La France et l’Allemagne divisées sur la question de la viande à l’école

Une fois par semaine ou tous les jours ? Les recommandations français et allemands sur la fréquence de viande dans les plats des écoliers divergent. [Shutterstock/Africa Studio]

Les enfants doivent-ils manger de la viande à l’école tous les jours ? En France comme en Allemagne, cette question a suscité la polémique. EURACTIV fait le tour d’horizon des recommandations nutritionnelles des deux côtés du Rhin.

L’annonce, la semaine dernière, de la mairie écologiste de Lyon de mettre en place, temporairement, un menu unique sans viande dans les cantines scolaires a suscité un tollé en France. La mesure avait été annoncée pour une durée limitée dans le cadre des restrictions sanitaires afin de simplifier l’organisation du service dans les cantines et servir les élèves plus rapidement.

La décision a été condamnée comme « insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français » par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui fustige une « politique moraliste et élitiste des ‘Verts’ ».

« Arrêtons de mettre de l’idéologie dans l’assiette de nos enfants », a aussi martelé Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. « Donnons-leur simplement ce dont ils ont besoin pour bien grandir. La viande en fait partie », a-t-il déclaré sur Twitter.

De son côté, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili dit regretter un « débat préhistorique » basé sur des « clichés éculés, du type ‘l’alimentation végétarienne serait une alimentation déséquilibrée’, alors qu’on sait que la viande peut être remplacée par du poisson, des œufs, des légumineuses ».

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Échec cuisant pour le « Veggie Day » en Allemagne

La polémique en rappelle une autre, très similaire, qui avait eu lieu outre-Rhin en 2013. Le parti allemand des Verts avait alors proposé dans son programme électoral l’instauration d’un « Veggie Day » – une journée végétarienne – dans toutes les cantines scolaires, dans une vision de protection de la santé ainsi que de l’environnement.

La proposition avait valu une pluie de critique aux Verts. « Les Verts veulent nous interdire la viande ! », avait titré le premier journal boulevard d’Allemagne. Politiciens de tous bords accusaient le parti de vouloir priver les Allemands de leur liberté de manger ce qui bon leur semblait. Un élu du parti libéral FDP allait jusqu’à faire une parallèle avec le régime Nazi, fustigeant les « traits totalitaires » des Verts et martelant que « je ne me laisserai prescrire par personne ce que je dois manger et quel jour ». Le parti des Verts, stigmatisé comme « parti des interdictions » et en mauvais posture après un résultat électoral décevant en 2013 avait fini par renoncer à sa proposition en 2014.

Mais alors que, à l’époque comme aujourd’hui, en France comme alors en Allemagne, le débat a viré en foire d’empoigne politique, servant de champ d’affrontements idéologiques, la vraie question perdure : faut-il ou non que nos enfants mangent de la viande tous les jours ?

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Viande ou pas viande : les recommandations en France et Allemagne

Les réponses à cette question, on pouvait s’y attendre, varient. En France, le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande que les enfants et adolescents consomment de la viande, des œufs ou du poisson « une à deux fois par jour en alternant ». Dans son guide nutrition des enfants et ados pour tous les parents, il précise qu’il faudrait manger du poisson deux fois par semaine et que la quantité de viande ou de poisson servi à chaque repas devrait être « inférieure à l’accompagnement (féculents et légumes) ».

La Haute autorité de la santé publique précise, dans un avis de juin 2020 concernant les repères alimentaires pour les enfants et adolescents âgés de trois à 17 ans, toutefois qu’ « il n’est pas nécessaire » de consommer viande, poisson ou œufs « à chaque repas » et qu’ « il est possible pour certains repas de consommer des produits qui sont des sources alternatives de protéines (légumineuses, légumes secs, céréales peu ou pas raffinées) ». Toute viande hors volaille « peut être consommée mais en quantité limitée : pas plus de 500g/semaine pour les adolescents ».

Ce n’est pas du tout l’avis partagé par la société allemande pour l’alimentation (Deutsche Gesellschaft für Ernährung, DGE). Dans son guide des standards de qualité pour l’alimentation dans les écoles de 2020, celle-ci préconise que sur cinq repas de midi à l’école les enfants ne devraient manger de la viande qu’une seule fois, à raison de 70 à 90 grammes. De même, une portion de poisson par semaine (hors repas en famille) serait suffisante. En revanche, la DGE recommande la consommation quotidienne de légumineuses – et une option végétarienne quotidienne dans toutes les cantines scolaires, parallèlement aux plats carnés.

Le ministère allemand de l’Agriculture et de l’Alimentation (BMEL) a précisé sur demande d’EURACTIV France qu’un seul repas à base de viande ou poisson par semaine était jugé suffisant dans le cadre scolaire car « la plupart des enfants et adolescents mangent de la viande à la maison le soir ou les week-ends ». Si l’école servait de la viande tous les jours, les quantités recommandées seraient « vite dépassées », explique une porte-parole du ministère.

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La viande est-elle réellement indispensable ?

Ces divergences d’avis flagrants entre la France et l’Allemagne seraient-elles le reflet d’une différence de mentalité plus générale ? Rappelons que pas moins de 10 % de la population allemande se disent végétariens ou végétaliens, selon des chiffres de 2020. En France, on estime leur part de la population a seulement 2,5 %, selon des chiffres de 2018.

Pourtant, le « moins de viande » a le vent en poupe dans l’Hexagone aussi : la moitié des Français disent avoir réduit leur consommation de viande sur les trois dernières années, selon un sondage d’Harris déchiffré par EURACTIV France.

Le PNNS semble néanmoins plutôt réticent vis-à-vis du végétarisme chez les adolescents (il ne l’évoque pas pour les enfants). Il incite les parents à être « attentif » à ce que les adolescents ne souhaitant plus manger de viande compense « le manque de protéines et de fer lié à la suppression de la viande » avec des alternatives végétales tous les jours, en soulignant toutefois que « le fer contenu dans la viande et le poisson est mieux absorbé que celui que contiennent les aliments d’origine végétale ».

Propos vivement contestés par l’Association Végétarienne de France (AVF) : « la viande n’a rien d’indispensable pour composer un repas équilibré », martèle-t-elle dans un communiqué, soutenant qu’ « elle est même surconsommée dans les cantines ».

Un rapport du Conseil national de la restauration collective (CNRC) de juillet 2020, revenant sur le menu végétarien expérimental imposé une fois par semaine dans tous les établissements scolaires de France depuis 2019, affirme quant à lui que « les protéines végétales apportent l’ensemble des acides aminés indispensables ». A condition d’apporter assez de protéines végétales aux enfants à travers notamment des légumes secs et des céréales, mais aussi des œufs ou du fromage, « la complémentarité des protéines dans le repas végétarien proposé dans les cantines scolaires ne devrait pas constituer un problème majeur ». Sur 20 déjeuners à l’école, le CNRC recommande ainsi au moins quatre plats avec des viandes, au moins quatre également à base de poisson, et quatre ou cinq plats végétariens.

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Enfin, quid donc de l’option végétarienne quotidienne – à l’instar du Portugal, premier pays européen en 2017 à avoir introduit par la loi une option végétalienne obligatoire dans tous les lieux de restauration publique et à tous les repas ?

A en croire les chiffres avancés par l’AVF, là où une option sans viande existe, elle serait choisie par pas moins de 30 % des jeunes dans les collèges et lycées, et par jusqu’à 40 % des enfants en école primaire. Et selon le sondage d’Harris « 80 % des Français se montrent favorable à ce que la restauration collective (cantines, maisons de retraite, hôpitaux, etc.) soit obligée de proposer des menus végétariens équilibrés, que ce soit à chaque repas (71 %) ou deux fois par semaine (71 %) ».

En Allemagne, la ministre de l’Agriculture Julia Klöckner aurait « récemment sommé les Länder (en charge de l’alimentation à l’école, ndlr) d’appliquer les standards de qualité pour l’alimentation dans les écoles de la DGE obligatoirement », selon sa porte-parole. Ce qui devrait donc inclure le menu végétarien quotidien au choix.

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