L’Allemagne peine à gérer la surabondance de nitrates

La pollution au nitrate continuera à être un problème pour plusieurs générations [ADragan/ Shutterstock]

La Commission européenne a depuis plusieurs années mis en garde l’Allemagne pour les niveaux de nitrate trop élevés de ses eaux souterraines. Adepte de l’élevage intensif de porcs notamment, le pays se lance dans une nouvelle réglementation sur les fertilisants. Un article d’Euractiv Allemagne.

Les eaux souterraines représentent près de 70 % de la consommation d’eau potable. En Allemagne, ces ressources sont toutefois jugées insuffisantes depuis plusieurs années, en raison de leur teneur en nitrate trop élevé, due à l’épandage d’engrais liquides, qui s’infiltrent dans les sols.

En 2016, le rapport sur le nitrate du ministère allemand de l’Environnement n’a d’ailleurs pu prouver aucune amélioration en la matière. La quantité d’eau non polluée était « à peine » plus élevée qu’en 2011, malgré la prévision d’une amélioration significative. Près de 28 % des échantillonnages dépassaient les niveaux maximums autorisés de nitrate.

Les engrais de synthèse sous surveillance

Alors que la 7e campagne de surveillance des nitrates dans les eaux a débuté le 1er octobre dans l’Hexagone, les ministères de la transition écologique et de l’agriculture élargissent le suivi de l’azote à toutes les sources d’émission. Un article de notre partenaire, le JDLE.

« Droit dans le mur »

Après plusieurs années de mises en garde, la Commission avait ouvert une procédure contre l’Allemagne en 2016. En juin dernier, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait donné raison à la Commission et reconnu que l’Allemagne ne répondait pas à la directive nitrates et qu’elle aurait dû adopter des mesures plus drastiques depuis longtemps. Le pays devra probablement s’acquitter d’une amende. Un jugement similaire avait été rendu en France en 2014.

Même le règlement de 2017 qui contraint les agriculteurs à tenir un registre des niveaux de fertilisants s’infiltrant dans les sols n’est pas jugé suffisamment ambitieux par la Commission et suscite l’incompréhension des agriculteurs. « La Commission se montre très pointilleuse dans ses commentaires relatifs au règlement sur les engrais », a déclaré le responsable de l’Association allemande des agriculteurs Bernhard Krüsken.

« Ce qui est incroyable, c’est que la Commission était au courant du processus et de tous les projets de règlement depuis tout ce temps, mais qu’elle a attendu l’adoption du nouveau règlement pour imposer à nouveau son ancienne procédure d’infraction. « C’est comme si la Commission avait intentionnellement voulu nous laisser aller droit dans le mur à toute allure », a expliqué Bernhard Krüsken.

La Commission s’oppose aux mesures volontaires que les Länder pourraient mettre en œuvre dans leurs zones polluées par le nitrate, qu’elle juge trop laxistes. L’exécutif européen demande une réduction de 20 % des besoins en fertilisants. La notion de « valeur de contrôle », qui indique la fourchette cible des besoins en fertilisants, ne fait pas consensus. « J’ai l’impression que la Commission n’a pas compris ce qu’était la valeur de contrôle », a ajouté le responsable de l’Association allemande des agriculteurs.

Premier accord européen sur les engrais recyclés

Le règlement sur l’utilisation d’engrais organiques, issus de déchets, a fait l’objet d’un accord tripartite le 13 décembre. Il vise à réduire l’utilisation d’engrais chimiques en Europe. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Le lisier en accusation

Dans l’agriculture, les émissions de nitrate sont difficilement évitables et ne font donc pas l’objet d’un débat en soi. Sans fertilisants, il serait impossible de nourrir la population mondiale et de répondre à ses besoins alimentaires. « Le problème de la pollution au nitrate se pose principalement pour l’élevage. Nous avons un excès de lisier que les agriculteurs placent ensuite sur leurs champs », explique Laura von Vitorelli, responsable de la politique de gestion des eaux à la BUND (Union allemande pour la préservation de l’environnement). Les eaux souterraines polluées au nitrate ne portent préjudice à l’être humain que dans certaines circonstances. Une eau trop riche en nitrate peut par exemple occasionner des troubles respiratoires chez les nouveau-nés.

Le nitrate constitue également une menace pour la flore. Si son action permet à certaines algues et plantes de mieux grandir, il est toutefois néfaste à certaines plantes. « Nous faisons face à un déclin alarmant de la biodiversité aquatique », a mis en garde Laura von Vitorelli.

Un problème qui persiste

Malgré une volonté du secteur agricole de réduire le recours aux fertilisants ces dernières années, il est très peu probable que le nouveau règlement mène à une quelconque amélioration. C’est du moins ce que révèle une étude menée par l’un des chercheurs du BUND et publiée au mois de février. L’Association allemande pour l’eau et l’énergie considère que le nouveau règlement dans sa forme actuelle « ne mène à aucune réduction considérable du taux de nitrate ».

Cela est également dû à la régénération très lente des eaux souterraines. « La pollution au nitrate continuera à être un problème pour plusieurs générations », selon Laura von Vitorelli. Une vision que partage également Bernhard Krüsken. Il y a encore trop de nitrate dans les sols, car le précédent règlement sur les engrais ne permettait pas réellement aux autorités de contrôler et d’intervenir de manière concrète en cas de pollution au nitrate.

Sous la pression de la Commission européenne, le ministre fédéral de l’Environnement travaille à l’élaboration d’un nouveau règlement afin de répondre aux exigences de l’UE. D’ici l’automne, un projet devrait être envoyé à Bruxelles et adopté par le ministère allemand en février 2020 au plus tard.

Bernhard Krüsken est sceptique : la Commission s’est montrée plus patiente sur la vérification des mesures adoptées pour d’autres États. De plus, la loi sur les engrais n’a pas été transposée de manière cohérente à ce sujet, sans que cela génère une opposition aussi visible qu’en Allemagne.
« Nous sommes convaincus de l’application d’un système ‘deux poids deux mesures’ en Europe », conclut-il.

Berlin prépare un plan d’action pour la protection des insectes

Le ministère allemand de l’environnement aimerait lancer un plan d’action pour protéger les insectes d’ici la fin de l’année. Les agriculteurs appellent à de plus grandes mesures de protection de l’environnement. Un article d’Euractiv Allemagne.

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