La France et l’Allemagne appellent à la fin du broyage des poussins

En France, plus de 50 millions de poussins mâles sont mis à mort juste après leur naissance chaque année. Une pratique à laquelle la France et l'Allemagne souhaitent désormais mettre fin. [szefei/Shutterstock]

L’année 2022 sera l’année de la fin du broyage et gazage des poussins. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie en début de semaine, emboîtant le pas à l’Allemagne qui a pris la même décision au mois de mai. Ensemble, les deux partenaires appellent le reste des États membres à suivre leur exemple.

« C’est une avancée majeure qui était attendue de longue date », s’est félicité Julien Denormandie sur Twitter dimanche (18 juillet) après avoir annoncé la fin du broyage et du gazage des poussins mâles en France. Avec l’Allemagne, la France sera ainsi « le premier pays au monde à mettre fin à l’élimination des poussins mâles », a renchéri le ministre.

Car aujourd’hui, en France, plus de 50 millions de poussins mâles sont mis à mort juste après leur naissance chaque année, seules les femelles étant gardées en tant que futures poules pondeuses. Une pratique vivement critiquée par les associations de protection des animaux depuis des années pour son caractère peu éthique et la souffrance souvent infligée aux poussins avant que ceux-ci ne trouvent la mort.

Si l’Union européenne garantit la protection des animaux au moment de leur mise à mort avec un règlement datant de 2009, statuant que « toute douleur, détresse ou souffrance évitable est épargnée aux animaux » lors de leur élimination et que « les animaux sont mis à mort uniquement après étourdissement » et « maintenu[s] dans un état d’inconscience et d’insensibilité jusqu’à [leur] mort », cela n’est pas toujours le cas dans les faits.

Maltraitance animale : L214 et députés français appellent le gouvernement à réagir

La publication d’une nouvelle enquête de L214 ce mercredi (5 mai) met en lumière la maltraitance des animaux à l’abattoir. Alors que le bien-être animal fait l’objet de nombreux débats au niveau européen, des députés déplorent l’inaction au niveau français.

Dans un avis scientifique de 2019, l’autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) avertissait sur de nombreuses lacunes dans la pratique, source de stress et de souffrance pour les poussins mâles. En 2014, l’association L214 avait alerté sur des poussins jetés vivants dans des broyeuses ou des bennes à ordures.

Toutes ces pratiques, qu’elles soient réalisées correctement ou pas, prendront donc fin en 2022, grâce à une nouvelle technique, le sexage in ovo. Peaufinée en plusieurs années de travail en partenariat avec l’Allemagne, cette technique permet de déterminer le sexe du futur poussin dans l’œuf et d’écarter donc les œufs des futurs poussins mâles avant que ceux-ci n’éclosent.

A partir du 1er janvier 2022, « tous les couvoirs devront soit avoir installé, soit commandé les machins permettant de réaliser ces méthodes alternatives », a annoncé Julien Denormandie en marge d’un conseil des ministres de l’Agriculture à Bruxelles, lundi (19 juillet), « et l’ensemble de ces machines devra être mise en place au courant de l’année 2022 ».

Après la France et l’Allemagne, l’appel à une « vision partagée » au niveau européen

En Allemagne, le Bundestag et le Bundesrat avaient déjà adopté une loi interdisant l’abattage systématique des poussins mâles à partir de 2022 au mois de mai. La Cour constitutionnelle fédérale avait précédemment déclaré que cette pratique n’était pas inadmissible.

« Avec notre loi, nous sommes des pionniers internationaux », a déclaré la ministre de l’Agriculture Julia Klöckner lors de la réunion des ministres de l’Agriculture ce lundi. L’industrie avicole allemande avait pourtant critiqué la loi nationale pour créer des conditions de concurrence injustes et demandé une approche à l’échelle de l’UE.

Si l’Allemagne et la France sont donc les premiers pays au monde à avoir franchi le pas, « il faut évidemment que ce soit une vision politique partagée par les autres États membres », a aussi affirmé Julien Denormandie. « La technologie est disponible pour les autres États membres. Nous serons heureux d’aider les autres pays à l’introduire », a également déclaré Julia Klöckner.

Pour une fin des "fermes-usines" : la question de l'élevage éthique fait son entrée au Sénat

La commission des affaires économiques du Sénat doit examiner un rapport sur la proposition de loi pour un élevage éthique ce mercredi (12 mai). La chambre haute du Parlement français avait récemment été critiquée pour son inaction présumée en matière de bien-être animal.

Raison pour laquelle les deux partenaires, soutenus par cinq autres pays (l’Autriche, l’Espagne, l’Irlande, le Luxembourg et le Portugal), ont présenté lundi un document qui appelle à l’interdiction, partout dans l’UE, de la mise à mort de poussins mâles après éclosion.

« Inacceptable du point de vue éthique », cette pratique ne serait plus en phase avec les engagements de la Commission européenne alors que les propositions pour plus de bien-être animal se multiplient dans l’Union ces derniers mois, avec notamment le succès récent de l’Initiative citoyenne « End the Cage Age » qui sonne la fin de l’élevage en cage dans l’UE.

« La mise à mort d’un grand nombre de poussins vieux d’un jour est bien sûr un problème éthique », a réagi Stella Kyriakides, commissaire européenne chargée de la sécurité alimentaire, lors de la réunion des ministres de l’Agriculture. Elle a annoncé que la Commission profiterait du prochain réexamen des règles communautaires en matière de bien-être animal pour « étudier très attentivement la question et trouver la meilleure solution possible ».

Un engagement éthique — mais coûteux

Toutefois, il ne faudra pas oublier que cet engagement a un prix. « Nous saluons les nouvelles technologies de sexage des poussins dans l’œuf, cependant, l’introduction de ces technologies est coûteuse », a averti le représentant tchèque, Jaroslav Zajíček, lors de la réunion. Une problématique non négligeable, notamment pour les petits producteurs.

Si en France, Julien Denormandie a déjà promis un engagement « massif » de l’État, avec un investissement de 10 millions d’euros au titre de France Relance, d’importants surcoûts resteront à la charge de la filière. Et donc, in fine, à celle des consommateurs : comme l’a prévenu sur FranceInfo le président du Comité national pour la promotion des œufs en France, le prix des œufs deviendra « forcément plus cher ».

Le Parlement européen exige la fin de l'élevage en cage en Europe d'ici 2027

Le Parlement européen soutient la fin de l’élevage en cage en Europe. Lors d’un vote très attendu, les eurodéputés ont adopté ce jeudi (10 juin) une proposition de résolution portant sur l’initiative citoyenne « End the Cage Age ».

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