La Commission critique la proposition slovaque de restriction des exportations de céréales

« Nous n’interviendrons que si les évaluations nous montrent que cela est vraiment nécessaire », a indiqué le ministre slovaque de l’Agriculture, Samuel Vlčan. [SHUTTERSTOCK]

La Slovaquie a présenté une proposition visant à restreindre les exportations de produits agricoles de base dans le contexte de la guerre en Ukraine, une mesure que la Commission européenne a condamnée, prévenant que toute interdiction de ce genre pourrait déstabiliser les marchés et entraîner une hausse des prix.

Pour aider à faire face aux retombées de la guerre en Ukraine, le député slovaque Martin Fecko (OĽaNO) a soumis cette semaine au Parlement un projet d’amendement à la loi sur l’alimentation qui réglementerait l’exportation de produits alimentaires de base.

Ainsi, toutes les exportations prévues de produits alimentaires de base d’un volume supérieur à 400 tonnes devront être signalées par l’exportateur aux autorités slovaques, qui évalueront ensuite si le flux commercial entraînera une pénurie de l’approvisionnement alimentaire national. Cette mesure s’appliquera principalement aux céréales et aux oléagineux.

La proposition a également été accueillie favorablement par le ministre slovaque de l’Agriculture, Samuel Vlčan, qui a précisé que l’État ne prévoit pas d’introduire des quotas d’exportation, mais souhaite uniquement être informé en temps utile des exportations trop importantes de « trains entiers de céréales ».

« Nous n’interviendrons que si les évaluations nous montrent que cela est vraiment nécessaire », a-t-il précisé.

Cette initiative est la dernière en date d’une tendance croissante à prendre des positions protectionnistes après le début de la guerre. Par exemple, en mars dernier, la Hongrie a également décidé d’imposer des restrictions aux exportations de céréales.

L’UE prévoit une hausse des exportations de céréales pour combler le déficit mondial en blé ukrainien

Au cours des deux prochaines années, la Commission européenne prévoit une augmentation de 30 % des exportations de céréales afin d’atténuer l’impact sur les marchés mondiaux de la baisse de rendement de l’Ukraine due à la guerre.

Interrogé sur la proposition, un porte-parole de la Commission a confié à EURACTIV que l’exécutif européen « préconise fortement d’éviter les restrictions et les interdictions d’exportation de produits alimentaires ».

« Elles déstabilisent les marchés et entraînent des hausses de prix, qui affectent à leur tour la sécurité alimentaire des pays importateurs nets de denrées alimentaires », a déclaré le porte-parole, ajoutant que cela inclut les forums internationaux comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

L’UE est également l’un des cosignataires d’un appel visant à éviter les restrictions à l’exportation sur les achats humanitaires du Programme alimentaire mondial.

« En ces temps difficiles, il est de la plus haute importance de coordonner et d’harmoniser toutes les décisions au sein de l’UE et avec nos proches partenaires », a déclaré le porte-parole, ajoutant que l’UE a « la lourde responsabilité de relever ces défis de front et de manière unie ».

« Le fonctionnement des marchés, au sein du marché intérieur de l’UE mais aussi au niveau mondial, sera essentiel pour que les approvisionnements puissent atteindre ceux qui en ont besoin », a déclaré le porte-parole, ajoutant que toute mesure restreignant les échanges au sein du marché intérieur doit être limitée à ce qui est « nécessaire et être strictement proportionné ».

Le porte-parole a ajouté que la Commission examine actuellement plus de détails sur ce cas spécifique.

Entre-temps, la proposition a suscité la colère des producteurs slovaques de denrées alimentaires.

Dans un communiqué de presse, la plus grande association agraire du pays, SPPK, a qualifié la mesure d’« intervention extrêmement grave dans l’environnement commercial », critiquant le fait qu’elle n’ait pas été discutée au préalable avec les producteurs de denrées alimentaires.

Outre le fait qu’elle n’est pas autorisée par la législation de l’Union, la proposition aggraverait la balance négative du commerce extérieur de la Slovaquie dans le domaine des produits agroalimentaires.

« Voulons-nous vraiment que la Slovaquie devienne un pays purement dépendant des denrées alimentaires étrangères ? Cette proposition est irréaliste et déroutante […], et il n’est pas du tout certain que cette mesure garantisse la sécurité alimentaire du pays », a déclaré Emil Macho, le chef du SPPK.

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