Le secteur agricole, grand absent des politiques de transition écologique

En France, les « burgers » végétariens doivent changer de nom. [Rachel Parkes (Greenhouse)]

Les politiques publiques encouragent encore et toujours un modèle agricole tourné vers la production de viande et de produits laitiers. Un choix qui fait du secteur un des plus polluants.

Contrairement au secteur énergétique, celui de l’agriculture ne bénéficie pas de politiques publiques orientées vers une transition écologique. Un manque de soutien qui se traduit par une contribution toujours aussi forte du monde agricole au changement climatique, selon un nouveau rapport publié le 16 octobre dernier par les organisations Changing Markets Foundation et Mighty Earth.

Selon ce rapport, les politiques gouvernementales soutiennent de façon inconditionnelle les systèmes de production agricole non durables, dominés par la production intensive de viande et de produits laitiers.

« Cela a entraîné une surconsommation malsaine de viande et de produits laitiers », expliquent les auteurs du rapport, ajoutant que 330 millions de tonnes (MT) de viande et 812 MT de lait sont consommées dans le monde chaque année – un rythme qui devrait continuer à augmenter, sous la pression des pays émergents, où la classe moyenne se développe.

Le soutien systémique à la production alimentaire non durable est directement lié à la peur des gouvernements d’une « réaction négative du public, qui pourrait accuser l’État et les lobbies agro-alimentaires de vouloir inférer sur ses habitudes alimentaires », explique le rapport.

« La plupart des politiques existantes continuent de soutenir largement les systèmes de production en place, en accordant subventions et coups de pouce aux exploitations intensives de viande et de produits laitiers, et aux grandes entreprises qui bénéficient directement de ce système. »

La promotion de la consommation de viande par l’UE est bien malavisée, M. Hogan

Depuis sa prise de fonctions, le Commissaire à l’agriculture Phil Hogan promeut les intérêts du secteur de l’élevage, sans tenir compte des problèmes de santé et environnementaux que pose la surconsommation de viande, écrit Olga Kikou.

Pour chaque humain, quatre têtes de bétail

Aujourd’hui, on compte 30 milliards d’animaux d’élevage dans le monde, soit environ quatre fois plus que d’humains, précise le rapport, ajoutant que la consommation excessive de produits d’origine animale dans les pays riches est deux à trois fois supérieure aux doses recommandées. Cet abus généralisé se traduit d’ores et déjà par une recrudescence des troubles digestifs et cardiovasculaires.

« Dans de nombreux pays de l’UE comme aux États-Unis, la consommation de viande est deux fois supérieure aux valeurs recommandées pour un régime alimentaire sain », poursuit le rapport.

« Les preuves scientifiques du lien entre notre consommation excessive de produits d’élevage, en particulier de viande rouge et transformée, et une hausse des cas de cancer, d’obésité, de diabète et de maladies cardiaques, ne cessent de s’accumuler », souligne l’étude.

Le lait et la viande seront les plus grands pollueurs d’ici 2050

La croissance des grandes entreprises de production laitière et de viande est incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, met en garde une nouvelle étude.

Réchauffement climatique, perte de biodiversité

L’élevage est à la fois un grand émetteur de gaz à effet de serre et un secteur qui sera durement touché par le changement climatique. Les événements météorologiques extrêmes, les pénuries d’eau et la circulation de parasites et maladies sont autant d’exemples des effets du climat sur l’élevage.

À l’heure actuelle, le bétail est la première source d’émissions de méthane et de protoxyde d’azote, et est responsable d’environ 16,5 % des émissions mondiales, selon le rapport.

Non seulement l’agriculture en général, et tout particulièrement l’élevage, a un impact important sur le climat, mais elle affecte aussi la biodiversité.

Nourrir la population grâce à l’élevage consomme énormément de ressources, expliquent les auteurs. Ainsi, les pâturages et la production d’aliments pour le bétail mobilise 70 à 80 % de toutes les terres agricoles, et un quart de toutes les terres cultivées.

« Cela représente un tiers de la surface terrestre non gelée de la planète », indique le rapport. « Nous vivons actuellement ce que les scientifiques appellent la sixième grande extinction massive de l’histoire de la Terre. Et l’un de ses principaux facteurs sous-jacents est l’élevage, qu’on estime responsable d’environ 60 % de la perte de biodiversité d’origine humaine sur Terre. »

Marché alimentaire en transition

Le rapport note néanmoins que le public est de plus en plus conscient du lien entre consommation de viande, santé et changement climatique qui entraîne un changement des modes de consommations, en particulier chez les jeunes générations.

La baisse de la consommation de viande est une tendance de fond

Coïncidence. Au moment où les ondes sont saturées de débats sur le bien-être animal, les Français continuent de réduire leur demande de produits carnés, révèle une étude du Crédoc. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Le marché alimentaire évolue donc très rapidement, les produits à base de plantes représentant actuellement la catégorie d’aliments qui connaît la plus forte croissance.

« Il s’agit d’un défi pour le secteur alimentaire existant, mais d’une grande opportunité pour les entreprises innovantes qui sont prêtes à investir dans des produits alternatifs plus propres et plus sains », estiment les auteurs du rapport.

Malgré tout, le rythme de ce changement n’est pas assez rapide, préviennent-ils. Et la situation est aggravée par l’absence de mesures de lutte contre les problèmes climatiques, environnementaux et sanitaires liés à la consommation de viande, ce qu’ils jugent « choquant ».

« Au lieu d’alimenter ces tendances sociétales, les politiciens succombent à la pression des producteurs de viande en introduisant de nouvelles mesures législatives visant à limiter la croissance des alternatives, comme la récente interdiction en France de termes tels que ‘burger’ végétalien », regrette le rapport.

Contexte

La consommation de produits d’origine animale est en augmentation dans le monde, et les gouvernements ne font rien pour inverser la tendance, bien au contraire.

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