La France limite la casse face à l’embargo russe

« Grâce au programme ‘fruits, légumes et lait dans les écoles’, les plus jeunes citoyens européens reçoivent des produits de qualité et bons pour la santé », a déclaré Phil Hogan. [Shutterstock]

L’Union européenne va allouer 125 millions d’euros pour aider les producteurs agro-alimentaires européens les plus touchés par l’embargo russe. En France, seulement un tiers des exportations sont concernées, grâce aux alcools qui sont exclus de l’embargo.

L’UE ne veut pas laisser tomber ses agriculteurs face à l’embargo russe sur les produits issus des pays occidentaux (États-Unis, Union européenne, Australie, Canada, Norvège) décidé le 7 août dernier. La Commission européenne a décidé le 18 août de mettre en place des mesures de soutien exceptionnel pour les producteurs européens de fruits et légumes périssables.

Le commissaire européen en charge de de l’Agriculture et du Développement rural, Dacian Ciolo? a annoncé la mise en place de mesures d’urgence prévues par la PAC afin de réduire l’offre globale de plusieurs fruits et légumes périssables si la pression sur les prix devenait trop importante dans les mois à venir. Ces mesures devraient s’appliquer jusqu’à la fin novembre avec un budget prévu de 125 millions d’euros.

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 « Agir vite va fournir un soutien efficace pour le prix payé aux producteurs, poue aider le marché sà ‘adapter et être rentable », a déclaré le commissaire européen dans un communiqué.

Déjà le 14 août, Dacian Ciolo? s’était voulu rassurant et avait annoncé la mise en place d’un mécanisme renforcé de surveillance du marché auquel tous les États membres vont contribuer. Des réunions avec les États membres auront lieu aussi chaque semaine pour partager les informations sur les secteurs concernés.

La France moins touchée que ses voisins grâce à l’alcool

En 2013, les exportations de produits agroalimentaires vers la Russie ont rapporté 738 millions d’euros à la France. L’hexagone se situe ainsi à la sixième place des exportateurs européens vers la Russie, derrière l’Allemagne, les Pays-Bas, la Lituanie, la Pologne et l’Espagne, selon Eurostat.

Mais sur ce total, seulement un tiers des produits, soit l’équivalent de 244 millions d’euros d’exportations  sont concernés par l’embargo selon la Commission européenne. Alors que la Lituanie voit 77 % de ses exportations frappées par l’embargo ; il s’agit du premier pays exportateurs de de produits interdits par Moscou, avec des recettes potentiellement perdues estimées à 927 millions d’euros.

Cependant certains produits ne sont pas concernés par les mesures de restriction comme les vins et spiritueux, qui représente un poste important d’exportations pour la France pour une valeur de 157 millions euros en 2013, selon FranceAgriMer. Les eaux minérales, les animaux vivants, les œufs de consommations, le miel, les graisses, la viande fraîche chevaline et ovine, les abats frais ainsi que les plantes non destinées à la consommation font aussi partie des exceptions aux restrictions russes.

Depuis 2011, les boissons (vins et spiritueux essentiellement), les viandes (principalement porc) et les produits laitiers représentent les trois premiers secteurs d’exportation agro-alimentaires de la France vers la Russie.

Cependant, la part des exportations agro-alimentaires françaises vers la Russie reste modérée. Elle est en effet comprise entre 1,79 % et 3,80 % par rapport aux autres exportateurs mondiaux sur les cinq postes d’exportations français les plus importants. Les postes concernés sont les graines et fruits oléagineux, les viandes et abats comestibles, les résidus et déchets des industries alimentaires, les préparations alimentaires diverses et les préparations de viande, de poisson ou de crustacés.

Des boycotts de produits français déjà en place

Parmi les produits concernés par les mesures de restriction russes décidées début août, on retrouve certaines viandes et des produits laitiers, des poissons et crustacés, des légumes comme les tomates, les carottes, les choux blancs, les choux fleurs, les concombres et les cornichons, les champignons, des fruits avec les pommes, les poires, les fruits rouges, les raisins de table et les kiwis.

Mais ce n’est pas le premier embargo auquel est confronté Paris. Depuis février 2012, un embargo existe sur les bovins, les ovins et les caprins (chèvres) à la suite d’une épidémie de maladie de Schmallenberg. De même en juillet 2013, Moscou s’est opposé à l’importation de pommes de terre et de certaines plantes en pot et végétaux destinés à la plantation de toute l’UE à cause de normes phytosanitaires non conformes. Et surtout, depuis janvier 2014, la viande de porc et les porcs vivants européens sont interdits de séjours sur le territoire russe après une épidémie de peste porcine africaine dans l’est de l’UE. Cette mesure concerne environ 10 % de la production porcine française qui se voit contrainte de trouver de nouveaux débouchés.

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Dans un communiqué de presse, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a tenu à « saluer les mesures de gestion de marché proposées par l'Union européenne pour venir en aide au secteur des fruits et légumes. Elles constituent une bonne nouvelle pour les producteurs qui font face à des difficultés de marché à la suite de l'embargo russe. 

Le gouvernement reste pleinement mobilisé pour évaluer les conséquences dans les semaines et les mois qui viennent de l'embargo pour l'ensemble de nos filières. La France pèsera de tout son poids dans les discussions au niveau européen pour  en prévenir les effets sur les marchés. »

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen.

2 septembre 2014 : Stéphane Le Foll rencontre ses homologues allemand et polonais à Bonn (Allemagne) au sujet de l'embargo russe

5 septembre 2014 : réunion ad hoc des ministres de l’Agriculture européens sur les sanctions russes

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