L’Allemagne veut devenir leader européen en matière de bien-être animal

« Améliorer le bien-être des animaux dans les étables et dans les pâtures entraînera forcément des coûts », a fait savoir la ministre fédérale de l’Agriculture Julia Klöckner. [SHUTTERSTOCK]

Cette année encore, le ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture souhaite s’engager davantage dans le bien-être animal. L’initiative visant à transformer l’élevage surpasse certes les efforts accomplis en la matière à l’échelle européenne, mais elle a également un prix. Un article d’EURACTIV Allemagne.

« Améliorer le bien-être des animaux dans les étables et dans les pâtures entraînera forcément des coûts », a fait savoir la ministre fédérale de l’Agriculture Julia Klöckner, tout en défendant une transformation de l’élevage en Allemagne. « Le bien-être animal est au cœur des préoccupations de notre société. »

La transition des exploitations agricoles allemandes vers des pratiques plus soucieuses du bien-être animal devrait avoisiner 2,9 milliards d’euros en 2025 et 4,3 milliards d’euros d’ici à 2030. Telles sont les prévisions de l’étude de faisabilité réalisée par la Commission-Borchert à l’intention de la ministre allemande. En outre, les conclusions tirées début mars indiquent de quelles façons cette transition pourrait être financée : accroître la TVA sur les produits d’origine animale par le biais d’un « impôt supplémentaire pour le bien-être animal » qui viendrait s’ajouter à l’impôt sur le revenu et les sociétés ou convertir les paiements directs de l’UE.

Néanmoins, les chercheurs soulèvent quelques inquiétudes concernant ces options. De fait, les mesures de bien-être animal pourraient être co-financées à travers les « éco-dispositifs » (dits « eco-schemes »), ces programmes pour le climat et l’environnement prévus par l’exécutif européen dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune (PAC). Or, les eco-schemes sont surtout censés satisfaire aux lignes directrices de la PAC en matière la protection du climat et de l’environnement, avertissent les auteurs : financer des mesures de bien-être animal nuirait donc à ce volet.

D’après l’étude, il existe par contre une certaine « marge de manœuvre » sur le plan législatif pour l’introduction d’une taxe plus élevée. Par ailleurs, la mise sur pied d’un impôt supplémentaire sur le bien-être animal ne pose aucun problème aux niveaux constitutionnel et européen.

Agriculture. Soixante-trois actions pour aider les agriculteurs en détresse

La commission des affaires économiques du Sénat a présenté mercredi (17 mars) son rapport sur « les agriculteurs en situation de détresse ». Résultat d’un an de travaux, qui sera remis au gouvernement. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Le bien-être animal : un thème important à l’échelle européenne

L’ambition allemande pour renforcer le bien-être animal, portée par la ministre fédérale de l’Agriculture, a également des répercussions à l’échelle européenne. Lors du dernier Conseil des ministres européens de l’Agriculture sous la présidence allemande du Conseil de l’UE en décembre 2020, les 27 s’étaient accordés sur un label de protection animale paneuropéen.

Une décision que Julia Klöckner avait qualifiée de « grand pas en avant » pour le bien-être animal en Europe. « Grâce à sa nouvelle possibilité de financement, la nouvelle politique agricole commune accorde au bien-être animal le prix qu’il mérite », avait-elle renchéri.

La réforme de la PAC doit également permettre de faire avancer le Pacte vert pour l’Europe dans le secteur agricole. En tant que noyau de cette stratégie, les éco-dispositifs ont pour objectif de soutenir l’agriculture à se tourner vers des pratiques vertes – en échange du respect de certaines conditions.

Renforcer le bien-être animal en fait d’ailleurs partie. Dans ce contexte, l’un des neuf objectifs clés de la PAC prévoit « une amélioration de la façon dont l’agriculture satisfait les attentes de la population européenne sur le plan de l’alimentation, de la santé et de la protection des animaux ».

Dans le cadre de la PAC, le Parlement européen souhaiterait lier 30 % des paiements directs à ces eco-schemes. Mais, les négociations pour la réforme de la PAC ne sont toujours pas terminées, et la place du bien-être animal dans les prochaines subventions octroyées à l’agriculture allemande ne sera réellement définie qu’au début de l’année prochaine : les États membres de l’UE ont jusqu’à janvier 2022 pour transposer les objectifs établis à l’échelle européenne dans les plans stratégiques nationaux.

Parallèlement, la stratégie « De la ferme à la fourchette » (F2F) vise également à étoffer les normes sur le bien-être animal. En tant que pilier du Pacte vert pour l’Europe, la stratégie F2F garantit un système alimentaire plus sain et durable.

Selon la Commission européenne, la protection de la santé et du bien-être des plantes et des animaux fait partie intégrante d’une chaîne alimentaire durable et soucieuse de l’environnement. « L’amélioration du bien-être des animaux améliore la santé des animaux et la qualité des denrées alimentaires, réduit le besoin de médicaments, et peut contribuer à préserver la biodiversité», peut-on lire dans une communication de la Commission.

La Commission laisse le secteur agricole attendre comme des "animaux à l'abattoir"

« Sans nous montrer quelles seraient les conséquences de ces nouvelles initiatives sur le secteur agricole, nous attendons comme des animaux à abattre« , a déclaré Pekka Pesonen, secrétaire général de l’association des agriculteurs et des coopératives de l’UE, COPA-COGECA, lors d’un récent événement EURACTIV.

Oui au bien-être animal, mais attention au favoritisme

Dans quelle mesure des normes de bien-être animal, qui vont au-delà des ambitions européennes, peuvent-elles être appliquées en Allemagne ? La question reste ouverte. D’après le ministère allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture, l’Allemagne devrait être précurseur en la matière à l’échelle européenne. Mais si les réglementations de l’UE en matière de bien-être animal doivent être perçues comme des normes minimales, c’est-à-dire qu’elles autorisent des réglementations nationales plus strictes, ces dernières doivent être justifiées pour ne pas entraîner un quelconque favoritisme sur le marché.

La configuration d’un label national de qualité sur le bien-être animal devrait être laissée à l’appréciation de chacun. Elle ne doit pas « exprimer de préférence pour les produits d’origine allemande », selon l’étude de la Commission Borchert. L’imposition de normes plus strictes pour les agriculteurs allemands serait compatible avec la liberté de circulation des marchandises à l’échelle européenne, pour autant que ces normes ne soient pas « liées à une interdiction de commercialisation ou à des obligations d’étiquetage spécifiques pour les produits importés d’autres États membres. »

Cela est-il judicieux ? « Si nous imposons des normes en Allemagne de manière unilatérale, sans soutenir les exploitants suffisamment, nous courons le risque que les produits importés moins chers se multiplient dans notre quotidien. Et nous n’avons que très peu d’influence sur leur production », a fait savoir le ministère allemand de l’Agriculture dans un entretien avec EURACTIV Allemagne.

L’Allemagne repense le bien-être animal

Jeudi dernier, les ministres allemands de l’Agriculture ont annoncé une refonte du secteur de l’élevage. Parallèlement, l’instauration d’un label national sur le bien-être animal commence à se concrétiser. L’UE doit également s’entendre sur un projet similaire. Un article d’Euractiv Allemagne.

Autrement dit, pour empêcher la décentralisation des usines de production et la tendance vers des produits importés moins chers, le bien être des animaux d’élevage en Allemagne doit être économiquement viable pour toutes les parties concernées.

Du côté des agriculteurs, il est donc nécessaire d’augmenter les subventions publiques pour la transformation de leurs structures, a indiqué une source proche du dossier au ministère. 300 millions d’euros devraient être prévus à ce titre dans le programme de relance du gouvernement. Les options de financement proposées par la Commission Borchert sont également sur la table des négociations.

Pour les consommateurs allemands, le label national volontaire de qualité sur le bien-être animal devrait permettre de rendre visibles, de manière « fiable et contrôlée », les investissements en faveur du bien-être animal. Le ministère allemand espère que les consommateurs seront prêts à payer davantage pour les produits reconnus comme étant « plus respectueux du bien-être animal ».

Les citoyens sont-ils prêts à payer plus ?

Selon l’exécutif européen, il est manifeste que les citoyens de bloc veulent être davantage impliqués de bien-être animal. D’après la Fédération pour la protection des animaux, 75 % des consommateurs souhaiteraient que les informations à ce sujet soient plus transparentes dans l’ensemble des chaînes alimentaires. Par ailleurs, 43 % des Allemands seraient « très favorables » à l’idée de payer plus pour des produits plus soucieux du respect animal, d’après un sondage statista, et 36 % y seraient « plutôt favorables ». Toutefois, ces taux semblent souvent se volatiliser dans les supermarchés en raison de la présence de produits à prix cassés.

« Les divergences entre les opinions recueillies dans le cadre du sondage et le comportement réel des consommateurs se rassemblent sous le concept d’“écart citoyen-consommateur” », fait remarquer la Commission Borchert dans son étude de faisabilité. Cette différence rend donc peu probable la possibilité que le ministère de l’Agriculture atteigne ses objectifs clés en matière de bien-être animal en se basant uniquement sur des « mesures fondées sur le marché ».

En revanche, cet écart ne s’explique pas seulement par « la mentalité avare des consommateurs de viande », avance l’association de consommateurs Vebraucherzentrale. Il convient également de prendre en compte les lacunes en matière de transparence et les offres attrayantes mises en avant par les supermarchés.

Bien-être animal : bientôt un étiquetage harmonisé au niveau européen ?

Les ministres européens de l’Agriculture ont approuvé mardi à l’unanimité le principe d’un étiquetage harmonisé sur le bien-être animal à l’échelle de l’UE. Celle-ci mentionnera les conditions d’élevage, de transport et d’abattage.

Il est « indécent d’attirer les consommateurs vers des produits d’origine animale à prix cassés », a renchéri le ministère. « Lorsque les catalogues des magasins offrent de la viande à prix extrêmement bas, cela ruine toute chance de sensibilisation au bien-être animal. Les premières victimes de ce cercle vicieux sont souvent les agriculteurs à la fin de la chaîne », a expliqué la ministre de l’Agriculture, arguant qu’elle prendrait des mesures à cet égard.

« [Les grandes surfaces] devront cesser de mettre en avant les prix, et focaliser l’attention des consommateurs sur l’origine, le goût, le bien-être animal et les normes de qualité. De cette manière, nous tenons également compte de la sensibilisation accrue des consommateurs. »

Reste à voir quelle tournure prendront les ambitions du ministère fédéral allemand. « Nous avons désormais plusieurs propositions vérifiées sur la table des négociations afin de décider de la façon dont nous voulons financer le bien-être animal en Allemagne », a conclu Julia Klöckner. Il ne s’agit plus de « si », mais de « comment ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe