Isolé sur le glyphosate, le CIRC répond

À quel point l'augmentation des cas de caners peut-il être considéré comme statistiquement pertinent? [Sararinklin/Shutterstock]

Le Centre international de recherche sur le cancer, le CIRC, émanant de l’OMS, n’en démord pas : le glyphosate, pesticide le plus utilisé au monde, est probablement cancérigène. L’agence est cependant isolée.

Le « CIRC », structure discrète de l’OMS, s’est acquis une vraie réputation en quelques mois. Mais sa position à propos du glyphosate fait polémique. Une nouvelle recherche publiée par le Journal de l’institut national du cancer (JNCI) contredit une nouvelle fois le CIRC. L’étude sur la santé agricole (AHS), qui se penche sur la santé de dizaines de milliers de travailleurs agricoles, agriculteurs et leurs familles dans l’Iowa et en Caroline du Nord, aux États-Unis, précisent n’avoir trouvé aucun lien entre le glyphosate, principe actif du pesticide très répandu de Monsanto, le RoundUp, et « toute tumeur ou lymphopathie maligne, y compris les lymphomes non hodgkinien et ses sous-types ».

Ils concluent que le glyphosate « n’est pas statistiquement associé à un degré significatif avec quelque cancer que ce soit ».

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont donné leur feu vert à l’utilisation du pesticide, estimant « peu probable qu’il pose un risque cancérigène pour les humains via l’alimentation ». Une opinion partagée par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

Ce n’est cependant pas ce qu’affirme le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui a jugé en 2015 que l’herbicide était « probablement cancérigène pour les humains ».

Dénoncée par les ONG, et notamment Greenpeace, qui l’accuse d’avoir filtré les informations utilisées pour établir son jugement, l’EFSA a récemment défendu sa position.

Le lobbying pro-israélien et pro-glyphosate fait des remous au Parlement européen

Les eurodéputés ont récemment rejeté d’étranges amendements visant à renforcer le contrôle des ONG « qui agissent « contre les intérêts de l’UE ». Une enquête sur les origines de ces propositions mène à un groupe de pression pro-israélien et à un défenseur du glyphosate.

Insistance du CIRC

Euractiv a contacté le CIRC pour récolter la réaction des spécialistes sur la nouvelle étude. Dans la réponse, le centre de recherche souligne que les données de l’AHS font partie des principales études prises en compte dans sa propre évaluation.

Cette analyse inclut également toutes les autres études publiées sur le cancer chez les humains et l’exposition au glyphosate dans différentes parties du monde.

« Certaines des autres études de l’exposition des humains au glyphosate font état d’une augmentation des cancers, des lymphomes non hodgkinien », explique l’organisation. « En réalité, l’analyse du groupe de travail du CIRC et les données de toutes les études prises ensemble montrent une association statistiquement significative entre le lymphome non hodgkinien et l’exposition au glyphosate. »

L’étude de l’AHS note d’ailleurs qu’il y a « des preuves d’un risque augmenté de leucémie aiguë myéloblastique au sein du groupe le plus exposé », mais souligne que cette association n’a pas de poids statistique conséquent.

Le CIRC estime qu’il s’agit là de « nouvelles découvertes intéressantes ». « La nouvelle étude fournit toutefois de nouvelles découvertes intéressantes sur l’association entre exposition au glyphosate et leucémie, un autre cancer du sang, dans la population étudiée », estime le centre.

« Il est important de reconnaitre que la classification de la monographie du CIRC reflète la position de consensus d’un groupe d’experts indépendant, sur la base d’un réexamen systématique de toutes les études disponibles. Le CIRC ne spéculera donc pas sur l’impact potentiel d’une étude sur cette opinion  d’experts », concluent les membres du CIRC.

Les agences européennes accusées de dissimuler des preuves contre le glyphosate

Les avocats qui poursuivent Monsanto en justice aux États-Unis accusent les agences européennes de sécurité alimentaire d’avoir « délibérément écarté certaines études » dans leur évaluation de la dangerosité du glyphosate.

Limites de l’étiquette « probablement cancérigène »

Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé, soulignait que les organisations japonaise, australienne, néo-zélandaise, canadienne et américaine avaient également conclu que le glyphosate n’était probablement pas cancérigène, alors que le CIRC est très isolé dans sa vision.

Le 13 novembre, le commissaire a participé à une réunion de la commission parlementaire dédiée à l’agriculture pour une discussion sur le glyphosate. Il a répété son incrédulité face au fait que les opposants au glyphosate se concentrent uniquement sur l’évaluation du CIRC alors que d’autres choses, comme la viande rouge, étaient aussi « probablement cancérigène ». Alors « pourquoi ce silence sur la viande rouge ? », se demande-t-il.

« Je passe beaucoup de temps à mener des conversations vides sur cette possibilité [de cancérogénicité], je suis désolé de le dire. Vous ne m’avez pas convaincu. Je me base sur la science, et je veux voir une approche de bon sens », a-t-il expliqué.

« Je suis désolé, mais nous devons comprendre que nous sommes responsables. Je suis légalement obligé de finaliser la situation du glyphosate […] il n’y a aucune chance que nous y échappions. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas d’éléments justifiant une interdiction. Nous n’avons aucune base juridique. Vous, vous pouvez dire tout ce que vous voulez, mais moi pas, je suis juridiquement responsable », s’emporte le commissaire européen.

Et c’est là que le bât blesse, selon les opposants. Le problème touche en effet à d’énormes intérêts économiques, qui seraient menacés par une interdiction. Les producteurs de glyphosate, comme Monsanto, ont déjà prévenu la Commission que si le produit n’est pas réautorisé, ils porteront plainte.

Le glyphosate fait monter la tension entre États membres et Commission

Les États membres doivent cesser de se cacher, voire de se décharger sur la Commission sur la question du glyphosate, assure Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire.

Changement de discours

La Commission européenne n’a cependant pas réussi à convaincre une majorité qualifiée d’États de la soutenir et d’autoriser le renouvèlement de l’autorisation de vente de l’herbicide. Lors du dernier vote en date, le 9 novembre, 14 États membres ont soutenu la proposition de renouvèlement pour cinq ans, alors que neuf ont voté contre et que cinq se sont abstenus.

Selon les informations récoltées par Euractiv, la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne se sont abstenues parce qu’elles refusent de voter pour une réautorisation de moins de dix ans.

Jusqu’à récemment, la Commission appelait pour sa part les États à cesser de se cacher derrière elle, et à prendre leurs responsabilités. Si aucune décision n’est votée d’ici le 15 décembre, date d’expiration de l’autorisation de vente actuelle, la substance sera tout simplement interdite.

Le glyphosate fait monter la tension entre États membres et Commission

Les États membres doivent cesser de se cacher, voire de se décharger sur la Commission sur la question du glyphosate, assure Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire.

Il semblerait cependant que l’exécutif ait décidé de changer de stratégie. Il affirme aujourd’hui chercher le soutien du plus d’États possible pour sa proposition de réautorisation. Et compte aussi sur l’impact d’une résolution votée par le Parlement, qui appelle à une interdiction graduelle en cinq ans.

Le 27 novembre se tiendra une réunion du comité d’appel. Selon les règles européennes, en cas d’absence de majorité d’un côté ou de l’autre, la Commission pourra alors décider de valider sa proposition.

« Sous la législation européenne actuelle, la Commission européenne a l’obligation légale de répondre aux demandes d’approbation ou de renouvèlement des substances actives », souligne une source européenne.

Selon le règlement en vigueur, l’autorisation des produits phytosanitaires, ainsi que leurs conditions d’utilisation, reste une compétence des États membres, qui doivent mener des évaluations de risques pour chaque produit, en fonction des conditions climatiques et agricoles de leur territoire.

La Commission a toujours appelé à la pleine application de la directive sur l’utilisation des pesticides, l’introduction de pesticides bio et à faible risque et l’interdiction de certains composants souvent associés au glyphosate, assurent des sources au sein de l’institution.

 

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe