Hier (14 avril), Berlin a rejoint la France, la Grèce, la Hongrie et d’autres Etats membres de l’UE opposés à la culture des organismes génétiquement modifiés, en ordonnant l’interdiction du maïs MON 810 de Monsanto ; et ce, en dépit de décisions européennes selon lesquelles la céréale biotechnologique est sûre.
La céréale de l’entreprise américaine de biotechnologie pourrait ne plus être semée pour la récolte de cet été, a déclaré Ilse Aigner, ministre allemande en charge de l’Agriculture et de la protection des consommateurs, lors d’une conférence de presse tenue mardi.
Cette action place l’Allemagne aux côtés de la France, l’Autriche, la Hongrie, la Grèce et le Luxembourg, qui ont banni le maïs MON 810 en dépit de l’approbation de son utilisation commerciale par l’UE, pour l’ensemble de son territoire.
Je suis parvenue à la conclusion qu’il existe un motif légitime de croire que le maïs génétiquement modifié du type MON 810 présente un danger pour l’environnement, a déclaré Mme Aigner, soulignant le fait que cinq autres Etats membres ont pris des mesures identiques.
L’interdiction est basée sur des facteurs scientifiques et ne constitue pas une décision politique, a indiqué Mme Aigner. Elle a ajouté qu’il ne s’agissait pas d’une affaire individuelle, ni d’une décision fondamentale contre la culture d’OGM.
La Commission va examiner la décision allemande
La Commission européenne, bras de l’exécutif européen, a tenté en vain de lever les interdictions dans d’autres pays. Elle a averti qu’elle examinera la décision allemande mardi. La Commission analysera l’interdiction allemande avec le soutien d’informations scientifiques idoines, et la Commission décidera des suites les plus appropriées à donner à cette situation, a déclaré la porte-parole de la Commission Nathalie Charbonneau lors d’une conférence de presse.
Le porte-parole de Monsanto, Andreas Thierfelder, a déclaré que la décision était injustifiée, et qu’aucune raison scientifique supportable ne peut être avancée au soutien de l’interdiction. Si celle-ci était confirmée, Monsanto prendrait en considération des options juridiques, dans le but de permettre aux graines génétiquement modifiées d’être plantées à temps pour la récolte de cette année.
Le maïs MON 810 résiste à la pyrale du maïs, un papillon dont les chenilles endommagent les plants de maïs.
Mme Aigner a déclaré que son ministère préparerait maintenant un rapport sur la stratégie de l’Allemagne relatives aux cultures génétiquement modifiées. Mme Aigner, qui est entrée en fonction en octobre 2008, avait indiqué précédemment qu’elle reverrait l’autorisation de la culture de maïs génétiquement modifié en Allemagne avant l’ensemencement, fin avril.
Monsanto a fait parvenir aux autorités allemandes un rapport sur la conformité aux règles de culture à la fin du mois de mars.
Les autorités allemandes ont donné à Mme Aigner différentes évaluations du rapport, a déclaré la ministre. Mais le ministère de l’Environnement considère également que les OGM représentent une menace pour l’environnement.
La Bavière projette de devenir une zone sans OGM
La Bavière, Etat du sud de l’Allemagne, a salué la décision et projette désormais de devenir une zone sans OGM, selon les déclarations du ministre bavarois de l’Environnement, Markus Soeder.
La décision de Mme Aigner a également été saluée par l’association environnementaliste allemande BUND.
Les doutes selon lesquels le maïs génétiquement modifié porte atteinte à la nature et aux animaux sont si répandus qu’une interdiction était absolument nécessaire, a déclaré Hubert Weiger, président de la BUND.
Le groupe environnementaliste Greenpeace a également appelé Mme Aigner à s’employer au sein de l’UE à stopper d’autres autorisations de maïs génétiquement modifié.
Les agriculteurs allemands ont déclaré leurs intentions de cultiver 3 600 hectares de maïs pour la récolte de 2009, contre 3 200 hectares en 2008.
Mais le total est une part peu importante de la production annuelle allemande de maïs, entre 1,8 et 2 millions d’hectares. L’association des agriculteurs allemands DBV ne soutient ni ne critique la décision. Dans une courte déclaration, elle n’a fait qu’indiquer s’attendre à ce que la décision ait été prise suivant des principes scientifiques.
Comme au sein du public, il y a une grande division entre ceux qui sont en faveur et ceux qui sont opposés aux OGM, a indiqué la DBV.
Ferdinand Schmitz, directeur exécutif de l’association allemande des producteurs de graines, a déclaré que la décision était arbitraire et porterait atteinte au lieu de recherche qu’est l’Allemagne.
M. Schmitz a accusé Mme Aigner de tenter de marquer des points au cours des prochaines élections parlementaires européennes, et a déclaré que les interdictions de graines déjà reconnues comme sûres pouvaient entraîner des actions juridiques visant à compensation.
(EURACTIV avec Reuters. Ce texte a été traduit de l’anglais par EURACTIV).

