Les critiques pleuvent sur l’accord UE-Mercosur

Il y a environ un mois, la Commission européenne a signé un accord de libre-échange avec le Mercosur. Depuis, l’accord a provoqué l’ire des agriculteurs, environnementalistes, politiques nationaux et eurodéputés. Un article d’Euractiv Allemagne.

Personne n’a pris de pincettes lors du premier débat sur l’accord avec le Mercosur entre les eurodéputés de la commission AGRI et le commissaire en charge de l’agriculture, Phil Hogan.

« C’est pire que nous le craignions », a déclaré l’eurodéputé vert allemand Martin Häusling. « C’est un accord dangereux pour nos agriculteurs », insiste quant à lui Gilles Lebreton, eurodéputé français du parti d’extrême droite Rassemblement national.

Presque toutes les familles politiques ont exprimé leur ressentiment, des modérés aux nationalistes. Pourtant, l’accord de libre-échange est encore loin d’entrer en vigueur.

Le dit « accord de principe » a été adopté fin juin. Désormais, les avocats de l’UE et du bloc du Mercosur – Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay – examinent le texte de l’accord.

Ce dernier sera ensuite traduit dans toutes les langues officielles de l’UE et ce processus prendra jusqu’à trois ans. Seulement après cela, l’accord pourra être adopté par les gouvernements et les parlements, ce qui pourrait à nouveau prendre des années.

Inquiétudes

L’accord sur le Mercosur fournit une libéralisation partielle du commerce agricole. Pour certains produits, comme le bœuf, le poulet ou le sucre, des quotas commerciaux ont été mis en place pour éviter une importation excessive et une érosion des prix.

Pour certains détracteurs toutefois, ce n’est pas suffisant car ils estiment que les quotas sont trop élevés. Les négociateurs européens ont fait de grandes concessions pour le secteur agricole comparé à d’autres industries comme celle de l’automobile par exemple.

« Le marché européen du bœuf sera mort dans quelques années », assure l’eurodéputé vert Martin Häusling. Ces dernières semaines, les agriculteurs français et irlandais ont protesté contre l’accord.

Les responsables politiques nationaux étaient également déçus du texte négocié de l’accord de libre-échange. Le ministre français de l’Agriculture et de l’Alimentation, Didier Guillaume, a déclaré qu’il ne voulait pas un « accord à n’importe quel prix ».

Selon l’eurodéputé conservateur et président de la commission agriculture du Parlement, Norbert Lins (CDU), la critique est justifiée et il souhaite que la Commission européenne fournisse plus d’informations.

L’eurodéputé allemand appelle à une « discussion détaillée » et aimerait que la Commission confirme, par exemple, ce qui se passerait si des distorsions du marché se produisaient en dépit de la réglementation des quotas.

Des critiques normales

Malgré des critiques excessives, Judy Dempsey, analyste politique au groupe de réflexion Carnegie Europe, ne pense pas que l’accord soit mis en péril.

« Tout accord commercial suscite la controverse dans certains États membres. On l’a déjà observé avec l’accord avec la Corée du Sud et celui avec le Japon », rappelle-t-elle. « Lorsqu’il s’agit d’intérêts nationaux, c’est normal. Les aspects positifs finiront par prendre le dessus sur les aspects négatifs. »

« Le commerce ce n’est pas juste vous importez ceci et nous exportons cela », indique Judy Dempsey. Les accords commerciaux permettent de mettre en place des normes, des règles et des mécanismes de surveillance. Selon elle, cela peut s’avérer utile pour faire taire les critiques sur la protection environnementale.

Selon les défenseurs de l’environnement, la hausse de la demande pour des produits agricoles d’Amérique du Sud risque d’accélérer la déforestation de la région amazonienne – un fait que dément la Commission européenne.

Reste toutefois à savoir comment cela sera garanti d’un point de vue juridique. Surtout face au président brésilien Jair Bolsonaro, qui a déclaré qu’il augmenterait fortement la déforestation.

Pour Judy Dempsey, un mécanisme potentiel pour faire pression sur les enjeux environnementaux serait une bonne chose. « Nous pourrions peut-être exercer une certaine influence, surtout sur la déforestation de la forêt tropicale. »

Selon elle, l’accord est dans l’intérêt des défenseurs de l’environnement européens et sud-américains.

Trump, Brexit et bétail irlandais

Une autre raison pour laquelle l’accord UE-Mercosur n’a pas été rejeté aussi rapidement n’est pas l’Amérique du Sud, mais l’Amérique du Nord, selon Judy Dempsey.

Depuis que Donald Trump est devenu président des États-Unis, « l’importance de ces traités entre l’UE et les pays tiers est devenue beaucoup plus importante pour l’influence politique de l’UE ». C’est parce que Donald Trump rejette les accords commerciaux multilatéraux et préfère les accords bilatéraux.

Même si le Royaume-Uni quittait bientôt l’UE, cette dernière ne s’écarterait pas de son objectif, selon l’experte. « Brexit ou pas Brexit, l’UE poursuivra ses relations commerciales. Il n’y a absolument aucun doute là-dessus », a-t-elle ajouté.

Toutefois, le Brexit pourrait retarder la mise en œuvre de l’accord Mercosur, selon le député européen Norbert Lins.

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