La Commission réaffirme son engagement envers les objectifs écologiques de l’UE lors d’une réunion sur la sécurité alimentaire

Parmi les questions les plus pressantes figure l'approvisionnement en aliments pour animaux et en semences, les stocks de ces deux produits diminuant rapidement dans certains États membres de l'UE. [SHUTTERSTOCK]

La Commission européenne a réaffirmé sa volonté de poursuivre les objectifs de l’UE en matière d’alimentation durable lors de la première réunion d’experts sur la sécurité alimentaire qui s’est tenue cette semaine, et ce en dépit des inquiétudes croissantes liées aux pénuries alimentaires provoquées par la guerre en Ukraine.

Le groupe d’experts sur le mécanisme européen permanent de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire (EFSCM) s’est réuni pour la première fois mercredi (9 mars), avant la réunion de lancement initialement prévue le 23 mars.

La création de ce groupe constitue la principale nouveauté dans le contexte du plan d’urgence pour l’approvisionnement et la sécurité alimentaire en temps de crise, adopté en novembre dernier dans le cadre de la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork).

La plateforme réunit des représentants des États membres de l’UE et d’autres parties prenantes du secteur agroalimentaire pour discuter de la sécurité alimentaire dans l’Union et faire face aux urgences ou aux crises qui pourraient survenir dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

« Je suis fermement convaincu que les risques pour la sécurité alimentaire dans l’UE peuvent être endigués si nous coopérons tous et coordonnons nos actions », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, au début de la réunion qui s’est tenue à huis clos.

La question a pris une nouvelle dimension ces derniers jours, compte tenu du rôle central de l’Ukraine et de la Russie dans l’approvisionnement du monde en céréales et huiles de base.

Ensemble, les deux puissances agricoles fournissent plus d’un tiers du blé et de l’orge mondial, ainsi que 52 % du maïs et plus de 50 % de l’huile et des graines de tournesol.

L’idée de cette réunion ad hoc était de donner l’occasion aux parties prenantes et aux États membres de réfléchir à des idées pour stabiliser et améliorer la coordination du secteur agroalimentaire de l’UE à la lumière des perturbations commerciales imminentes résultant de la guerre.

Ces propositions vont maintenant être examinées par l’exécutif européen lors de la prochaine réunion du Comité spécial Agriculture (CSA), lundi 14 mars.

La révision de la stratégie « de la ferme à la table » n’est pas à l’ordre du jour

Toutefois, une suggestion qui ne sera pas examinée est celle de réviser la partie agroalimentaire du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), composée des stratégies « de la ferme à la table » et de la stratégie en faveur de la biodiversité.

Cette idée controversée a fait son chemin ces derniers jours, le groupe parlementaire le plus important, le Parti populaire européen (PPE), ayant même fait allusion à la possibilité de suspendre la mise en œuvre de ces stratégies, au grand dam des défenseurs de l’environnement, des Verts et des eurodéputés de gauche.

La suggestion de suspendre la stratégie « de la ferme à la table » aurait été soutenue et avancée lors de la réunion à huis clos par l’association des agriculteurs de l’UE, le COPA-COGECA, et soutenue par la Croatie.

Cependant, selon certaines sources, la Commission a catégoriquement refusé d’envisager l’idée de réviser les objectifs des stratégies, Michael Scannell de la DG AGRI, qui a présidé la réunion, ayant clairement indiqué qu’il ne s’agissait pas d’un sujet de discussion.

Cette position a été appuyée par le directeur général adjoint Wolfgang Burtscher, qui, selon certaines sources, a cité les sécheresses en Europe du Sud et la menace imminente du changement climatique pour démontrer pourquoi il n’est « pas possible » de mettre de côté les objectifs écologiques de l’UE.

Dans son discours d’introduction, M. Wojciechowski a appelé les parties prenantes à « ne pas considérer ce groupe comme un forum de revendications politiques, où nos politiques existantes devraient être remises en question de manière radicale ».

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Alimentation animale et semences

Parmi les questions les plus urgentes de la réunion figurait l’approvisionnement en alimentation animale et en semences, les stocks de ces produits diminuant rapidement dans certains États membres du bloc.

Soulignant que la saison des semailles approche à grands pas, les parties prenantes ont prévenu que l’incapacité à garantir un approvisionnement adéquat en semences aurait des répercussions à plus long terme sur la prochaine saison de récolte.

Dans le but de trouver des marchés alternatifs, certains des participants à la réunion, dont l’Espagne, ont demandé des dérogations aux règles de l’UE sur les teneurs maximales en résidus (TMR) de pesticides, ainsi qu’un assouplissement des règles sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).

Cela permettrait à l’UE de bénéficier d’une certaine souplesse pour s’approvisionner dans des pays comme les États-Unis, qui appliquent des niveaux d’acceptabilité différents à cet égard.

Les parties prenantes ont toutefois souligné que le temps était compté, ce qui est particulièrement vrai pour les États membres du Sud, comme Chypre, le Portugal et l’Espagne, qui ont prévenu qu’au rythme actuel, ils risquaient d’épuiser leurs stocks d’aliments pour animaux d’ici Pâques (17 avril).

Étant donné que le temps de transport des stocks en provenance des États-Unis est estimé à 30-40 jours, les sources ont indiqué que l’atmosphère entourant le sujet était « tendue ».

« Il est très délicat de trouver le bon timing », a souligné une source, ajoutant que, pour l’instant, la Commission n’a donné aucune indication quant à son soutien éventuel à une telle mesure.

Parmi les autres sujets controversés abordés, on retrouve notamment la décision de la Hongrie et de la Bulgarie d’arrêter l’exportation de céréales.

Cette décision a été critiquée par le commissaire européen à l’Agriculture, qui a déclaré qu’il s’agissait d’un exemple du type « d’action non coordonnée que nous devrions éviter ».

« Cette approche déstabiliserait les marchés et augmenterait encore les risques », a-t-il expliqué, ajoutant que les États membres devaient éviter « la tentation de prendre des décisions trop rapidement et de manière non coordonnée ».

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