Le cas du glyphosate illustre la culture du compromis au Parlement européen

Bart Staes [EP]

En début d’année, les Verts n’ont pas soutenu un amendement de la GUE réclamant l’interdiction du glyphosate. Faute de majorité, la proposition n’aurait eu aucune impact.

Pour Bart Staes, élu Vert et corapporteur sur le texte, l’explication de ce vote qui a été largement reproché à son parti est claire : «l’amendement dépassait les compétences de la commission spéciale sur les pesticides» explique-t-il.

Le 16  janvier, le Parlement européen avait approuvé un rapport non contraignant appelant à une réforme de la procédure d’autorisation des pesticides. Le texte avait été rédigé par Norbert Lins (PPE) et Bart Staes (vert).

Le rapport s’inscrivait dans le cadre d’une commission parlementaire spécialement conçue l’an dernier, suite à la controverse de la réautorisation de vente du glyphosate.

Après le vote, l’alliance temporaire des verts avec le groupe de centre droit PPE afin de bloquer les amendements visant l’interdiction immédiate du pesticide a été vivement critiquée.

Les verts renoncent à l'interdiction du glyphosate

Les verts ont bloqué un amendement appelant à l’interdiction du glyphosate, en échange de l’adoption du rapport sur la réforme de l’autorisation des pesticides par le Parti populaire européen.

Le corapporteur vert du rapport, le Belge Bart Staes, a expliqué la position de son groupe à Euractiv. Il indique que la commission a voulu créer un rapport final qui contienne de vraies informations et recommandations, « sans blabla », et approuvé par au moins les deux tiers de l’hémicycle.

« L’amendement introduit par le groupe GUE/NGL stipulant une interdiction immédiate du glyphosate était , dans ce contexte, hors de propos », estime-t-il.

Le mandat du rapport était de trouver des moyens d’améliorer le processus d’autorisation des pesticides. Il n’était donc pas possible « de résoudre le problème du glyphosate simplement en votant un amendement à un rapport sur les autorisations », fait-il remarquer.

Un accord politique entre les deux corapporteurs et leurs groupes a permis le rejet de tous les amendements introduits par les conservateurs (CRE) et la gauche (GUE/NGL), sauvant ainsi le rapport et les 11 mois de travail qu’il représente.

Les Verts et le glyphosate

« Soyons clairs, en tant qu’eurodéputé vert et membre du groupe des verts au Parlement européen, je suis favorable à une interdiction du glyphosate et nous l’avons prouvé dans toutes nos actions parlementaires depuis quatre ou cinq ans », assure Bart Staes.

Il rappelle le rôle de son groupe dans le raccourcissement de la durée de réautorisation de vente du glyphosate. La Commission avait proposé de réautoriser l’herbicide pour 15 ans.

« Nous nous sommes opposés à cela au Parlement, et nous avons réussi. Au final, il n’a été réautorisé que pour cinq ans [jusqu’en 2022], donc dès 2019 le processus de réautorisation pourrait déjà recommencer », insiste-t-il.

Et quand le sujet reviendra sur la table, « les Verts et les autres écologistes seront là, afin de favoriser un vrai débat sur les dangers du glyphosate pour la santé publique, les animaux et nos écosystèmes », poursuit-il.

Il rappelle qu’une initiative citoyenne pour l’interdiction de la molécule a récolté pas moins de 1 800 000 signatures. « Nous tenterons de faire triompher cette idée à la fin de cette année, au moment où le groupe de travail sur le glyphosate sera instauré. »

La chèvre et le chou

Quant à la coopération avec le PPE, l’eurodéputé souligne que les divergences d’opinions sur la production alimentaire et le système agricole ne facilitaient pas les choses, mais que sa collaboration avec Norbert Lins avait été positive.

Les Verts ont tendance à promouvoir l’agroécologie, alors que le PPE préfère qualifier son approche de « basée sur la science », ce qui signifie que « la recherche scientifique est l’alpha et l’oméga » de ses positions, selon Norbert Lins.

Angélique Delahaye : «le jugement contre le RoundUp Pro 360 n'a aucune base scientifique»

L’eurodéputée Angélique Delahaye dénonce le jugement du tribunal de Lyon qui a remis en cause l’autorisation du RoundUp Pro 360. Elle appelle à plus d’investissement dans l’innovation, pour remplacer les produits phytosanitaires.

« Nous voulons garantir une science aussi objective, transparente et indépendante des lobbies industriels que possible », assure pour sa part Bart Staes. « Le débat est hautement polarisé, mais je pense que nous avons fait du bon travail pour associer différentes approches et ménager la chèvre et le chou. »

L’eurodéputé souligne que les deux groupes se sont toujours accordés sur le besoin d’une évolution de la réglementation de 2009 sur l’autorisation des pesticides, et non sur une réforme complète. « Comment aurais-je pu miser sur une révolution en sachant que le règlement a été négocié par un rapporteur vert et adopté par une grande majorité au Parlement de l’époque ? »

Objectif atteint

Le rapport final a été soutenu par de nombreuses parties prenantes, dont l’industrie, les ONG et les militants écologistes. « J’ai discuté avec l’organisation des producteurs de pesticides, qui considèrent qu’il s’agit d’un rapport pertinent, même si ses membres n’aiment pas tout ce qu’il contient », indique Bart Staes.

« Il n’est pas parfait, et pour être honnête si j’avais été le seul rapporteur j’aurais essayé d’inclure différents points de vue ou d’être plus provocateur. Mais je pense que le Parlement peut être fier d’avoir voté un texte qui sera un vrai point de départ pour la modification du règlement par la Commission », estime-t-il.

« Et si je suis réélu, je continuerai à suivre le sujet et à m’assurer que toutes les recommandations du Parlement soient prises en compte. »

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