Alors que les manifestations d’agriculteurs prennent de l’ampleur en France, les représentants des syndicats agricoles ont demandé lundi soir (22 janvier) au Premier ministre de faire « bouger les lignes » à Bruxelles avant le Salon International de l’Agriculture qui aura lieu dans un mois.
Lundi soir (22 janvier), le nouveau Premier ministre Gabriel Attal a reçu le Président du syndicat majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau, celui de Jeune Agriculteurs (JA) ainsi que le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, afin de trouver des débouchés aux manifestations des agriculteurs qui s’intensifient ces derniers jours.
« Le Premier ministre nous a écoutés très largement », a annoncé Arnaud Rousseau en sortant de l’entrevue de deux heures qui s’est déroulée à huis clos à Matignon. « On a dit au Premier ministre qu’on ne se contenterait pas de mots, les agriculteurs attendent des actes précis », a-t-il insisté.
Depuis jeudi soir, plusieurs manifestations ont lieu en France, principalement en Occitanie. Dans le Sud-Ouest, plusieurs dizaines d’exploitants ont bloqué l’autoroute A64, qui relie Toulouse à Bayonne. Lundi après-midi à Agen, une manifestation d’ampleur a eu lieu avec blocage de l’autoroute et de la voie ferrée.
Tout le week-end, les représentants du gouvernement ont pris la parole pour tenter d’apaiser les tensions. En déplacement dans le Rhône samedi (20 janvier), le Premier ministre a promis de « réduire la paperasserie » des agriculteurs pour leur « faciliter la vie ».
Les revendications des agriculteurs portent sur les faibles revenus de leur travail, la hausse des charges et l’accumulation des normes françaises et européennes au nom de la transition écologique.
Mesures à court terme
Les deux représentants syndicaux ont d’abord fait part de leur « diagnostic » au Premier ministre et, pour éviter que la situation s’envenime, ont exigé au Premier ministre de prendre des mesures concrètes « à court terme ».
« Nous avons demandé au Premier ministre que dans la semaine, il puisse faire des déclarations qui fassent bouger les lignes sensiblement », a déclaré le patron de la FNSEA, qui a fourni une liste des actions attendues.
Il a notamment insisté sur l’encadrement des prix de la matière première agricole — alors que les négociations commerciales battent leur plein —, les questions sanitaires liées à la maladie hémorragique épizootique (MHE) qui frappe les élevages français ou encore des remises sur les carburants.
Comme en Allemagne, la France a annoncé une disparition des avantages fiscaux sur le gazole non routier (GNR) pour les agriculteurs. La FNSEA attend maintenant du gouvernement un lissage de l’échéance et des compensations financières.
Si, pour l’instant, les points de blocage sont encore relativement localisés en France, la FNSEA a confirmé le matin même sur France Inter, que des actions allaient avoir lieu « toute la semaine », dans « tous les départements », et « aussi longtemps que nécessaire ».
Gabriel Attal s’est par ailleurs engagé à se rendre sur le terrain dans les prochains jours à la rencontre des agriculteurs.
Faire « bouger les lignes » au niveau européen
La FNSEA et JA ont également demandé d’agir au niveau européen, avec un engagement du Premier ministre, mais aussi du Président de la République, pour « faire bouger les lignes » à Bruxelles.
« L’Europe est le cadre dans lequel nous voulons agir. Cette Europe on y tient, mais on a aussi besoin de la remettre en question, car la manière très administrative de la faire n’est plus comprise par les agriculteurs » a insisté M. Rousseau.
Sur France Inter, celui-ci a fustigé le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et « sa vision décroissante de l’agriculture », alors même que les importations explosent dans l’Union européenne. Autre emblème de ces réglementations jugées paradoxales : l’obligation par la PAC de laisser 4 % de jachères — terres non productives. Une mesure qui n’est « pas entendable » pour Arnaud Rousseau.
« On ne peut pas nous imposer des dates qui régentent nos actions dans nos champs, on ne peut pas avoir des obligations de réimplanter des prairies quand on n’a plus d’animaux : autant de choses qui paraissent être un non-sens », ajoute-t-il.
Les réglementations européennes à visée environnementale sont à l’origine des autres manifestations qui se déroulent dans l’Union européenne depuis plusieurs mois, que ce soit aux Pays-Bas, en Pologne ou en Allemagne.
Pour agir au niveau européen, les syndicats français ont pointé l’échéance du Salon international de l’agriculture qui aura lieu du 24 février au 3 mars 2024 à Paris.
« C’est le bon tempo » pour Arnaud Rousseau, qui précise en avoir discuté avec ses homologues européens, italiens et allemands notamment.
« Aussi longtemps que nous n’aurons pas de décisions concrètes […] il n’y aura pas de levée des actions menées sur terrain », a prévenu le patron de la FNSEA.



