Malgré un cas de transmission du bétail à un ouvrier laitier détecté aux États-Unis, le risque d’infection de grippe aviaire pour les humains reste faible. Cependant, la vigilance doit rester élevée, selon la Commission européenne et les agences de santé et sécurité alimentaire de l’UE.
Lundi (1er avril), l’annonce du test positif d’un Américain au virus hautement pathogène de la grippe aviaire (H5N1), après un contact avec du bétail laitier infecté, a suscité des inquiétudes à l’échelle mondiale.
Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont rappelé qu’il s’agissait du deuxième cas de l’agent pathogène du pays, suivant un incident où un résident du Colorado avait contracté la maladie à la suite d’une exposition à des volailles contaminées.
Comme la plupart des maladies infectieuses humaines dérivent d’agents pathogènes présents chez d’autres espèces, ces nouvelles en provenance des États-Unis ont suscité des interrogations concernant le risque d’un « débordement zoonotique » de l’agent pathogène, c’est-à-dire de son adaptation à l’humain.
« Le risque de transmission des virus de la grippe aviaire des animaux à la population reste faible », a affirmé un porte-parole de la Commission européenne, se montrant rassurant quant au niveau élevé de surveillance et de biosécurité dans l’Union européenne.
Angeliki Melidou, experte en virus respiratoires au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), a expliqué à Euractiv que, actuellement, le risque d’infection par les virus de la grippe aviaire pour le grand public est faible, et reste faible à modéré pour les individus en contact avec des animaux infectés dans un cadre professionnel.
Mme Melidou a ajouté que la possibilité d’une transmission du virus entre humains est « peu probable » et a souligné que les informations récentes en provenance des États-Unis ne changent pas cette évaluation.
L’ECDC et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont publié aujourd’hui (3 avril) un nouveau rapport sur les possibles « Moteurs et étapes critiques d’une pandémie de grippe due à la grippe aviaire ».
Après presque 30 ans d’exposition humaine, le virus « n’a pas acquis les mutations » nécessaires à la « transmissibilité par voie aérienne entre humains », a souligné un expert de l’EFSA, Alessandro Broglia.
Propagation dans l’UE et au-delà
Selon la dernière synthèse EFSA-ECDC, le nombre total de détections du virus chez les oiseaux est en baisse par rapport aux années précédentes.
Toutefois, la circulation mondiale des virus de la grippe aviaire « et leur présence dans des pays tiers », dont les niveaux de biosécurité sont inférieurs à ceux de l’UE, peuvent constituer « un risque d’adaptation du virus aux mammifères, y compris à l’homme », a précisé M. Broglia.
Bien que « difficile à estimer », ce risque nécessite « une plus grande capacité de surveillance et de réaction », a ajouté l’expert.
Plusieurs espèces de mammifères sont sensibles à la souche circulante de la grippe aviaire. C’est le cas des renards et des visons, ainsi que des animaux de compagnie tels que les chats.
C’est notamment ce qui s’est produit en Finlande et en Pologne en 2023. Tous ces cas étaient liés à des contacts avec des oiseaux infectés.
Si les virus de la grippe aviaire acquièrent la capacité de se propager chez les humains, « une transmission à grande échelle pourrait se produire, étant donné le statut immunitaire faible des humains vis-à-vis des virus H5 », rappelle le rapport des deux organismes.
L’EFSA et l’ECDC recommandent donc de « renforcer la surveillance » des humains et des animaux, « d’assurer l’accès à des diagnostics rapides », de renforcer la collaboration entre les autorités de santé animale et humaine, ainsi que de mettre en œuvre des mesures préventives « telles que la vaccination ».
La vaccination des oiseaux dans le secteur de l’élevage est une autre option. Mais lorsqu’elle est appliquée, « il est fondamental qu’elle soit accompagnée d’une surveillance pour suivre l’évolution du virus », a déclaré M. Broglia.
La mise en œuvre de mesures de « biosécurité adaptées » dans les élevages de volailles, telles que « le changement de chaussures à l’entrée, l’utilisation de vestiaires hygiéniques appropriés, l’interdiction de l’entrée d’animaux domestiques dans le poulailler », peut faire la différence, a conclu l’expert.
[Édité par Anna Martino]



