Les agriculteurs britanniques risquent gros avec le Brexit

Le passage aux règles de l'OMC coûterait 30% de leurs revenus aux éleveurs de moutons britanniques. [Simon Harrod/Flickr]

L’accord négocié par Londres pourrait faire la part belle à l’agriculture britannique… ou la couler, selon une étude publiée par l’institut de l’agroalimentaire et des biosciences.

Après la sortie du Royaume-Uni du marché unique et de l’union douanière, la modification de ses relations commerciales avec l’UE et d’autres partenaires internationaux pourrait avoir des conséquences énormes sur les flux commerciaux.

Une étude de l’institut de l’agroalimentaire et des biosciences (AFBI) se penche sur l’impact de trois scénarios possibles sur le prix des produits agricoles dans le Royaume-Uni, les volumes de production et les prix de vente obtenus par les agriculteurs.

Si certains changements post-Brexit pourraient résulter en une baisse des prix pour les consommateurs, ils pourraient aussi réduire brutalement les revenus des producteurs et augmenter la dépendance du pays vis-à-vis des importations, selon les spécialistes.

Les trois scénarios post-Brexit examinés par le groupe de réflexion sont les suivants : un accord sur mesure favorable avec l’UE, un passage aux règles de l’Organisation mondiale du commerce sous la clause de la nation la plus favorisée pour les droits de douane, et enfin une libéralisation unilatérale des échanges.

L’accord sur mesure, meilleur scénario

L’équipe britannique de négociation du Brexit, menée par David Davis, a pour objectif de mettre en place un accord de libre-échange avec le reste de l’UE aussi rapidement que possible après la sortie effective du pays du marché unique. Cela permettrait à Londres de négocier ses propres accords commerciaux avec d’autres pays, tout en conservant nombre des avantages liés au libre-échange avec les 27 États membres, notamment l’accès au marché unique sans droits de douane ou quotas.

Dans ce contexte d’accord sur mesure, les prix obtenus par les agriculteurs resteraient en général inchangés, avec une variation allant de -1% à +3% en fonction des produits. Selon l’AFBI, ces variations marginales n’entraineraient pas de modification significative de la quantité ou de la valeur totale des produits agricoles britanniques et n’auraient pas d’impact important sur les prix payés par les consommateurs.

Londres pourrait cependant ne pas parvenir à négocier un accord aussi complet dans les délais impartis, et les agriculteurs réclament des garanties. « Il est essentiel que le gouvernement prépare des accords transitoires afin d’éviter un scénario de sortie brutal. Les entreprises agricoles auront besoin de temps pour s’adapter à un nouvel environnement commercial », souligne Meurig Raymond, président du syndicat d’agriculteurs NFU. « Obtenir un bon accord sera crucial pour nombre d’entreprises agricoles et pour la capacité du pays à produire de la nourriture. »

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Bilan mitigé pour les règles de l’OMC

Si les négociateurs ne parviennent pas à conclure d’accord avant la fin des discussions, le 29 mars 2019, tous les échanges entre le Royaume-Uni et l’UE seront soumis aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

À l’heure actuelle, le Royaume-Uni importe environ 40 % de sa demande alimentaire, et l’UE est son plus grand marché, à la fois en termes d’importation et d’exportation. Même en bénéficiant du statut de nation la plus favorisée, les droits de douane augmenteraient significativement et l’AFBI estime que cela conduirait à une perturbation importante des flux commerciaux.

Dans cette hypothèse, le Royaume-Uni devrait s’attendre à une augmentation du prix obtenu par les producteurs dans certains secteurs, en particulier pour les produits laitiers (+30%), le porc (+18%) et le bœuf (+17%), avec des gains similaires en ce qui concerne le volume de la production et la valeur de la production, indique l’étude. Dans ces trois secteurs, l’autosuffisance du pays serait améliorée, puisque les importations européennes deviendraient plus chères. Cependant, les consommateurs devraient également débourser beaucoup plus à l’achat.

Les droits de douane nuiraient toutefois à la compétitivité des exportations britanniques. Les producteurs de blé (-4%), d’orge (-5%), et surtout les éleveurs de moutons (-30%) verraient leurs revenus chuter et la production suivrait.

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Libéralisation unilatérale

Dans le dernier scénario étudié, le gouvernement britannique abolirait tous les droits de douane sur les importations alimentaires, alors que les partenaires commerciaux du pays continueraient d’appliquer les droits de douane associés à la nation la plus favorisée aux exportations britanniques.

Résultat : les consommateurs verraient leur addition s’alléger grandement, mais les agriculteurs britanniques en souffriraient. Les prix obtenus par les producteurs pour le bœuf et le mouton dégringoleraient respectivement de 45% et 29%. Les prix producteurs, le volume de production et la valeur de production de tous les produits agricoles britanniques chuteraient de manière importante, avertit l’AFBI.

Meurig Raymond espère éviter ce scénario catastrophe et estime que le gouvernement devrait assurer que « les agriculteurs britanniques ne sont pas placés dans une position désavantageuse par rapport à leurs concurrents étrangers soumis à d’autres règles ».

L’AFBI souligne qu’ailleurs dans le monde les producteurs agricoles sont très compétitifs et que les résultats de son analyse « indiquent clairement que dans ce scénario il serait nécessaire et urgent d’améliorer la productivité et la compétitivité du pays ».

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