Le gouvernement allemand à la recherche d’une solution pour endiguer la crise agricole

photo_florence_agri [Florence Schulz]

Après les intenses manifestations des agriculteurs ces derniers mois à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel et la ministre de l’Agriculture Julia Klöckner ont organisé un sommet sur l’agriculture pour renforcer le dialogue avec le monde agricole.

Le durcissement prévu des normes environnementales a fait l’objet de vives discussions au sein de la Chancellerie, alors qu’une quarantaine d’associations et organisations s’y sont rencontrées le 2 décembre pour tenter d’apaiser les esprits des exploitants agricoles d’outre-Rhin. À l’avenir, les agriculteurs seront plus étroitement liés aux processus décisionnels sur la protection de l’environnement et du climat, a annoncé Angela Merkel.

Dans son discours d’inauguration, Julia Klöckner a annoncé la mise en œuvre d’une « campagne de soutien » pour les agriculteurs dès l’année prochaine et a promis d’organiser de nombreuses réunions avec ces derniers.

Aucune organisation de protection de la nature ou des animaux n’a été conviée au sommet, seuls les représentants agricoles du pays y étaient présents. Cela devrait être perçu comme un message fort à l’intention des agriculteurs, a expliqué l’expert de la politique agricole de l’ONG environnementale BUND, Christian Rehmer : « le sommet permet surtout de signaler au monde agricole: nous ne vous avons pas perdu de vue. »

De son côté, Martin Häusling, porte-parole de la politique agricole pour les Verts au sein du Parlement européen, a exprimé de vives critiques à ce sujet : « Le gouvernement allemand s’entretient déjà avec les acteurs principaux des associations agricoles. En effet, bon nombre de députés de la CDU, qui siègent à la commission de l’agriculture, sont également membres d’associations agricoles. »

40 000 agriculteurs bloquent les rues de Berlin

Des milliers d’agriculteurs sont descendus dans les rues de Berlin pour manifester contre la politique agricole. Ils s’opposent au durcissement des exigences environnementales et à la baisse des prix de vente, deux éléments qui pénalisent leurs revenus.

L’Allemagne doit éviter la sanction de la Commission européenne 

Les manifestations des agriculteurs se sont répétées ces derniers mois. Rien que la semaine dernière, pas moins de 10 000 exploitants agricoles allemands se sont rendus à Berlin à bord de quelque 8 600 tracteurs pour exprimer leur colère face à la baisse de leurs revenus, au durcissement des normes environnementales et à l’adoption d’un paquet de mesures agricoles par le cabinet ministériel au début septembre. Ils s’opposent, entre autres, aux restrictions prévues quant à l’utilisation du glyphosate et au cadre législatif plus strict sur les fertilisants.

Les nouvelles restrictions sur les fertilisants font suite au rappel à l’ordre de la Commission européenne envoyé à Berlin en juillet, sommant l’Allemagne d’agir pour réduire les taux de nitrates anormalement élevés dans ses nappes phréatiques. Le gouvernement avait ainsi été contraint de présenter des mesures dans les huit semaines suivant la réception de la missive, sans quoi l’exécutif européen menaçait de passer à la prochaine étape de la procédure de sanction, soit l’imposition d’une amende pouvant atteindre 850 000 euros par jour de manquement. En 2018, la Cour de Justice de l’Union européenne avait déjà jugé que l’Allemagne violait la directive européenne en matière de fertilisants.

La ministre de l’Environnement, Svenja Schulze et la ministre de l’Agriculture, Julia Klöckner, se sont ainsi rendues à Bruxelles en août pour présenter au commissaire à l’environnement, Karmenu Vella, des propositions visant à durcir la réglementation allemande en matière de fertilisants esquissée en 2017. Après la réunion, Julia Klöckner avait annoncé que les nouvelles règles imposaient de « très très grandes restrictions aux agriculteurs ».

La protection du climat ne doit pas reposer sur des interdictions

L’organisation des agriculteurs allemands (DBV), elle, se montre plutôt compréhensive : « Nous savons qu’il n’y a pas énormément de marge de manœuvre en ce qui concerne la directive sur les fertilisants », a déclaré le président de la DBV, Joachim Rukwied, à l’occasion du sommet sur l’agriculture. À ses yeux, un dialogue plus efficace entre la politique et l’agriculture est de la plus haute importance. La protection du climat ne doit pas reposer sur des interdictions.

Selon les Verts et plusieurs organisations environnementales, une réforme en profondeur de la politique agricole commune (PAC) — actuellement négociée au Parlement européen et à la Commission européenne — est nécessaire. Le chef du groupe des Verts au Bundestag, Anton Hofreiter, a déclaré : « Nous voulons que les milliards d’euros des fonds publics soient liés aux prestations sociales. » Son parti souhaite que les fonds de la PAC soient rapidement restructurés, qu’ils ne constituent plus les primes à la surface, mais soutiennent les mesures environnementales.

« Des coupes dans le financement de la PAC, comme prévues par la Commission européenne, n’encourageront pas la mise en place d’une agriculture plus soucieuse de l’environnement », a souligné le président de l’association fédérale allemande pour la protection de la nature (NABU), Jörg-Andreas Krüger : « Madame Merkel peut montrer l’exemple : mi-décembre, elle négociera le budget de l’UE à Bruxelles. Elle pourra ainsi œuvrer afin que la transition durable de l’agriculture ne soit pas laissée sur le banc de touche et qu’assez d’argent y soit consacré ».

Les dommages collatéraux de la PAC sur l’agriculture des pays en développement

Poudre de lait réengraissée à l’huile de palme, exportations de blé tendre au détriment des céréales locales ou surconsommation de soja d’Amérique latine : le soutien de la PAC aux agriculteurs pénalise l’environnement et l’agriculture locale.

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