L’Italie recherche désespérément de la main-d’œuvre agricole

Giorgio Gori, le maire de Bergame, l’une des villes ravagées par le coronavirus, appelle le gouvernement italien à accélérer la publication du décret qui régularise les travailleurs migrants non européens. L’Italie a désespérément besoin de travailleurs agricoles.

Chaque année, l’Italie régularise certains travailleurs migrants sélectionnés par le biais du « Decreto Flussi » (littéralement « le décret sur les flux »), qui fixe le quota de ressortissants de pays extérieurs à l’UE autorisés à entrer dans le pays pour y travailler.

Le décret est publié par le ministère de l’Intérieur au moment où la saison des récoltes commence. En 2019, le quota avait été fixé à 30 850 travailleurs, dont 18 000 étaient affectés à des travaux saisonniers.

Matteo Salvini, le chef de la Lega (extrême-droite), était alors ministre de l’Intérieur. La publication du « Decreto Flussi » avait été retardée jusqu’à la fin du mois d’avril, provoquant l’ire des agriculteurs.

« Cette année, beaucoup de travailleurs migrants réguliers ne viendront pas dans les fermes italiennes. Nous avons besoin d’au moins 200 000 travailleurs non européens et nous avons besoin que le décret soit publié immédiatement », a déclaré Giorgio Gori sur son compte Twitter.

Bergame, devenue tristement célèbre pour les véhicules militaires qui sillonnent ses rues afin d’acheminer des centaines de cercueils loin de la ville, dénombre 2 060 décès dus au coronavirus. Cependant, selon une estimation réalisée par le quotidien local L’Eco di Bergamo à partir des données fournies par les municipalités locales, le véritable bilan serait plutôt de 4 500 victimes au cours du dernier mois pour l’ensemble de la province.

L’UE transfère les aides chinoises à l’Italie pour lutter contre la pandémie

L’UE remettra l’entièreté d’un colis d’équipement de secours chinois à l’Italie, qui fait face à la situation d’urgence sanitaire la plus grave parmi tous les États membres, selon des fonctionnaires européens.

Au sein de la Lega, des voix s’élèvent pour s’insurger contre la proposition de Giorgio Gori : « Alors que nous vivons une situation d’urgence historique, il est incroyable qu’au lieu de penser à protéger le travail des Italiens, certains lancent des appels en faveur d’un décret sur les flux pour les citoyens non européens », a déclaré l’eurodéputé Marco Zanni, à la tête du groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen.

Un enjeu majeur

Selon l’organisation agricole italienne Coldiretti, plus de 25 % des aliments produits en Italie dépendent du travail de plus de 370 000 saisonniers réguliers venant chaque année de l’étranger.

Les Roumains se taillent la part du lion, avec une communauté de plus de 105 000 travailleurs agricoles saisonniers employés dans les fermes italiennes.

Cette année, la main-d’œuvre agricole fait défaut, soit parce que les travailleurs étrangers sont bloqués dans leur pays d’origine, soit parce qu’ils estiment que venir en Italie présenterait des risques pour leur santé.

À une semaine de la cueillette des fraises, la situation est extrêmement tendue. Les asperges, les choux-fleurs et les courgettes doivent également être cueillis dans les semaines à venir.

Les entreprises agroalimentaires de la région vénitienne sont particulièrement concernées. Selon le syndicat local Fai Cisl Veneto, il est nécessaire de faire venir au moins 65 000 ouvriers agricoles pour assurer un niveau minimum de récolte.

L’an dernier, 79 000 travailleurs saisonniers ont été embauchés dans cette région et trois sur cinq étaient des étrangers, venant pour la plupart d’Europe de l’Est. Seuls 850 d’entre eux étaient des ressortissants de pays tiers arrivés en Italie par le biais du décret annuel.

« Si nous ne récoltons pas maintenant, nous perdrons un total de 100 000 emplois, car c’est toute la chaîne d’approvisionnement alimentaire qui s’arrêtera, prévient Andrea Zanin, de Fai Cisl, cité par le Corriere del Veneto.

L’Italie demande à repousser les échéances de la PAC à cause du coronavirus

La ministre italienne de l’Agriculture, Teresa Bellanova, demande à la Commission de repousser les échéances de certaines procédures administratives de la PAC pour aider les agriculteurs du pays touchés par l’épidémie de coronavirus.

Alors que toute la chaîne d’approvisionnement agricole est exemptée des mesures restrictives prises par le gouvernement italien pour contenir l’épidémie, le manque de personnel risque de faire échouer les efforts consentis pour assurer son fonctionnement.

Confagricoltura, une autre organisation qui représente les intérêts de grands entrepreneurs agricoles, demande à Teresa Bellanova, la ministre de l’Agriculture, et à Nunzia Catalfo, la ministre du Travail, d’envoyer aux champs les personnes sans emploi et les bénéficiaires d’allocations chômage.

Les représentants de l’organisation font notamment référence aux chômeurs qui reçoivent le « revenu citoyen universel ». Mis en place par le Mouvement Cinq étoiles, le parti au pouvoir, il constitue l’une de ses mesures phares. Il s’agit d’une subvention minimale de 780 euros par mois, un montant plus proche des allocations chômage que d’un véritable revenu de base.

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