Le Conseil et le Parlement européen doivent introduire de nouvelles mesures de protection face aux importations de produits agricoles ukrainiens tels que les céréales et le miel, sans quoi les agriculteurs organiseront de nouvelles manifestations en Europe, ont déclaré six associations d’agriculteurs dans un communiqué de presse publié jeudi (15 février).
La proposition de la Commission européenne de prolonger la suspension des droits de douane sur les importations ukrainiennes afin d’aider le pays dans son effort de guerre a suscité une levée de boucliers dans la communauté agricole de l’UE, qui fait pression sur les États membres et le Parlement européen pour qu’ils apportent des modifications à ces mesures.
Dans sa proposition de règlement suspendant les droits d’importation et les quotas pour les produits importés d’Ukraine, la Commission européenne a introduit des clauses de sauvegarde pour limiter les importations de volailles, d’œufs et de sucre ukrainiens en Europe au cas où l’afflux dépasserait les volumes moyens de 2022-23.
Six associations représentant les agriculteurs (dont la Copa et Cogeca), les transformateurs et négociants de volaille dans l’UE, les fabricants de sucre, les producteurs de maïs, les betteraviers et le syndicat des grossistes en œufs, volaille et gibier, ont demandé d’étendre les clauses de sauvegarde aux céréales et au miel et de fixer la période de référence pour le déclenchement du mécanisme de sauvegarde aux volumes d’importation d’avant-guerre, c’est-à-dire avant 2022.
La proposition de la Commission fait l’objet de débats parallèles au sein de la commission du Parlement européen chargée du commerce international et de son pendant au Conseil de l’UE. La rapporteure du Parlement européen sur le dossier, Sandra Kalniete (Parti Populaire Européen, PPE), a présenté un texte sans amendement.
Le premier débat sur le rapport aura lieu lundi (19 février) et son approbation est attendue le 7 mars.
Les six organisations ont déclaré qu’« il semble que le Conseil et le Parlement européen ne soient pas enclins à agir » et ont averti que les décisions qui seront prises à Bruxelles dans les prochains jours concernant le renouvellement des concessions commerciales applicables aux produits ukrainiens « auront des conséquences profondes ».
Les producteurs français de blé et de céréales se sont joints aux agriculteurs polonais, slovaques et hongrois pour réclamer des « freins d’urgence » à l’afflux excessif de denrées alimentaires en provenance de Kiev.
La question des importations en provenance d’Ukraine vient s’ajouter au mécontentement des agriculteurs en République tchèque, en Slovaquie, en Pologne, en Hongrie, en Lituanie et en Lettonie.
Les principales organisations d’agriculteurs de ces États membres se sont réunies en Pologne mardi (13 février), menaçant l’UE de nouvelles actions si aucune mesure n’était prise.
Selon les six associations, la pression exercée sur les prix des produits de base sur le marché intérieur, qui ne touchait initialement que les États membres de l’UE situés aux frontières de l’Ukraine, affecte désormais la rentabilité des producteurs de céréales, de volaille et de sucre dans «d’autres États membres tels que la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche ».
Si le Conseil et le Parlement européen ne parviennent pas à modifier le règlement, cela « conduira probablement à de nouvelles manifestations, à des mesures unilatérales et, en fin de compte, à une réduction du soutien à l’Ukraine », ont conclu les associations agricoles.
Le représentant commercial de l’Ukraine, Taras Kachka, a pour sa part déclaré à un groupe de journalistes à Bruxelles mercredi (14 février) que « les produits ukrainiens ne causent aucun préjudice aux agriculteurs de l’UE ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


