« Guerre de l’eau » : après les violences, les appels à l’apaisement se multiplient

Très explosive, la question de l'irrigation et du stockage de l'eau avait déjà provoqué une confrontation en début de cet automne. [GGRIGOROV/Shutterstock]

Nouvelle escalade dans la « guerre de l’eau » : après une manifestation anti-bassines qui a dégénéré dans le Marais Poitevin le week-end dernier (6 novembre), les réactions politiques et syndicales se sont succédées au cours de cette semaine.

« Trois gendarmes blessés et une retenue d’eau saccagée » : c’était le bilan d’une journée de manifestation qui avait mal tournée, le 6 novembre dernier. Comme le rapportait notre partenaire Ouest-France, plusieurs milliers de manifestants s’étaient rassemblés à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) pour protester contre le projet de construction de plusieurs méga-bassines agricoles qui doivent servir de réserves hydriques dans le Marais Poitevin.

Très explosif, le dossier avait déjà provoqué une confrontation en début d’automne. Des manifestants avaient alors occupé un chantier de construction pour dénoncer le projet qui, selon ses détracteurs, contribue à la destruction de terres agricoles, l’assèchement des nappes phréatiques et la détérioration de la biodiversité.

Cette fois-ci, la manifestation est pourtant allée plus loin, se terminant par le saccagement d’une bassine et des heurts violents entre manifestants et forces de l’ordre.

Violence pour les uns, « désobéissance civile » pour les autres

Fervent militant anti-bassines, le syndicat agricole Confédération Paysanne s’est félicité, dans un communiqué publié le même jour, du « démontage » d’une « bassine de la honte ». « Illégale », selon le syndicat, la méga-bassine aurait été mis « hors d’état de nuire » et vidée pour rendre l’eau à la nappe phréatique dans laquelle elle aurait puisé « directement ».

Une version des faits qui n’est pas partagée par tout le monde. Sur Twitter, le ministère de l’Agriculture Julien Denormandie a ainsi condamné « avec la plus grande fermeté » les « dégradations » commises sur le site et que « rien ne justifie ».

FNSEA et Jeunes Agriculteurs, les deux principaux syndicats agricoles français, ont également condamné une action « intolérable », dans un communiqué commun publié ce mardi (9 novembre).

L’incident a aussi fait réagir plusieurs eurodéputés français. Pour Benoît Biteau (Les Verts), membre de la Commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) au Parlement européen, le conflit constitue une « illustration parfaite de l’échec total du Varenne de l’eau » (lancé par Julien Denormandie en mai dernier pour « engager une réflexion collective et de construire des politiques durables pour la résilience du modèle agricole face aux aléas climatiques »).

« Il se s’agit pas d’assises de l’eau, mais d’asseoir verticalement une doctrine de gestion de l’eau dogmatique, ne profitant qu’à une poignée d’irrigants », fustige M. Biteau dans un communiqué du 8 novembre.

La « neutralisation » de la méga-bassine de Mauzé-sur-le-Mignon serait intervenue alors que celle-ci était remplie malgré l’interdiction de remplissage avant le 15 novembre, soutient-il. Pour l’eurodéputé, le démontage de la pompe « illégale » était un « acte de désobéissance civile qui vise à défendre l’accès et le partage d’une ressource vitale ».

Un avis que ne partage pas l’eurodéputé Jérémy Decerle (Renew Europe), également membre de la Commission AGRI, qui a déclaré sur Twitter qu’agriculteurs, pouvoirs publics et ONG « construisent en bonne intelligence ce projet » depuis 20 ans, critiquant son collègue d’avoir « rallumé la mèche » sur ce dossier.

Appels à l’apaisement

Réagissant à cette nouvelle escalade du conflit qui oppose, depuis des années, défendeurs et détracteurs du projet de construction des méga-bassines, la députée des Deux-Sèvres et présidente de Génération Écologie, Delphine Batho, a adressé une lettre ouverte à M. Denormandie, en début de semaine (8 novembre).

La logique de rapport de force à l’œuvre dans le conflit serait « une voie sans issue », « désastreuse pour notre territoire », y estime-t-elle. Si Mme Batho condamne la récente « escalade de violences », elle pointe aussi la responsabilité du gouvernement. L’État serait passé outre le protocole d’accord pour une agriculture durable dans le territoire en question et les « alertes de nombreux acteurs du terrain » pour autoriser les travaux, souligne la députée.

Pour sortir de l’impasse ainsi générée, Mme Batho « invite instamment » le ministre de l’Agriculture à « mettre un coup d’arrêt à cette spirale infernale, à prendre la décision de stopper les travaux et à ouvrir la perspective d’un référendum local sur la position de l’État sur ce projet ».

Un apaisement appelé aussi de ses vœux par Benoît Biteau. Selon l’eurodéputé, le gouvernement aurait désormais le choix : « soit il continue d’imposer verticalement sa doctrine, [] soit il décide d’apaiser et d’ouvrir des espaces de dialogue pour trouver une solution politique au conflit d’usage sur l’eau », déclare-t-il.

Pour leur part, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs appellent, eux aussi, à une « démarche basée sur le dialogue et la construction collective » entre acteurs agricoles et associations environnementales.

La "guerre de l'eau", dossier explosif au niveau français et européen

« Accaparement de l’eau » pour les uns, « gestion intelligente de la ressource » pour les autres : un projet de construction de méga-bassines agricoles dans le Poitou-Charentes divise les esprits et va jusqu’à « préoccuper » la Commission européenne. Décryptage.

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