La « guerre des prix » entre producteurs et grande distribution se poursuit

Pouvoir d'achat ou juste rémunération des producteurs ? Les négociations commerciales 2020/21 ont à nouveau donné lieu à de fortes tensions entre la grande distribution et ses fournisseurs. [pio3/Shutterstock]

Les négociations annuelles entre la grande distribution et ses fournisseurs ont officiellement pris fin hier (1er mars). Mais la « guerre des prix » qui aura encore une fois attisée les tensions cette année est loin d’être terminée.

Au bout de trois mois de discussions tendues, les négociations commerciales se sont officiellement achevées sur une note amère. Plusieurs contrats n’ont pas été signés avant la date butoir, les médiateurs disposent maintenant d’un sursis de 15 jours pour essayer de résoudre les conflits.

Exercice obligatoire depuis 2008, la négociation annuelle des prix d’achat entre les supermarchés d’un côté et les agriculteurs et industriels fournisseurs de produits alimentaires de l’autre, ne cesse de diviser les esprits. La pomme de discorde : le prix à payer par la grande distribution – et donc par les consommateurs – aux fournisseurs des produits qui finiront dans nos assiettes.

Des négociations « très dures » pour de nombreux secteurs

Alors que la pauvreté reste un fléau important dans le monde agricole, la FNSEA (Féderation nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et les Jeunes Agriculteurs ont dénoncé le mois dernier une « déflation en cascade qui s’impose aux producteurs dans de trop nombreux secteurs ». La crise sanitaire ferait sensiblement augmenter les cours de certaines matières premières, renchérissant « considérablement » le coût à payer par les éleveurs pour l’alimentation de leurs animaux, selon un communiqué commun des deux syndicats. Hausse de coûts pour les producteurs qui ne serait pas suffisamment prise en compte par la grande distribution.

Or, la grande distribution aurait « nié le fait que le prix des céréales impacte énormément le coût de l’alimentation animale », déplore Christiane Lambert, présidente de la FNSEA en entretien avec EURACTIV France. Elle dénonce la « forte pression » exercée par les distributeurs dans les négociations afin d’obtenir des tarifs en baisse. Et ce alors même qu’ils auraient, cette dernière année, « capté la majorité des achats dans l’alimentation » dû à la fermeture des restaurants pendant la crise, accusant des chiffres d’affaires considérablement en hausse.

Les négociations auraient été « très dures » sur de nombreux secteurs, selon Christiane Lambert, de la production de charcuterie et de poules, en passant par les œufs et les produits laitiers jusqu’à la biscuiterie, tous directement ou indirectement impactés par l’augmentation des prix de céréales.

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Ce n’est pourtant pas la première fois que les deux camps s’enlisent dans un débat sur la juste rémunération des producteurs. « La guerre des prix est encore et toujours la règle ! », ont déploré en février plusieurs syndicats et associations représentant l’industrie alimentaire. Guerre des prix qui se poursuit d’année en année et qui « appauvrit » selon eux les agriculteurs autant que les entreprises de l’alimentaire, menaçant « très directement la souveraineté alimentaire de la France ».

C’est aussi le souci de Julien Denormandie : un mois avant la fin des négociations, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation se disait inquiet de l’ « attitude » de la grande distribution qui ferait « porter un risque sur la pérennité de notre souveraineté alimentaire ». M. Denormandie avait multiplié les prises de paroles en soutien aux agriculteurs ces dernières semaines, prévenant, dans La France Agricole, qu’ « avec la guerre des prix, la chaîne agroalimentaire va droit dans le mur ».

Or, de leur côté, les distributeurs disent vouloir défendre le pouvoir d’achat des consommateurs. « Il y a plus d’un tiers des Français qui ont du mal à finir leurs mois sans être en déficit », avait expliqué Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du Commerce et de la Distribution sur France Info le mois dernier. « Naturellement il faut en tenir compte et faire en sorte qu’il n’y ait pas globalement d’augmentation massive des prix », selon lui.

Accords pluriannuels – une solution pour sortir de l’impasse ?

Pour sortir de l’impasse, « je recommande qu’on sorte des négociations commerciales annuelles », explique Serge Papin, médiateur dans les négociations qui avait été nommé par le ministre de l’Agriculture fin 2020, à EURACTIV. Ces négociations seraient « toujours basées sur le rapport de force », avec des discussions en haut lieu qui, somme toute, feraient surtout payer l’agriculture, « maillon faible et la variable d’ajustement » dans ce processus.

Dans le contexte des discussions « particulièrement tendues » cette année, Serge Papin appelle donc de ses vœux des accords pluriannuels. Il soutient également l’instauration contractuelle d’un « indicateur du coût de production de la matière première agricole qui serve comme référence » pour les futures négociations.

Indicateur qui permettrait de mieux protéger les agriculteurs des aléas des négociations annuelles et qui ne serait autre que « l’aboutissement de la loi EGalim ». Cette loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous de 2018 vise en effet à ce que le « juste prix » soit payé aux producteurs « pour leur permettre de vivre dignement de leur travail ».

Ce qui n’est que trop souvent pas encore le cas. « Chez Carrefour, il y a eu une promotion ce week-end, 8,90 euros la côte de bœuf, c’est scandaleux », déplore Christiane Lambert. « C’est dangereux pour toute la filière de faire comprendre aux gens qu’on peut acheter une côte de bœuf à moins de 10 euros ! » Dans le sursis de 15 jours accordé pour conclure les derniers contrats, la présidente de la FNSEA espère donc que « les médiateurs se fassent respecter » – affaire à suivre.

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