PAC : la ministre allemande de l’Agriculture exprime des critiques à l’égard de la Commission

Jusqu’à présent, l’exécutif européen n’a pas satisfait à ses obligations en tant que médiateur entre le Conseil de l’UE et le Parlement. A contrario, il a entravé le trilogue en abordant des éléments non approuvés à sa seule prérogative, d’après Mme Klöckner. [BMEL/photothek.de]

À la veille du cycle de négociations sur la Politique agricole commune (PAC) organisé à Bruxelles les 24 et 25 juin, la ministre allemande de l’Agriculture a exprimé de vives critiques à l’encontre du commissaire chargé du Pacte vert pour l’Europe. Un article d’Euractiv Allemagne.

« Tous les ministres […] ont l’impression que le comportement du commissaire Frans Timmermans nuit à la confiance portée à la Commission et son rôle d’intermédiaire honnête », a fait savoir Julia Klöckner à la suite d’une réunion informelle des ministres européens de l’Agriculture organisée à Lisbonne la semaine dernière (15 juin).

Jusqu’à présent, l’exécutif européen n’a pas satisfait à ses obligations en tant que médiateur entre le Conseil de l’UE et le Parlement. A contrario, il a entravé le trilogue en abordant des éléments non approuvés à sa seule prérogative, d’après Mme Klöckner.

En mai, les négociations interinstitutionnelles liées à la réforme de la PAC ont tourné en eau de boudin avant d’être reportées à la fin juin.

Cependant, Mme Klöckner se veut optimiste quant à l’aboutissement du trilogue à venir. Lors de la réunion à Lisbonne, les ministres européens de l’Agriculture se seraient montrés prêts au compromis. Le Conseil des ministres serait prêt à allouer 25 % des paiements directs de l’UE aux écorégimes, soit 5 % de plus que la décision initiale. De son côté, le Parlement européen exige 30 %.

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Compromis à Berlin, impasse à Bruxelles

Du côté allemand, Mme Klöckner est elle-même accablée de critiques : les Verts allemands déplorent le fait qu’elle ne représente pas à Bruxelles les ambitions climatiques et environnementales négociées à l’échelle nationale.

« Nous attendons du gouvernement fédéral [allemand] qu’il s’engage dans la transformation socioécologique et qu’il ne flâne pas avec la garantie des droits acquis », a déclaré Friedrich Ostendorff, porte-parole du groupe des Verts allemands chargé du dossier agricole, dans un entretien avec EURACTIV Allemagne.

Le 10 juin, le Bundestag allemand a adopté un paquet législatif pour la mise en œuvre de la PAC à l’échelle nationale. Les mesures inscrites se fondent en grande partie sur un compromis trouvé par les ministres de l’Agriculture au sein des 16 Länder du pays lors de la Conférence des ministres de l’Agriculture (AMK).

À cette occasion, le groupe des Verts allemands présent au Bundestag avait exhorté le gouvernement à promouvoir les conclusions de l’AMK à l’échelle européenne ; une motion finalement rejetée au Bundestag.

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De son côté, le président de l’AMK Wolfram Günther a souligné qu’un compromis semblable à celui trouvé avec les Länder devait également être possible à l’échelle européenne.

« Nous avons besoin de barrières européennes ambitieuses sur le plan écologique. Cependant, il convient de donner une certaine marge de manœuvre aux États membres pour qu’ils soient en mesure de mettre en œuvre les nouvelles règles. C’est dans ce sens que la ministre fédérale [Klöckner] se positionne. C’est dans ce sens qu’elle doit également agir », a-t-il déclaré lors d’un entretien avec EURACTIV Allemagne.

Les États membres présentent des intérêts différents en raison « de la portée vaste des structures agricoles. Des différences émergent entre l’est et l’ouest ainsi que le nord et le sud », a-t-il expliqué.

Ainsi, des disparités persistent en ce qui concerne la portée des écorégimes, l’application du second pilier de la PAC et la redistribution des aides aux petits agriculteurs.

Moins de charges administratives et plus de femmes dans l’agriculture

Les attentes de la filière agricole allemande concernant la nouvelle PAC se heurtent également les unes aux autres.

Dans ce contexte, le Deutscher Bauernverband (principal syndicat agricole d’Allemagne) et plusieurs associations d’élevage se sont joints afin de rédiger un document de position exigeant que la réforme renforce le pastoralisme et le développement de surfaces en herbe. Plus particulièrement, l’accent est mis sur l’extension des programmes d’aide et la simplification de la charge administrative afférente.

De plus, le Deutscher Bauernverband se positionne en faveur d’une interprétation du concept « agriculteur actif » au sens large et craint une charge administrative trop lourde pour les exploitations agricoles.

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Selon Clara Billen, du Deutscher Landfrauenverband (syndicat des agricultrices d’Allemagne), la réforme de la PAC à l’échelle européenne doit encore être ajustée afin d’étoffer les intérêts des agricultrices dans le secteur.

« Nous avons besoin, par exemple, de programmes d’aide spécifiques afin d’armer les exploitantes agricoles face aux défis toujours plus complexes de la filière », a-t-elle expliqué.

Dans ce cadre, la proposition la Commission européenne visant à inscrire l’égalité des genres comme l’un des dix objectifs pour les plans stratégiques nationaux constitue certes un pas dans la bonne direction, mais il ne suffit pas.

« De grandes décisions »

Joyce Moewius, membre de la Bund Ökologische Lebensmittelwirtschaft (fédération qui représente le secteur de l’alimentation biologique en Allemagne), a souligné qu’il devait être rentable pour les exploitants agricoles de s’engager volontairement davantage pour la protection du climat et de l’environnement.

« La PAC doit être façonnée de manière cohérente et s’aligner sur les objectifs principaux de la stratégie pour la biodiversité et de la stratégie de la ferme à la fourchette (F2F). Autrement dit, il convient de donner à l’agriculture biologique une place centrale », a-t-elle renchéri.

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Pour Christian Rehmer, membre de BUND Naturschutz (organisation de protection de la nature), les moyens financiers de la PAC doivent être utilisés dans le but d’aider les exploitations agricoles dans la transformation socio-économique.

« Nous n’attendons pas de petits compromis de la part du trilogue, mais bien de grandes décisions », a-t-il indiqué. La réforme ne doit pas rester à la traîne par rapport aux normes écologiques figurant dans le paquet législatif allemand.

La concurrence étrangère

Pour Gero Hocker (FDP), les mesures écologiques prévues vont trop loin. Le fardeau sur les épaules des agriculteurs européens pousserait le bloc à être dépendant des importations agricoles en provenance de pays tiers.

« La nouvelle PAC entraîne une augmentation des exigences et une restriction de la production. Par conséquent, l’efficacité de la PAC en matière de revenus diminue considérablement. Voilà qui engendre une nouvelle diminution du nombre d’exploitations agricoles. »

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