Guerre en Ukraine : l’Allemagne craint une pénurie de main-d’œuvre saisonnière

L’Allemagne emploie un grand nombre de travailleurs saisonniers étrangers pour de courtes périodes dans les cultures saisonnières comme les asperges et les fraises. Cependant, la guerre en Ukraine et la pandémie de Covid-19 pourraient affecter le flux de ces travailleurs cette année, à quelques mois seulement de la saison des récoltes. [Shutterstock]

Cette année, les pénuries de main-d’œuvre pourraient devenir un problème à cause de la guerre en Ukraine et de la pandémie toujours en cours. Alors que l’Association des agriculteurs allemands (DBV) demande un assouplissement des règles, les critiques affirment que des problèmes plus profonds subsistent.

L’Allemagne emploie un grand nombre de travailleurs saisonniers étrangers pour de courtes périodes dans les cultures saisonnières comme les asperges et les fraises.

Cependant, la guerre en Ukraine et la pandémie de Covid-19 pourraient affecter le flux de ces travailleurs cette année, à quelques mois seulement de la saison des récoltes.

« Dans le cas des travailleurs saisonniers, il existe actuellement une grande incertitude quant à la disponibilité de travailleurs d’Europe de l’Est pour la récolte de cet été », a écrit l’association allemande des agriculteurs, la DBV, dans un document de synthèse sur les conséquences de la guerre en Ukraine.

Dans le même temps, le nombre élevé de cas de Covid-19 continue de poser problème, car le passage en quarantaine des travailleurs entraînerait probablement de nouvelles pertes pour le secteur.

En Autriche, les exploitations agricoles craignent également des pénuries de main-d’œuvre. Selon les médias, de nombreuses exploitations recrutent désormais des travailleurs dans des pays asiatiques tels que le Vietnam.

Compte tenu de la situation, la DBV demande que les règles d’emploi soient temporairement assouplies, comme ce fut le cas pendant la pandémie. L’une des propositions de l’association est d’allonger la durée limite de l’emploi à court terme.

Le ministère allemand de l’Agriculture ne s’attend toutefois pas à ce que le nombre de travailleurs saisonniers étrangers diminue cet été, a confié une porte-parole à EURACTIV Allemagne.

Un salaire minimum pour attirer les travailleurs

« Les travailleurs étrangers qui prennent un emploi saisonnier dans l’agriculture viennent principalement des États membres de l’UE, et en particulier de Pologne et de Roumanie », a déclaré la porte-parole.

Selon le ministère, l’Allemagne a également signé des accords de médiation avec la Géorgie et la Moldavie, et des travailleurs sont attendus de ces deux pays cette année.

Toutefois, selon un rapport publié en 2021 par le syndicat IG Bauen-Agrar-Umwelt, de nombreux travailleurs saisonniers sont ukrainiens et se trouvent dans des régions comme le Mecklembourg-Poméranie occidentale et le Brandebourg.

Dans le même temps, le ministère est optimiste quant au fait que le salaire minimum horaire de 12 € à partir d’octobre 2022 rendra les exploitations agricoles allemandes attractives pour les travailleurs.

Cependant, l’association des agriculteurs demande que l’augmentation du salaire minimum soit reportée et mise en œuvre par étapes « afin de contrecarrer au moins partiellement les augmentations massives des coûts dans l’agriculture ».

Les coûts dans le secteur agricole ont augmenté à la suite de la crise énergétique que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a encore exacerbée. Le carburant, l’énergie et le coût des engrais et des aliments pour animaux ont tous augmenté au cours des derniers mois.

Mais les syndicats ne sont pas très enthousiastes vis-à-vis des revendications de la DBV.

« La discussion sur le salaire minimum est déjà de l’histoire ancienne. Les 12 euros doivent être payés à partir du 1er octobre selon le législateur — et c’est une bonne chose », a confié Harald Schaum, président national adjoint de l’Industriegewerkschaft Bauen-Agrar-Umwelt, à EURACTIV Allemagne.

Pour M. Schaum, les règles relatives à l’emploi à court terme ne devraient pas être abolies, bien que les agriculteurs le réclament. Il appelle plutôt à une meilleure protection sociale pour les travailleurs saisonniers.

Des permis de travail rapides pour les réfugiés

Le ministère allemand de l’Agriculture estime que les travailleurs saisonniers sont suffisamment protégés par la loi.

Le porte-parole a déclaré que « la santé et la sécurité au travail en Allemagne sont réglementées par de nombreuses lois, […] règles et ordonnances » afin de garantir leur santé et leur sécurité.

L’UE a introduit la « conditionnalité sociale » avec la réforme de la Politique agricole commune (PAC), adoptée à Bruxelles l’année dernière, qui lie en partie les subventions agricoles de l’UE à des exigences minimales en matière de conditions de travail et de protection des travailleurs.

Néanmoins, l’Allemagne a profité de la période de transition autorisée par l’UE et ne souhaite pas introduire la nouvelle réglementation avant 2025.

Selon le rapport de l’Initiative pour une agriculture équitable, une part considérable des travailleurs ukrainiens sont venus travailler en Allemagne dans le cadre de travail durant les vacances ou de stages effectués dans le cadre des études.

Comme ces programmes pourraient être interrompus en raison de la guerre en Ukraine, la DBV estime qu’il est possible de trouver des travailleurs parmi les Ukrainiens qui ont fui en Europe.

Des questions systémiques

L’association demande que les réfugiés à la recherche d’un emploi se voient rapidement accorder un permis de travail en Allemagne. Un point sur lequel M. Schaum est d’accord. « Cela les aide et nous aide », a-t-il affirmé.

Il y a quelques semaines, les États membres de l’UE ont décidé d’accorder une protection temporaire aux réfugiés d’Ukraine. Cela permet aux personnes de rester sur le territoire de l’Union européenne sans visa et d’avoir accès au marché du travail.

Les pays de l’UE s’apprêtent à laisser passer les réfugiés ukrainiens

La Commission européenne a proposé que les personnes fuyant la guerre en Ukraine bénéficient d’une « protection temporaire » dans l’UE et que les contrôles aux frontières soient simplifiés. Les ministres de l’Intérieur de l’UE se prononceront sur cette question jeudi 3 mars.

Ce n’est pas la première fois que la question d’une éventuelle pénurie de travailleurs se pose.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’Allemagne a dû assouplir les mesures de restriction des déplacements, notamment pour les travailleurs saisonniers, afin de permettre la récolte.

Selon l’Association allemande des agriculteurs, l’AbL, ces difficultés répétées révèlent un problème plus profond. « Les exploitations agricoles ont besoin de prix couvrant les coûts afin de ne pas subir une pression massive de réduction des coûts » qui les oblige à se tourner vers l’étranger pour trouver une main-d’œuvre bon marché, a expliqué une porte-parole de l’Abl à EURACTIV Allemagne.

« Remédier à l’absence d’un droit du travail efficace ici doit être une priorité absolue », a-t-elle ajouté.

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