La Commission renonce aux étiquettes-type sur les produits alimentaires

La commissaire européenne à la sécurité alimentaire, Stella Kyriakides (au centre). [ROGE/EP]

La commissaire européenne à la sécurité alimentaire, Stella Kyriakides, a revu à la baisse les ambitions de la nouvelle politique alimentaire de l’UE lors d’une réunion avec les eurodéputés chargés de l’agriculture lundi 11 mai.

« La stratégie “De la ferme à la table” favorisera l’harmonisation des étiquetages, mais n’imposera pas d’étiquette type », a-t-elle déclaré à la Commission de l’agriculture lundi.

Elle précise toutefois que le prochain rapport de l’exécutif européen sur les informations nutritionnelles à l’avant des emballages apportera suffisamment de preuves pour justifier cette harmonisation — une mesure qui n’est appliquée que de façon volontaire en vertu de la législation actuelle de l’UE.

La commissaire européenne souligne que l’intérêt majeur pour les profils nutritionnels des denrées alimentaires a retardé les travaux de la Commission, mais que celle-ci présenterait une réponse concrète.

L’un des autres objectifs de la stratégie consistera aussi à fournir plus d’informations aux consommateurs sur la provenance des produits indiquée sur les étiquettes. « Nous devons définir une solution à long terme dans l’intérêt des consommateurs », déclare la Chypriote.

« Je pense que les différentes mesures nationales que nous observons concernant [l’indication de l’origine sur les étiquettes] provoquent une fragmentation du marché intérieur », souligne-t-elle.

Le nouveau système européen d’étiquetage des denrées alimentaires intégré à la stratégie « De la ferme à la table » a été très attendu ces derniers mois.

En février dernier, Stella Kyriakides avait assuré aux eurodéputés de la COMAGRI que la Commission travaillait à l’harmonisation des normes en la matière et présenterait une proposition dans les plus brefs délais — en ajoutant cependant qu’elle ne savait pas encore à quoi l’étiquetage allait ressembler.

La semaine dernière, une coalition de plus de quarante acteurs du secteur alimentaire a réitéré son appel en faveur d’une obligation légale d’inscrire le score nutritionnel sur tous les produits alimentaires.

Récemment, le gouvernement italien a présenté à la Commission une proposition de système d’information nutritionnelle à apposer sur les emballages des aliments à l’échelle européenne, au mépris le plus complet du « Nutri-Score » français.

Le Nutri-Score convertit la valeur nutritionnelle des produits en un code à cinq niveaux, allant du vert au rouge et de A à E. Le « Nutrinform » italien est quant à lui représenté par une pile, dont la jauge d’énergie indique au consommateur l’apport nutritionnel de l’aliment par rapport à ses besoins journaliers, ainsi que le régime alimentaire correct.

Même si l’Italie s’y oppose, le Nutri-Score est actuellement le seul système d’étiquetage nutritionnel testé dans les rayons des supermarchés, ce qui lui donne une longueur d’avance sur le Nutrinform.

Nestlé va finalement adopter le Nutri-Score au niveau européen

Nestlé, le géant suisse de l’agroalimentaire qui commercialise notamment les marques Nestea, KitKat, Buitoni ou Nesquik, va adopter l’étiquetage nutritionnel simplifié Nutri-Score pour tous ses produits vendus en Europe. Un article de notre partenaire Ouest-France.

La stratégie « De la ferme à la fourchette» prête à être déployée

Après deux reports, l’exécutif européen dévoilera le 20 mai prochain sa politique alimentaire tant attendue, ainsi que la stratégie en faveur de la biodiversité, tout aussi cruciale pour le secteur agroalimentaire.

« La Commission n’a absolument pas l’intention de retarder l’adoption de [la stratégie alimentaire] », a soutenu son vice-président, Frans Timmermans, la semaine dernière aux législateurs de la COMAGRI qui ont demandé de revoir la décision.

« Le Parlement décidera du moment où en parler, mais nous avons le droit d’initiative et nous pensons que c’est urgent », a-t-il ajouté.

L’ajournement de la politique alimentaire de la Commission a fait l’objet de nombreux débats ces dernières semaines. La Copa-Cocega, la principale association européenne d’agriculteurs, a en effet demandé que la stratégie soit reportée en raison des pressions croissantes auxquelles les agriculteurs font face à cause de la crise sanitaire.

Le groupe politique du Parti populaire européen (PPE) a également plaidé pour un nouvel ajournement, du moins jusqu’à la fin de l’été, en invoquant la « crise provoquée par la pandémie de coronavirus ».

L’eurodéputé italien Herbert Dorfmann, coordinateur du PPE au sein de la COMAGRI, assure que la date du 20 mai est très mal choisie pour présenter la stratégie alimentaire, étant donné qu’aucun réel débat ne pourra être mené à ce sujet, puisque le Parlement européen tourne au ralenti en ce moment.

Nous ne devons pas utiliser la pandémie comme prétexte pour des retards, souligne Stella Kyriakides. Et d’ajouter que les mesures de la politique alimentaire sont urgentes et seront instaurées au cours du mandat actuel de l’exécutif européen. « Ce n’est pas le plan de la Commission. Ce doit être le plan de l’Europe », déclare-t-elle.

« La stratégie, une partie importante du “Green Deal” de l’UE, nous donnera une nouvelle direction [vers laquelle avancer] » soutient la commissaire européenne. « Et le COVID-19 a prouvé le bien-fondé de bon nombre des politiques que nous proposerons ».

En pleine pandémie, les travailleurs roumains corvéables à merci

La contamination de 200 Roumains dans un abattoir allemand souligne la précarité des employés des secteurs agricole et alimentaire, souvent issus des pays de l’Est. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER