Isolées et victimes de stéréotypes, les agricultrices réclament leur place dans la PAC

Les femmes représentent 32% des actifs agricoles permanents en France

Cet article fait partie de l'édition spéciale Agriculture européenne : où sont les femmes ?.

Oubliées des politiques agricoles, les agricultrices représentent pourtant un quart des agriculteurs en France. En Bretagne, le réseau agriculture au féminin tente de faire avancer le sujet de l’égalité homme-femme dans le monde agricole. Une gageure.

L’agriculture n’est plus un monde d’homme…mais y ressemble encore beaucoup. Aujourd’hui, un quart des effectifs agricoles dans l’Hexagone sont des femmes. Et la féminisation de la profession va en s’accélérant puisque 41 % des entreprises agricoles sont créées par des femmes. Elles sont aussi plus nombreuses à se lancer dans l’agriculture biologique et les formes de production telles que la vente en circuit court.

Malgré cela, la place des femmes agricultrices peine à s’impose non seulement sur l’agenda politique des décideurs, mais aussi sur celui de la profession, où les inquiétudes sur l’économie de la filière dominent.

« Pour les agriculteurs, les questions d’égalité passent après celles sur le prix du lait, des salaires, d’économie, etc. », explique Nabila Gain-Nachi, référente égalité – parité à la chambre d’agriculture de Bretagne. «  Je pense qu’aujourd’hui, pour beaucoup, ce n’est pas un sujet essentiel comme peuvent l’être la PAC ou l’environnement », explique la référente. Pourtant, les enjeux qui pourraient améliorer l’égalité homme-femme dans le monde agricole sont légion : travail physique, propriété de la terre, égalité des salaires ou encore représentativité dans les instances de décision.

Seule chambre d’Agriculture en France à avoir créé un groupe sur le sujet de l’égalité homme-femme dans le monde agricole, le département des Côtes-d’Armor fait figure de fer-de-lance sur la question du genre. « Le concept d’agriculture au féminin a été créé en 2004 dans la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor. Sur le constat qu’il n’y avait alors aucune action sur la question du genre au sein des chambres d’agriculture ni en général », indique Nabila Gain-Nachi.

Le secteur agricole peine à reconnaître la place des femmes

Les femmes peuvent contribuer à la renaissance des zones rurales européennes et prévenir le surdéveloppement urbain, estiment les eurodéputés.

Grâce à des fonds européens, la chambre de Côtes-d’Armor lance une étude auprès des cheffes d’exploitation agricole. Les résultats pointent une préoccupation très forte concernant l’isolement professionnel. « Les agricultrices souffrent davantage de l’isolement que les hommes. Ce constat a mis en évidence le besoin d’actions spécifiques en faveur des femmes agricultrices », détaille l’élue.

La chambre lance alors une journée départementale des femmes agricultrices en septembre 2005, baptisée « Agriculture au féminin », d’autres départements de la région Bretagne embrayent, puis en 2009 un groupe régional « Agricultrice au féminin » est monté en région Bretagne. Il bénéficie d’un financement européen  (FSE) pour porter des actions sur l’attractivité des métiers, la formation continue, l’accès à l’engagement et à la responsabilité des femmes. « On également réalisé le premier guide de communication sans stéréotype de genre pour les chambres d’agriculture », rapporte la responsable.

Mais depuis la fin du programme européen en 2013, les subventions se font  trop rares et les autres régions françaises n’ont guère emboité le pas. « Aujourd’hui, nous avons un budget d’environ 30 000 euros par an pour la région Bretagne. Ce n’est pas avec ça qu’on va révolutionner la pensée agricole », reconnait Nabila Gain-Nachi.

Instances décisionnelles

Pour faire progresser la question des agricultrices dans l’agenda politique, la présence de femmes dans les instances décisionnelles constitue un des principaux leviers d’action.  « Il faut des femmes qui soient plus présentes dans les instances de décision agricoles », martèle Nabila Gain-Nachi.

Depuis 2013, un décret signé par l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, impose une parité équilibrée pour la constitution des listes de candidat aux élections des chambres d’agriculture. Un premier pas vers le rééquilibrage de la représentativité. Mais les postes à responsabilité restent souvent peu accessibles aux femmes. Ainsi, seules quatre chambres d’Agriculture sont aujourd’hui présidées par des femmes.

Une Française à l’assaut de la FAO

C’est une agronome française, Catherine Geslain-Lanéelle, ancienne présidente de l’EFSA, que l’UE soutient pour la présidence de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Statut de conjoint collaborateur

Autres avancées fondamentales en faveur des agricultrices, la création en France du statut de conjoint collaborateur en 1999. « Cette réforme a apporté une certaine reconnaissance aux femmes qui ont si longtemps travaillé dans l’ombre. Avant, les conjoints d’agriculteurs n’étaient rien sur une exploitation. Aujourd’hui elles ont un statut », se félicite Nabila Gain.

En 2014, neuf conjoints collaborateurs sur dix sont ainsi des femmes, selon les chiffres de la Mutualité sociale agricole. Malgré la création de ce statut, un certain nombre de femmes exercent toujours sans aucun statut juridique dans les exploitations agricoles (entre 2 000 et 5 000 selon un rapport du Sénat).

Ces petites avancées n’ont cependant pas trouvé de relais côté européen, où la question du genre est peu présente dans la Politique agricole commune actuellement en travaux à Bruxelles.

Enlisée dans les difficiles négociations entre les États membres et la Commission européenne, la réforme ne devrait pas aboutir avant les élections européennes de mai 2019.

« Dans la nouvelle PAC, il n’y a rien pour les femmes, rien du tout. On avait pourtant suggéré des dispositifs tels qu’une aide à l’installation différenciée pour les femmes, qui font face à des difficultés particulières par rapport aux hommes », rapporte Nabila Gain-Nachi. « Il y a des choses que la PAC pourrait impulser sur la place des femmes dans l’agriculture, qui pourraient également profiter aux hommes, comme le développement d’outils ergonomiques pour les travaux les plus physiques. »

Au Parlement européen, le sujet de la place des femmes au sein de la future PAC interroge également. Les commissions de l’agriculture et des droits des femmes appellent à ce que la dimension de l’égalité entre hommes et femmes soit intégrée dans la future PAC. Une proposition qui ne figure pour l’instant pas dans la proposition de la Commission.

« Le budget de la PAC doit être maintenu pour garantir une agriculture durable »

Si un juste équilibre n’est pas trouvé entre les ressources et les obligations de la politique agricole commune (PAC) après 2020, l’avenir de l’agriculture et de l’espace rural européen sera incertain, estime Stavros Arachovitis.

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