Kofi Annan veut une agriculture qui produit plus avec moins de ressources

D'après Greenpeace, le monde produit déjà 1,5 fois trop de nourriture par rapport à la quantité nécessaire pour nourrir tous les habitants de la planète. [UN Geneva/Flickr]

L’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, appelle à investir dans les pays en développement afin de «produire plus de nourriture avec moins de ressources ».

L’ONU, qui estime que la population mondiale atteindra plus de 9,7 milliards de personnes en 2050 et dépassera les 11,2 milliards d’ici à 2100, préconise une véritable augmentation de la production alimentaire.

La demande croissante de nourriture fait cependant peser un poids supplémentaire sur l’environnement et les ressources naturelles, étant donné que l’agriculture compte parmi les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique.

C’est l’argument principal de l’industrie agroalimentaire, qui s’est développée dans le monde entier, en se concentrant sur des marchés agricoles densément peuplés et « oubliés », notamment en Asie et en Afrique.

Par le biais de partenariats avec de petits exploitants qui suivent des protocoles de culture durables, certains géants de l’agroalimentaire testent des solutions pour tenter de nourrir des régions en pleine explosion démographique, tout en gardant le changement climatique sous contrôle.

Les ONG environnementales ont quant à elles une approche totalement différente. En citant des données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Greenpeace affirme que le monde produit déjà 1,5 fois trop de nourriture par rapport à la quantité nécessaire pour nourrir tous les habitants de la planète.

L’agence fait remarquer qu’au cours des vingt dernières années, le taux de production alimentaire mondial a augmenté plus rapidement que l’accroissement de la population mondiale. Pour Greenpeace, la faim dans le monde est due à la pauvreté et aux inégalités, et non au manque de nourriture. Certaines personnes gagnent moins de deux dollars par jour et ne peuvent donc pas se permettre d’acheter la nourriture produite, souligne l’ONG.

Valoriser l'agriculture

De nouvelles niches permettront-elle de sauver les revenus des agriculteurs européens ? Comment la Politique agricole commune post-2020 devrait-elle être conçue pour soutenir un secteur orienté vers l’exportation ?

Produire plus avec moins

À l’occasion du 10e forum sur l’avenir de l’agriculture à Bruxelles, le 28 mars, Kofi Annan a encouragé les dirigeants à augmenter leurs investissements dans les pays en développement et dans les systèmes alimentaires afin de « produire plus de nourriture avec moins de ressources » et ainsi nourrir une population grandissante souffrant de famine.

« Passer à des systèmes alimentaires et à une agriculture plus durables est possible à condition de mettre en place un leadership audacieux dans chaque secteur », a indiqué le vainqueur du Prix Nobel de la paix. Il a souligné que la découverte scientifique et les solutions durables étaient essentielles pour répondre à la demande de nourriture d’une population qui atteindra les 9 milliards en 2050.

Kofi Annan a précisé que tous les pays devraient jouer un rôle dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU, et s’est interrogé : « à quoi bon stimuler la croissance économique si nous ne pouvons même pas respirer? »

Il a également insisté sur la nécessité d’une coopération entre les grandes et les petites entreprises, et d’innover dans cette direction. « L’Afrique s’éloignera dans une certaine mesure du modèle des petites exploitations », a-t-il déclaré.

Il considère l’Accord de Paris comme un outil utile pour lutter contre le changement climatique et a souligné que le monde continuera ce combat, quelles que soient les intentions de Donald Trump. « Les États-Unis se retireront peut-être de l’accord ou tenteront d’en réduire la portée à cause des politiques de Donald Trump, mais le reste du monde continuera le combat », a déclaré Kofi Annan.

« La numérisation est une aubaine pour l'agriculture »

La propriété et l’accès aux données devraient améliorer la compétitivité des agriculteurs, selon le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan.

Agriculture européenne et ODD

Le commissaire européen à l’agriculture et au développement rural, Phil Hogan, a précisé que si la politique agricole commune (PAC) était conforme aux Objectifs de développement durable, elle nécessitait tout de même d’être modernisée.

En faisait référence au 60e anniversaire du traité de Rome, il a présenté la PAC comme un des véritables succès de l’UE. « La PAC a assuré la sécurité alimentaire en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, elle permet de nourrir des millions de personnes bien au-delà de l’UE et, malgré tous les objectifs louables d’autosuffisance dans plusieurs régions du monde, elle continuera à le faire, au moins pour les décennies à venir », a déclaré le responsable européen de l’agriculture.

Phil Hogan insiste cependant sur la nécessité d’adapter l’agriculture européenne au 21e siècle, dans lequel les agriculteurs agissent en fonction des besoins de nourriture. « Un système de production agricole qui respecterait aussi bien l’Accord de Paris que les ODD serait un système plus résistant, basé sur des écosystèmes sains, et qui intègrerait des innovations et plus de valeur tout au long de la chaîne, de la production primaire à la consommation », a indiqué l’homme politique irlandais.

Pour Phil Hogan, il faut aider les agriculteurs européens, mais aussi leur demander de respecter au mieux les obligations internationales en matière de climat et d’environnement.

« Les consommateurs (c’est-à-dire nous tous) ont un rôle à jouer. Nous devons devenir plus exigeants, plus perspicaces », a-t-il conclu.

L’avenir de l’agriculture réside dans l’agroécologie

Dans le même temps, quelque 50 militants se sont rassemblés devant la salle de la conférence, qui a été organisée par le producteur de pesticides Syngenta et l’Organisation européenne de la propriété rurale.

Le 27 mars, la Commission européenne a approuvé  la proposition de fusion d’une valeur de 130 milliards de dollars entre Dow Chemical et DuPont. Dans les jours à venir, l’UE devra également prendre une décision quant à l’offre publique d’achat de 43 milliards de dollars faite par ChemChina pour racheter son rival suisse Syngenta.

Bruxelles calme Trump en autorisant la fusion de deux géants agrochimiques

Le 27 mars, la Commission européenne a donné son feu vert à la fusion de deux géants pétrochimiques, Dow Chemical et DuPont, au grand dam des défenseurs de l’environnement, qui dénoncent l’émergence de « monopoles importants ».

Les militants se sont montrés opposés aux « fausses solutions préconisées par les multinationales de l’agroalimentaire » et ont souligné qu’une agriculture durable ne serait possible que « si l’on met un terme à la destruction du sol, de la nature et des régions rurales ». « Or la réussite économique des organisateurs du forum sur l’avenir de l’agriculture s’est basée sur cette destruction au cours des dernières décennies », ont-ils ajouté.

D’après Martin Pigeon, militant de l’Observatoire de l’Europe industrielle, « nous comptons sur la solidarité des agriculteurs et des citoyens qui se mobilisent contre les conséquences désastreuses de l’emprise des géants de l’agroalimentaire sur les politiques européennes ».

« Les dirigeants politiques dans l’UE et dans le monde doivent arrêter de subventionner les méthodes destructives de l’industrie agroalimentaire et doivent plutôt soutenir la transition agroécologique du secteur. C’est la seule manière de maintenir la sécurité alimentaire et le développement durable à long terme », a ajouté Martin Pigeon.

Les militants ont cité un rapport publié récemment par la FAO qui souligne « l’approche problématique » des entreprises du secteur agrochimique comme Syngenta.

« D’après les experts de l’ONU, l’agroécologie est en revanche une solution qui peut répondre aux défis environnementaux et alimentaires actuels sans nuire à l’environnement et à la santé des citoyens », ont déclaré les activistes.

L'ONU appelle à renoncer à l’agriculture industrielle

La rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation de l’ONU dresse un réquisitoire des conséquences délétères des pesticides sur la faune, la flore et l’être humain.  Un article de notre partenaire, Le Journal de l’Environnement.

En 2015, l'assemblée générale de l'ONU a défini 17 Objectifs de développement durable (ODD) à atteindre d'ici 2030, qui vont de la réduction de la pauvreté dans le monde à l'égalité des sexes en passant par l'autonomisation des femmes et des filles.

Neuf d'entre eux sont directement ou indirectement liés à l'agriculture, donnant ainsi un aspect multidimensionnel spécial à ce secteur.

Face à la croissance démographique, à l'insécurité alimentaire et au changement climatique, l'agriculture a un rôle fondamental à jouer.

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