Glyphosate : 99 % des études scientifiques ont été exclues de l’expertise européenne, selon un rapport de Générations Futures

Seulement 0,4 % des études scientifiques sur la toxicité du glyphosate auraient été pris en compte par les évaluateurs européens, selon Générations Futures. [Motortion Films/Shutterstock]

Dans un rapport publié ce mardi (16 novembre), l’association de défense de l’environnement soutient que le travail de réévaluation du glyphosate en vue de sa ré-autorisation au niveau européen l’année prochaine a été « gravement biaisé ».

Le dossier de ré-autorisation du glyphosate dans l’UE n’a pas fini de créer des vagues.

Alors que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) sont en train, encore jusqu’au 22 novembre, de mener des consultations publiques avant de se prononcer sur les risques potentiels du pesticide pour la santé humaine, un nouveau rapport de l’association Générations Futures, publié ce mardi (16 novembre), met en cause l’expertise européenne sur la toxicité du produit qui servira de base pour une possible ré-autorisation du produit sur cinq ans.

« Nous avons mis en évidence de nombreuses failles dans le processus de sélection des études universitaires dans le RAR [Renewal Assessment Report, le rapport d’évaluation établi par les quatre États membres de l’UE qui forment le groupe d’évaluation du glyphosate – la France, les Pays-Bas, la Hongrie et la Suède, ndlr] du glyphosate », résument les auteurs du rapport.

Pour rappel, le groupe d’évaluation du glyphosate (Assessment Group on Glyphosate, AGG) avait jugé, en juin dernier et sur la base d’une évaluation d’études scientifiques et industrielles, que le glyphosate « répond aux critères d’approbation » européens.

Mais comme le relève l’analyse bibliométrique menée par Générations Futures, des centaines d’études scientifiques sur la toxicité du glyphosate auraient été écartés « d’emblée » de ce processus d’évaluation : si l’AGG était bien obligé de prendre la littérature scientifique en compte dans son travail, la méthode de sélection des études jugées « pertinentes » et « fiables » – et pouvant donc servir de preuve pour la classification toxicologique du glyphosate – en a exclue la majeure partie.

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Les ONG ont lancé une pétition, ce jeudi (14 octobre), exigeant que la France s’engage contre une ré-autorisation du pesticide dans l’UE, alors que deux consultations en vue d’une ré-autorisation du glyphosate sont en cours au niveau européen.

Une méthodologie européenne aux « failles » nombreuses

Sur les 7188 études publiées dans des revues scientifiques ces dix dernières années, 6644 (soit 92 %) ont ainsi été écartées comme « non pertinentes » – et sur les études restantes, seulement 211 (soit 3%) ont été jugées « utiles pour l’évaluation » par l’AGG, expliquent les auteurs du rapport.

Un chiffre qui s’est encore vu réduit davantage, car la plupart de ces études aura finalement été classée comme « non fiables » ou « fiables avec restrictions ». Seulement 30 études scientifiques, soit 0,4 % du nombre total, auront ainsi été prises en compte par les évaluateurs européens comme étant pertinentes et fiables – et pas une seule d’entre elles aura servi comme « étude clé » dans le travail européen de réévaluation, révèle l’association.

En cause, selon Générations Futures : de nombreuses « failles » à toutes les étapes de la sélection des études. De nombreux travaux auront notamment été exclus sur la base de leurs titres ou leurs résumés uniquement. L’évaluation de la fiabilité des études aurait en plus été menée « de manière totalement non transparente et non équitable entre les études universitaires et celles de l’industrie ».

Ces dernières se retrouvent au contraire en grand nombre parmi les travaux sur lesquels se sont appuyés les évaluateurs européens, révèle l’association. Et ce alors que les études de l’industrie, « en particulier les études de génotoxicité, montrent des failles méthodologiques importantes ».

Une situation « totalement anormale »

En résumé, les évaluateurs européens auront « tout fait » pour que « le minimum d’études de la littérature soit considéré », que « les études de la littérature soient jugées moins fiables que celles fournies par les industriels » et que « les défauts des études de l’industrie soient occultés ».

Avec, pour résultat, une expertise européenne qui nie tout risque de toxicité du glyphosate – alors même que ce dernier a été classé comme « cancérogène probable » par l’Organisation mondiale de la santé en 2015 et qu’une expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a conclu, cette année, à une « présomption moyenne » de lien entre l’exposition au pesticide et le développement d’un cancer.

Face à cette situation « totalement anormale », Générations Futures exige « que le gouvernement français intervienne rapidement pour que la méthode de prise en compte des différentes études utilisées dans le cadre de l’évaluation du glyphosate au niveau communautaire soit d’urgence réformée ».

Pointant également le risque que des biais méthodologiques se retrouvent dans « bien d’autres dossiers d’évaluation de pesticides au niveau communautaire », l’association demande en outre une « réforme méthodologique profonde des procédures d’évaluation des pesticides dans l’Union européenne ».

« Il y a urgence à élaborer et mettre en œuvre une méthode garantissant la prise en compte de toutes les connaissances scientifiques disponibles », soutient l’association, et cela « de manière équitable et transparente ».

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La Ligue contre le Cancer, l’Alliance européenne pour la Santé et l’Environnement et l’Association des Ligues européennes contre le Cancer demandent au gouvernement de préciser la position française par rapport aux risques du glyphosate pour la santé.

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