La « compostologie » promise à un grand avenir

Toutes les villes européennes devront proposer une solution à leurs habitants pour trier leurs biodéchets d’ici fin 2023, comme l'indique le « Paquet économie circulaire », adopté en 2018 par l’Union européenne. [Shutterstock]

Analyser le compostage d’un œil scientifique : c’est ce que proposent quatre étudiants qui lancent jusqu’au 15 novembre prochain une étude collaborative sur la vitesse de décomposition des déchets organiques.

Épluchures de légumes, coquilles d’œuf, thé, marc de café… Les déchets alimentaires représentent 30 % du contenu de nos poubelles selon l’Agence de transition écologique (Ademe). Avec eux, pas de mauvaise conscience à avoir. Contrairement à la multitude de déchets plastiques qui encombrent nos poubelles, les déchets alimentaires sont majoritairement constitués d’eau, et donc biodégradables. Une fois compostés, ils retournent d’où ils viennent et enrichissent les sols. À l’inverse, s’ils sont mis en décharge, ces déchets – incinérés ou fermentés dans un environnement sans oxygène – se transforment en émetteurs de gaz à effet de serre.

Raison de plus pour soigneusement composter ses déchets. Mais qu’est-ce qu’un bon compost ? Peut-on y mettre ses agrumes et ses pelures de banane ? Si le web regorge d’avis et de recettes pour faire son propre compost, les données scientifiques sur le sujet restent relativement rares. C’est à partir de ce constat que quatre étudiants à l’université Paul Sabatier de Toulouse ont monté leur projet de « compostologie » : « On a remarqué que diverses questions, parfois des préjugés, entourent le compost. On a voulu y voir plus clair », argue Thibault, étudiant en master 2 Écosysthèmes et anthropisation.

Expérience participative

Clara, Charlotte, Meïssa et Thibault ont monté le projet atypique d’une « étude collaborative ». En clair : tout le monde peut y participer, à condition de respecter scrupuleusement le protocole expérimental. Si elle s’adresse à tous, leur étude n’en suit pas moins une démarche scientifique, avec pour postulat de départ : l’eau et le marc de café accélère la décomposition des déchets organiques. Pour vérifier cette hypothèse, les quatre étudiants proposent de mettre des épluchures de pommes de terre à composter dans trois sacs différents : l’un rempli de terre et de marc de café, le deuxième de terre et d’eau, le troisième seulement de terre. Au bout d’un mois, les participants sont invités à transmettre leurs résultats.

« C’était important pour nous de proposer une expérience facile à réaliser, pour réduire la marge d’erreur, et à faible coût. » Pour arriver à des données concluantes, l’expérience devait être mener un grand nombre de fois. « Nous avions besoin d’au moins trente participants. Une semaine avant la clôture des inscriptions [le 15 novembre prochain], nous avons atteint quarante participations », résume l’étudiant tout sourire.

Pour atteindre ce large public, les quatre jeunes scientifiques ont monté un site web et surtout « fait un gros travail de communication sur les réseaux sociaux », note leur professeur encadrant et ingénieur de recherche au CNRS Arthur Compin. Avec sa collègue Camille Larue, les deux chercheurs pourraient prolonger le projet de leurs étudiants au sein du laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement de Toulouse.

Bientôt l’ère du compost ? 

Outre l’apport scientifique de ce projet, « Compostologie » vise avant tout à sensibiliser le public à la revalorisation des déchets. Cette étude s’inscrit dans un contexte particulier, où les pratiques de compostage tendent à se généraliser. « Bien sûre, c’est un sujet qui nous attirait. Mais on a surtout remarqué qu’il intéressait de plus en plus de personnes, et pas qu’à la campagne », indique Thibault, qui a monté avec ses collègues un sondage sur la question via Facebook.

Si posséder un jardin facilite le compostage, les ménages français sont de plus en plus nombreux à adopter cette pratique, notamment sous l’impulsion de volontés politiques. Distribution de composteurs individuels, collectes des déchets alimentaires, installation de bacs partagés : les collectivités commencent à proposer des structures de compostage. Il faut dire qu’elles n’ont plus le choix. Comme le stipule le « Paquet économie circulaire », adopté en 2018 par l’Union européenne, toutes les villes européennes devront proposer une solution à leurs habitants pour trier leurs biodéchets d’ici fin 2023.

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