposition devraient pousser la jeunesse à s’intéresser de plus près au secteur agricole et à rester dans les zones rurales, mais le problème du renouvellement générationnel est bien plus profond. [Cropix / Euratcitv.hr] [Tomislav Kristo]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le renouvellement des générations dans l’agriculture.

Vous pouvez également lire cet article en portugais, espagnol et Italien.

Le renouvellement générationnel de l’agriculture croate est touché par la baisse démographique et un marché non concurrentiel. Un article de notre partenaire Euractiv Croatia.

Malgré la popularisation des fonds européens, qui influencent de manière positive le développement du secteur agricole, les mesures encourageant la jeunesse à rester dans les zones rurales se font attendre.

En Croatie, l’agriculteur en herbe est considéré exploitant de la ferme familiale jusqu’à l’âge de 40 ans. Certes, le nombre d’agriculteurs augmente dans le pays, mais la croissance enregistrée au fil des années reste timide. Selon les chiffres du registre des agriculteurs, il y avait 22 351 jeunes agriculteurs en 2018, soit 13% de la profession.

Ces données témoignent d’une augmentation de 4,3 % par rapport à 2017, année où la croissance était de 3,8 % par rapport à 2016.

Le fossé générationnel est évident : 50 % des exploitants agricoles ont plus de 60 ans. Toutefois, avec 6 % de jeunes agriculteurs, la Croatie figure parmi les meilleurs élèves de l’UE.

Selon le rapport de la Banque mondiale sur l’état de l’agriculture croate, l’accès au marché du travail européen et la transformation structurelle en cours dans le secteur agroalimentaire ont engendré un exode rural considérable — en particulier au sein de la jeune génération — provoquant une baisse de la main-d’œuvre disponible.

L’UE veut débloquer l’accès au crédit pour les jeunes agriculteurs

Les jeunes agriculteurs sont une denrée rare dans plusieurs États membres. Le 29 avril, l’UE a annoncé le lancement d’un programme d’un milliard d’euros pour les aider à accéder aux crédits bancaires. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Le ministère croate de l’Agriculture a mis en place un train de mesures visant à encourager les jeunes à rester dans les zones rurales et à s’engager dans ce secteur en berne.

Le soutien financier pour le programme de développement rural 2014-2020 atteint les 2,3 milliards d’euros, dont 2 milliards proviennent du fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER).

Les appels d’offres ont été très nombreux ces dernières années afin de tirer profit des 16 mesures esquissées par le programme, mais les fonds sont encore sous-exploités.

Jusqu’à présent, 97 % des fonds (2,5 milliards d’euros) ont été mis à disposition par le biais d’appels d’offres, 71  % (1,73 milliard d’euros) ont fait l’objet de contrats et 41 % (1 milliard d’euros) ont été déboursés.

Plusieurs mesures ont intéressé les jeunes, et parmi elles deux sortent du lot : la mesure 6 est destinée à cofinancer 50 % des activités des agriculteurs de moins de 40 ans. Et la mesure 4 gratifie les jeunes agriculteurs de 20 % d’aide financière supplémentaire, leurs projets sont donc couverts à 70 %. Aujourd’hui, quelque 1 489 projets, d’une valeur de 512 millions de kunas (69 millions d’euros), ont ainsi été mis en place grâce à la mesure 6.

La complexité du problème

À première vue, les fonds mis à disposition devraient pousser la jeunesse à s’intéresser de plus près au secteur agricole et à rester dans les zones rurales, mais le problème du renouvellement générationnel est bien plus profond.

La transition des générations est lente et est en majeure partie une conséquence de la fermeture de petites exploitations non concurrentielles détenues par des agriculteurs âgés, affirme la docteure Ornella Mikuš de la faculté d’agriculture de l’Université de Zagreb.

À ses yeux, l’obstacle principal, qui décourage les jeunes de s’investir dans le secteur, est lié au fait que « les fonds ne peuvent pas résoudre le problème générationnel. Il s’agit d’une compétence de la politique agricole nationale et d’autres, relatives à la démographie, l’éducation et au social. »

L’incertitude du marché et l’absence de concurrence des produits sont des inquiétudes qui marquent le quotidien de la plupart des exploitants agricoles.

Josip Vrbanek, membre de la chambre croate de l’agriculture, a souligné auprès d’Euractiv Croatie le problème que pose le manque d’organisation et de connectivité des jeunes exploitants, de certaines associations, coopératives et organisations.

« Au vu des grands changements qui ont marqué la situation économique croate ces dix dernières années [l’éclatement de la Yougoslavie et l’entrée du pays sur le marché européen], les producteurs doivent réagir rapidement. S’associer est très probablement la clé du succès. Mais, le manque de respect mutuel et l’absence de main d’œuvre dans le secteur restent encore une grande difficulté à surmonter », a-t-il ajouté.

La pyramide des âges menace l'agriculture européenne

Les États membres ne peuvent faire l’impasse sur le renouvellement générationnel dans le secteur agricole . Or l’entrée de jeunes dans le secteur passe par un budget PAC important, selon les jeunes agriculteurs.

Crainte de coupes budgétaires

À l’heure actuelle, la Croatie se rapproche de l’échéance de son programme de développement rural (2014-2020), autrement dit, les fonds alloués ont été largement dépensés. Les questions relatives aux coupes budgétaires sont source de craintes et de désaccords.

Le 3 novembre 2019, les représentants de plusieurs associations agricoles ont signalé que la réduction du budget agricole, telle qu’elle est prévue dans le projet du budget croate pour 2020, ne fera qu’accentuer le déclin du secteur.

Le président de l’association croate des agriculteurs indépendants, Mato Mlinarić, a précisé que l’on demande aux exploitants agricoles de rester compétitifs tout en recevant 20 % de soutien financier de moins que les agriculteurs européens.

De plus, le lundi 4 novembre, la chambre croate de l’agriculture s’est dite inquiète à propos du budget esquissé.

La ministre de l’Agriculture, Marija Vučković, a apaisé les tensions en affirmant que les allégations de diminution des aides financières aux agriculteurs étaient infondées, que les subventions aux exploitants n’avaient jamais été si élevées et que les résultats positifs de la mesure 6 en étaient la preuve.

Les fonds européens pour le développement rural sont les principaux contributeurs du secteur agricole croate à l’heure actuelle. Le manque d’actions dans le renouvellement générationnel des zones rurales qui assureraient une production agricole continue et l’approvisionnement alimentaire du pays creusera le fossé des inégalités au sein de l’UE.

Si les coupes budgétaires étaient avérées dans le cadre du budget à long terme de l’UE pour la période 2021-2027, l’aide financière serait réduite et limitée pour l’ensemble du secteur agricole, la Croatie serait encore moins compétitive et rentable sur le marché, puisque le pays a été le dernier à avoir rejoint l’UE et a donc bénéficié de fonds moins importants.

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