Inflation : le budget de la PAC pourrait diminuer d’un tiers en 2027

En 2027, il pourrait ne rester qu'un tiers du budget de 2020 (-34,12%). [Ian_Stewart / Shutterstock]

Le budget de la PAC fond comme neige au soleil à cause de l’inflation, selon un rapport publié jeudi (13 octobre) par Farm Europe.

Largement sous-estimée au moment de la définition du budget de la PAC (2%), l’inflation record en Europe (10%) pourrait entraîner une « réduction la valeur réelle du soutien » selon le think tank.

Calculé à partir des prévisions d’inflation de la Banque centrale européenne, le budget pourrait diminuer de 84,57 milliards d’euros sur la période 2021-2027. Le budget de la nouvelle PAC (2023-2027) s’élève à 387 milliards d’euros.

Le premier pilier (paiements directs aux agriculteurs) perdrait 68,60 milliards d’euros et le second (soutien au développement rural), 15,97 milliards d’euros.

En 2027, il pourrait ne rester qu’un tiers du budget de 2020 (-34,12%).

« L’érosion de ce budget met en péril la viabilité économique de certaines exploitations et signifie une baisse des investissements pour la transition écologique. C’est aussi une nouvelle inquiétante pour notre sécurité alimentaire », a réagi Anne Sander, membre de la commission de l’Agriculture au Parlement européen.

Menace sur le Pacte vert

Farm Europe en profite pour dénoncer le recours systématique au budget de la PAC pour financer les mesures allant dans le sens du Pacte Vert européen. C’est le cas avec le règlement sur l’utilisation durable des pesticides récemment proposé par la Commission, ou avec le nouveau RePowerEU sur le biométhane.

Pour rappel, le Pacte vert, dans sa déclinaison agricole (De la ferme à la table) a pour ambition de réduire de moitié l’usage de pesticides, de 20% celui des antibiotiques dans l’élevage et de consacrer 25% des terres cultivées à l’agriculture biologique.

Le think tank propose de trouver « une nouvelle voie politique » pour parvenir à ces ambitions, basée sur une stratégie de croissance verte pour le secteur agricole.

Il souhaite substituer « une stratégie basée sur la réglementation visant à réduire les outils de productivité » à « une stratégie d’investissement appropriée favorisant les approches systémiques agronomiques et l’innovation. »

« Il ne faudrait pas que l’inflation soit un prétexte pour ne pas utiliser la PAC pour mettre en œuvre le Pacte vert, prévient de son côté Mathieu Courgeau, porte-parole du collectif Pour une autre PAC à EURACTIV. Face aux urgences environnementales pressantes, prioriser cet argent pour les changements de pratiques, cela a du sens ».

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Réévaluation du budget

Faut-il désormais ajuster le budget à l’inflation ? « Le remède à un financement de la PAC qui fond comme neige au soleil est de réévaluer le budget de la PAC en termes réels, c’est-à-dire de l’ajuster chaque année en fonction du niveau d’inflation », propose le think tank.

Farm Europe propose de compléter cette mesure par « un véritable fonds d’investissement de l’UE » sur les secteurs stratégiques qui ont besoin de transition comme l’agriculture et l’énergie.

Anne Sander alerte sur le péril qui plane sur le budget de la PAC. Un budget qui a déjà diminué par rapport aux précédents, bien que largement abondé par le Plan de relance.

« La PAC est la vache à lait de la politique européenne, signale l’eurodéputée à EURACTIV. Pour gérer la crise ukrainienne, la crise énergétique, la Commission a proposé de prendre de l’argent de la PAC. Maintenant, soit on l’abonde au fur et à mesure, soit on dégage de nouvelles lignes financières. »

Si Mathieu Courgeau du collectif Pour une autre PAC « n’est pas contre » une réévaluation du budget de la PAC en fonction de l’inflation, il insiste sur l’orientation des aides, tout aussi importante que leur montant en cette période de crises multiples pour le monde agricole.

« Il faut aussi que l’Europe règle les questions de régulation des marchés, des mesures miroirs aux frontières, des relations commerciales entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs pour augmenter les revenus des agriculteurs. Et cela ne concerne pas la PAC », rappelle l’éleveur vendéen.

Récemment, l’eurodéputée Anne Sander a adressé un courrier à la Commission pour « mettre ces chiffres sur la table et lui demander des comptes ».

« Il faut que nous puissions auditionner ses représentants à la prochaine commission agriculture (AGRI), avant éventuellement un débat en plénière au Parlement européen. La commission devra ensuite nous faire des propositions. »

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