Les Grecs craignent que le CETA ne fasse couler leur «or blanc»

Les Grecs s'insurgent de la protection limitée qu'aura le nom de leur fromage fétiche sur le marché canadien. [Rebecca Siegel/Flickr]

Les agriculteurs grecs s’inquiètent du sort de la feta après que la Commission n’est pas parvenue à protéger le fromage iconique dans l’accord du CETA, avec le Canada. Un article d’Euractiv Grèce.

La feta est considérée comme l’« or blanc » de l’économie grecque. Le pays produit environ 120 000 tonnes de feta tous les ans. Au niveau national, la production de lait de chèvre et de brebis atteint les 1 100 000 tonnes.

À l’heure actuelle, le pays exporte approximativement 500 tonnes de feta par an vers le Canada. Dans le cadre du CETA, les producteurs canadiens pourront cependant continuer de vendre leur fromage sous l’appellation « feta canadienne ».

L’accord de libre-échange entre le Canada et l’UE protège plus de 140 indications géographiques partout en Europe. Pourtant, dans le cas de la feta, tout comme pour le gorgonzola, l’asiago, la fontina et le fromage de Munster, les Canadiens pourront continuer à produire et à vendre leur « propre feta » sur le marché national.

Certains produits spécifiques, comme la feta, protégée dans l’UE, doivent respecter les critères du programme des appellations d’origine, donc les fromages canadiens appelés « feta » ne peuvent pas entrer sur le marché européen.

Les producteurs canadiens qui ont commencé à utiliser l’appellation de « feta » avant 2013 sur le marché national pourront continuer à le faire à l’avenir.

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Une fois le CETA entré en vigueur, les producteurs canadiens devront également ajouter des formules comme « du type » ou « imitation » sur leurs étiquettes, ainsi qu’une indication lisible et visible sur l’origine géographique du produit en question.

« Les produits canadiens ne pourront pas mettre sur leurs étiquettes des noms comme ‘feta grecque’ ou ‘feta de style grec’ ou arborer le drapeau grec », souligne Eva Kaili, eurodéputée socialiste grecque. De leur côté, les entreprises grecques qui produisent de la feta pourront continuer à exporter leur fromage vers le Canada.

Feta de vache

Takis Peveretos, président de l’association des éleveurs grecs, estime qu’il est inacceptable que la feta ne soit pas complètement protégée par le CETA. « C’est le produit phare de nos exportations, non seulement en termes de fromage, mais aussi de manière générale […] Les 52 000 tonnes exportées apportent 350 millions d’euros tous les ans au solde des exportations du pays », précise-t-il.

Pour le représentant des éleveurs, le CETA et l’avenir de la feta soulèvent deux questions. Premièrement, la feta est composée de lait de brebis (70 %) et de chèvre (30 %). « Avec l’accord du CETA, les Canadiens seront en mesure de produire et de vendre de la feta fabriquée à partir de lait de vache », regrette-t-il.

De la même manière, Nikos Palascas, président de la fédération des éleveurs de Thessalie, assure à l’agence de presse athénienne que « l’or blanc » a été victime de l’accord du CETA.

« Le problème est que les grandes multinationales du monde entier ont des laiteries spécifiques, donc elles ‘inondent’ le marché de feta de vache, avec du lait qui provient d’animaux qui sont nourris aux OGM », avertit-il.

Dans un effort de tranquillisation des agriculteurs grecs, Phil Hogan, le commissaire à l’agriculture, a promis de rouvrir le dossier de la feta dans cinq ans. Les Grecs ont cependant peur que cela soit trop tard.

« L’engagement de Phil Hogan n’aide pas du tout […] Les consommateurs s’habitueront à manger du fromage de vache et penseront que c’est de la feta », regrette Takis Peveretos, qui voudrait que le dossier soit réévalué dans moins d’un an.

Une opinion partagée par l’association de l’industrie du lait et des produits laitiers, qui assure que la Commission n’a utilisé l’horizon des cinq ans que pour garder le soutien du gouvernement grec.

Accords commerciaux du futur

En outre, les éleveurs grecs redoutent que le CETA ne crée un précédent qui permettra à d’autres pays d’exiger les mêmes conditions pour la vente de feta. C’est d’ailleurs déjà le cas de l’Afrique du Sud.

Takis Peveretos estime que l’ancien gouvernement, dirigé par le parti conservateur Nouvelle Démocratie et Antonis Samaras, ainsi que José Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission européenne, sont responsables de n’avoir pas protégé la feta dans le cadre du CETA. Il appelle le gouvernement actuel de faire du sujet une priorité pour les prochains accords bilatéraux.

« Nous connaissons à présent le contexte. En 2013, le gouvernement en place avait autorisé la Commission à négocier cette position sur la feta », fait-il remarquer.

Dans un communiqué de presse récent, le gouvernement actuel a souligné avoir lancé une campagne pour revoir les accords touchant au « fromage national » et assure que l’accord avec le Japon protègera mieux la feta. Reste que le fromage grec ne se vend pas en grande quantité dans ce pays.

Selon les informations récoltées par Euractiv, le gouvernement tentera à l’avenir de faire de l’accord avec le Japon un modèle pour le dossier de la feta.

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La Commission nuance

La Commission européenne estime pour sa part avoir obtenu le plus haut niveau de protection possible dans l’accord avec le Canada et qualifie le résultat de « succès inédit ».

Les représentants de l’exécutif européen assurent par ailleurs que la discussion avec le Canada a été « très difficile » parce que la notion même d’indication géographique avait été au départ rejetée par Ottawa, et que « feta » est considéré comme un nom générique sur le marché nord-américain.

« Dans ce contexte, toute concession du Canada n’a pu être obtenue qu’en échange d’un traitement spécial », explique Daniel Rosario, porte-parole de la Commission, qui souligne que sans cet accord, la feta n’aurait pas été protégée du tout.

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