La bonne santé du commerce agroalimentaire européen

En février 2022, les importations et les exportations de l’Union européenne ont généré 28 milliards d'euros [Zahnoi Alex / Shutterstock]

Le commerce agroalimentaire de l’UE affiche une forte croissance depuis plusieurs années, et semble se poursuivre les premiers mois de 2022, juste avant le conflit ukrainien, comme le montre un rapport de la Commission européenne.  

En février 2022, les importations et les exportations de l’Union européenne ont généré 28 milliards d’euros, soit 18 % de plus que l’année dernière au même moment.

Ces bons chiffres sont liés à une nette reprise des exportations en ce début d’année 2022.

Vers le Royaume-Uni d’abord, l’un des premiers clients de l’Union avec les Etats-Unis et la Chine, lequel a augmenté de 23 % ses importations par rapport à l’année dernière. La demande concerne essentiellement le vin, la volaille et les œufs.

Les échanges vers les États-Unis ont également progressé de 26 %, en grande partie du fait de la fourniture de boissons (spiritueux, vin, bière).

En revanche, le commerce semble moins florissant de l’autre côté de la planète. Les exportations vers la Chine ont, elles, chuté de 28 %, le pays ayant notamment réduit l’achat de porc européen (- 66 %) en raison de la peste porcine africaine.

Même si les importations vers l’UE ont également cru par rapport à l’année 2021 (+75 % vers le Royaume-Uni, +65 % vers la Chine et +62 % vers le Brésil), la balance commerciale atteignait tout de même 4,9 milliards d’euros juste avant la crise ukrainienne.

« Les flux commerciaux mensuels se situent plutôt dans le haut de la fourchette des deux dernières années » précise le rapport.

Dynamique de long terme

En réalité, cette croissance en valeur du marché poursuit « une dynamique de long terme » précise à EURACTIV l’économiste Vincent Chatellier, ingénieur de recherche et économiste à l’Inrae.

« Quand on regarde les données d’évolution du commerce en Europe ces 20 dernières années, jusqu’en décembre 2021, on observe une amélioration continue de la balance commerciale. L’année 2021 a ainsi connu, avec 46,78 milliards d’euros, la meilleure balance de l’histoire de la PAC » explique-t-il.

En 2021, l’Europe n’a, de fait, jamais autant exporté – 201,9 milliards d’euros, d’après Eurostat – et importée – 155,1 milliards. En 2000, c’était 69 et 70 milliards d’euros, avec une balance déficitaire à -1,25. Un triplement du marché depuis les années 2000.

Pour Vincent Chatellier, la puissance des exportations européennes, a reposé « essentiellement sur la production animale » ces dernières années, en particulier sur le secteur porcin et laitier, et sur la puissance d’importation du Royaume-Uni et de la Chine. Deux partenaires extrêmement déficitaires aujourd’hui.

La crise de la Covid ? Si elle a eu des conséquences économiques globales certaines, le marché agro-alimentaire européen a plutôt « bien résisté » selon l’économiste, tant au niveau de l’offre (de viande notamment) que du commerce. La balance commerciale atteignait 37 milliards d’euros en 2019 et… 43 en 2020.

Quant à la croissance commerciale à partir de 2021 et les premiers mois de 2022, elle est surtout liée à la forte hausse des prix, qui a démarré avant la crise ukrainienne et s’est accentuée depuis. « Il y a beaucoup de fluctuations de valeurs, mais difficile de savoir si cela concerne aussi les volumes » précise Vincent Chatellier.

Le poids de la guerre en Ukraine

La guerre en Ukraine a-t-elle rebattu les cartes ?

Avant l’intervention russe, les importations agroalimentaires de l’UE en provenance d’Ukraine avaient augmenté de 96 % par rapport à l’année 2021, note le rapport de la Commission.

1,4 million de tonnes supplémentaires de céréales furent importées sur la période janvier-février 2022, compte tenu du record de céréales récoltées en Ukraine l’année dernière.

La Russie et l’Ukraine font en effet partie des grands pays exportateurs qui bénéficient de la meilleure balance agroalimentaire (15 milliards en 2020 pour l’Ukraine). « On comprend pourquoi les Russes désirent récupérer cette partie du grenier à blé de l’Europe » ajoute Vincent Chatellier

Pour l’économiste, si la guerre a créé des troubles importants sur le marché des céréales, l’un des produits les plus échangés au monde, le choc ne devrait pas affecter outre mesure le marché européen.

Bien qu’exportateurs majeurs, les deux pays de la mer Noire représentent moins de 5 % du business agroalimentaire mondial. Au 6e rang des pays fournisseurs de l’Europe, l’Ukraine reste au 34e rang des pays importateurs (0,5 % du total des importations) et la Russie au 8e rang (2,1 % des importations). 

Un décrochage de la Chine serait autrement problématique, admet-il.

 

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Le contenu du présent rapport ou de la présente publication reflète uniquement la position de l'auteur et relève de sa seule responsabilité. La Commission européenne n’assume aucune responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait des informations qu’il/qu’elle contient.

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