La France agricole s’inquiète des conséquences de l’embargo russe

agriculture-field-green-agro-shutterstock-martchan [Martchan/Shutterstock]

Alors que doit se tenir le 5 septembre à Bruxelles un conseil agriculture pour évaluer les conséquences de l’embargo russe, les agriculteurs français ont réclamé au ministre Stéphane Le Foll davantage de soutien de la part de l’UE mais aussi de la France.

La grogne monte du côté du monde agricole en France.  Alors que les premiers effets de l’embargo russe sur les produits alimentaires européens se font sentir, les représentants du monde agricole ont tiré la sonnette d’alarme lors d’une rencontre avec le Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.

Réunis au ministère de l’Agriculture le 3 septembre, les représentants du monde agricole ont fait remonter leurs doléances au ministre, Un conseil agriculture et pêche  extraordinaire doit se tenir le vendredi 5 septembre à Bruxelles, au cours duquel les ministres des 28 États membres se pencheront sur la question de l’interdiction en Russie des produits agricoles de l’UE.

Depuis le 6 août, la Russie a mis en place un embargo d’un an sur un certain nombre de produits agricoles, de matières premières et de denrées alimentaires en provenance des États-Unis, de pays de l’Union européenne, du Canada, de l’Australie et du Royaume de Norvège. Une décision motivée par les sanctions que ces pays ont imposées à Moscou en raison de la situation en Ukraine.

Pas d’aides françaises

Pour faire face à l’embargo, les représentants du monde agricole ont demandé la mise en œuvre des mesures spécifiquement françaises au ministre. « Les outils que l’Union européenne a maintenant ne sont pas suffisants pour faire face à la situation » a affirmé Guy Vasseur.

Une option écartée par le ministre. « Aujourd’hui,  la gestion est européenne » a-t-il souligné. Le ministre a également refusé d’envisager toute utilisation du budget général de l’Union européenne, en plus de celui de la Politique agricole commune (PAC) pour aider les agriculteurs.

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Plusieurs représentants du secteur également avaient appelé le gouvernement français à s’appuyer sur d’autres fonds du budget européens afin de faire face à un embargo qui ne touche pour l’heure que le secteur de l’agroalimentaire.

« Les produits agricoles sont un peu les nouvelles armes qu’utilisent l’Union européenne et la Russie l’une contre l’autre » a souligné Guy Vasseur, le président des Chambres d’agriculture. « Dans ces circonstances, nous sommes en droit de demander un accompagnement à la fois politique et économique » a-t-il poursuivi.

Mesures d’urgence

Pour l’heure, la réaction de Bruxelles pour protéger son marché agricole s’est cantonnée à la mise en œuvre de mesures d’urgence en faveur des certains fruits et légumes périssables, comme les tomates ou les fruits rouges,  ainsi que pour certains produits laitiers d’un montant total d’environ 150 millions d’euros.  Le 3 septembre, la Commission a par ailleurs annoncé un nouveau coup de pouce de 30 millions d’euros destiné à la promotion des produits agricoles de l’UE.

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Parmi les demandes qui ont obtenu l’oreille attentive du ministre figure la mise en place d’une « préférence nationale » dans les appels d’offres pour l’approvisionnement des collectivités publiques.

« Faire évoluer les appels d’offres pour favoriser les produits locaux n’est pas impossible » affirme Claude Cochonneau, vice-président de l’APCA.

Un embargo sélectif

Si les inquiétudes restent fortes, l’impact de l’embargo russe sur la France est toutefois plutôt limité pour le moment, la France n’étant qu’en sixième place des exportateurs européens vers la Russie, derrière l’Allemagne, les Pays-Bas, la Lituanie, la Pologne et l’Espagne, selon Eurostat.

La filière la plus impactée reste la viande, suivi des produits laitiers et des céréales, mais les exportations françaises de vin ne sont pas concernées par l’embargo.

« Les Russes n’ont pas mis d’embargo sur le vin, ils ont un embargo sélectif, et il sera probablement évolutif » affirme Guy Vasseur

>>Retrouvez : La France limite la casse face à l’embargo russe

Mais au-delà de l’impact direct de l’embargo russe sur les exportations françaises, c’est le chamboulement des équilibres du marché européen qui inquiète davantage le monde agricole.

« Ce n’est pas tant l’effet direct de l’embargo russe sur les exportations françaises qui est inquiétant, mais davantage l’effet indirect de redistribution des produits – par exemple polonais – sur le marché européen » estime Claude Cochonneau, vice-président de l’APCA.

L’espace vacant laissé par les exportateurs européens pourrait également à terme laisser le champ libre à d’autres pays exportateurs des produits agricoles, tels que le Brésil.

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen.

  • 5 septembre:  conseil agriculture et pêche  extraordinaire - Bruxelles

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