Huile de palme : quand la France tergiverse sur le CASI

Nicolas Hulot, Ministre de la Transition écologique et solidaire [Ministère de la transition écologique et solidaire - Manuel Bouquet - TERRA]

Nicolas Hulot et Stéphane Travert s’opposent sur la question de l’affectation des sols. La question de la déforestation se heurte aux intérêts des industriels. Un article de notre partenaire le JDLE.

Changement d’affectations des sols indirect (Casi). Derrière ce terme technique, enjeu d’un intense lobbying à Bruxelles et Paris, c’est l’avenir de l’huile de palme et des cultures vivrières dans les réservoirs qui se joue. Avec à la clé un nouveau duel entre Hulot et Travert.

Qui a lu le point numéro 15 du plan Climat dévoilé en septembre dernier par Nicolas Hulot ? Pendant que le grand public se focalisait sur les primes à la conversion des véhicules polluants, l’évolution du bonus-malus ou la prime pour la transition énergétique, certains ont dû s’étrangler de rage. Comme chez la multinationale Avril (ex Sofiprotéol) ou la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux. Car sous l’index « mettre fin à l’importation en France de produits contribuant à la déforestation », Nicolas Hulot venait de signer l’arrêt de mort de l’huile de palme et des biocarburants de première génération (issus de cultures vivrières), accusés notamment d’être plus émissifs en gaz à effet de serre que les fossiles qu’ils sont censés remplacer.

45 % de l’huile de palme dans les réservoirs

Une grosse affaire, puisque 45 % des importations de cette graisse végétale finissaient dans nos réservoirs en 2014 (contre 8 % en 2010). Or, pour « parvenir à mettre fin à la déforestation importée en France », précise le plan Climat, la France prévoit d’adopter d’ici mars 2018 une stratégie nationale destinée à mettre fin à l’importation de produits forestiers ou agricoles contribuant à la déforestation. Y compris ceux qui contribuent au changement indirect d’affectations des sols.

Autre dissensus de taille : la fixation d’objectifs contraignants pour les États membres, qui imposeront nécessairement, craignent les ONG environnementales, de recourir à l’huile de palme pour tenir les engagements.

L'UE tentée par une comptabilisation fantaisiste du CO2 des forêts

Les États membres peuvent gérer leurs forêts à leur guise. Mais le débat éternel entre le mode de comptabilisation du CO2 des forêts risque de priver le monde de puits de carbone essentiels.

Hannah Mowat est responsable des forêts et du …

De 7 à 3,8 % en 2030

Le Casi. Un terme technique, qui est au cœur de la bataille autour de la directive Énergies renouvelables « RED II », en cours de révision à Bruxelles, pour la période 2021-2030. En novembre 2016, la Commission proposait de faire diminuer la part des biocarburants de première génération de 7 à 3,8 % d’ici 2030 et d’imposer les « biocarburants avancés » (issus de déchets) à hauteur de 6,8 %. Une position moins ambitieuse que celle votée par la commission Envi du Parlement européen (fin de l’huile de palme dès 2021 et des huiles de colza et de maïs en 2030), mais saluée par plusieurs ONG environnementales. Une position européenne en phase avec l’impulsion donnée par Nicolas Hulot via son plan Climat. Et inversement.

Avril à la manœuvre

Mais vérité en deçà de Paris, erreur à Bruxelles… De sa proposition dévoilée en octobre pour préparer le conseil de l’énergie, la France a fait disparaître toute notion de changement indirect d’affection des sols. « C’est le ministère de l’Agriculture qui a repris la main, sous la pression d’Avril », analyse Sylvain Angerand, des Amis de la Terre, après une entrevue à l’Hôtel de Roquelaure. En toile de fond, un autre enjeu industriel de grande ampleur : la bioraffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône), pour laquelle Total attend une autorisation d’exploitation. « Les travaux sont en cours. Total fait abstraction des débats en cours autour des conséquences climatiques des biocarburants de première génération », déplore le militant. À en croire les représentants de la CGT de l’usine, située à une encablure de Marseille, les dirigeants du groupe pétrolier sont confiants. « Nicolas Hulot les aurait rassurés : si leur huile de palme est certifiée “durable”, avec la mise en place de commissions pour examiner les certificats, tout ira bien. »

Des certifications synonymes de déforestation

Et c’est là que le bât blesse, dénoncent les Amis de la Terre, qui mènent la campagne « Fermons les vannes », pour sortir l’huile de palme des réservoirs. Car les critères de durabilité qu’entend respecter Total « sont très restreints et les experts scientifiques ainsi que la Cour des comptes européenne sont unanimes : ils sont insuffisants et n’empêchent en rien la déforestation due à l’expansion des plantations d’huile de palme. » Certifier une parcelle en bonne et due forme revient à déplacer un peu plus loin de nouvelles plantations. « Celles-ci se font soit directement à la place des forêts naturelles, soit indirectement en augmentant la pression foncière et en conduisant à un déplacement des activités humaines vers les forêts. Les certifications s’arrêtant aux limites des parcelles certifiées, elles ne peuvent pas limiter les effets indirects. »

Le biodiesel plus nocif que l'essence pour l'environnement

L’utilisation de biodiesel dans les transports augmenterait les émissions polluantes de 4 %, soit l’équivalent de la mise en circulation de 12 millions de voitures supplémentaires en 2020, selon une étude.

Subscribe to our newsletters

Subscribe